Eurosport - mar, 01 avr 16:46:00 2008
Après deux courses de sélection bien maîtrisées, Tony Estanguet était soulagé d'avoir enfin pu entériner sa qualification pour les JO de Pékin où il a "envie de faire quelque chose de grand", un troisième sacre olympique de suite en C2.
TONY ESTANGUET, comment avez-vous vécu ces "piges"?
T.E. : "C'est le scénario idéal de se qualifier dès la deuxième course. La journée d'hier (samedi) m'a permis de me libérer, aujourd'hui, la navigation a été au rendez-vous, même s'il reste quelques erreurs à corriger. Je pouvais difficilement rêver mieux. Je vais enfin pouvoir penser à Pékin. A chaque fois que mon esprit partait vers là-bas, j'étais obligé de me ressaisir. Me dire que ce n'était pas encore fait. Là, c'est un gros poids qui retombe."
On a l'impression que c'est le soulagement qui prime comme sentiment?
T.E. : "Je vais enfin pouvoir mieux dormir maintenant. J'étais tendu et c'est normal. Les gens pensaient que c'était une formalité et je devais lutter contre ça. C'étaient mes troisièmes piges olympiques et sans doute les plus difficiles. Je sentais que j'avais un statut à défendre. Aux Jeux, ce sera une pression différente. Là-bas, j'aurai tout à gagner alors qu'ici j'avais tout à perdre."
Sentez-vous que, au-delà de votre personne, c'est un peu tout le monde du canoë-kayak qui respire?
T.E. : "Oui, il y a une sorte de soulagement général. Depuis quelques semaines, j'ai reçu beaucoup d'encouragements. Beaucoup de gens m'ont fait sentir qu'ils avaient envie de me voir aux Jeux. Ces derniers jours, cette attente n'a pas été facile à gérer."
Y a-t-il des enseignements à tirer de ces piges?
T.E. : "Pas vraiment, car c'est un événement tellement particulier. J'aurais préféré ne pas avoir à les faire, car cela pompe beaucoup d'énergie. Mais c'est le système à la française et il a fait ses preuves. Ceci dit, j'ai réussi à tenir la pression et ça, c'est bon signe en vue des Jeux, où je serai également très attendu."
Effectivement car vous y aurez l'opportunité de devenir le premier Français à remporter trois titres olympiques de suite en individuel...
T.E. : "C'est très excitant, ce serait un rêve de pouvoir faire ce premier triplé. Ca dépasse le cadre du canoë-kayak, et c'est sympa car on n'est plus ce petit sport qui n'intéresse personne. J'ai envie de vivre ces moments intensément. J'ai envie de faire quelque chose de grand aux JO. On en est encore loin et il faudra que je navigue mieux qu'aujourd'hui. Mais l'objectif est clair: je veux gagner et je suis heureux de pouvoir m'investir désormais dans ce duel avec Martikan (son grand rival) que tout le monde attend."
Est-ce-que vous arrêterez votre carrière en cas de troisième titre?
T.E. : "Ce n'est pas prévu. J'avais dit dans le passé que j'arrêterai au plus tard en 2008. Mais les années, je ne les ai pas vues passer! J'aime toujours autant ce sport: prendre le départ, avoir la pétoche, je n'ai jamais l'impression de tomber dans la routine. Il n'y a aucun signe qui pourrait m'inciter à arrêter. J'ai envie de continuer, d'autant que je sens que j'ai encore une marge de progression."
Quel est votre avis au sujet de la situation politique en Chine et d'un éventuel boycott des Jeux?
T.E. : "Je m'intéresse évidemment à la question, mais j'ai d'abord envie de fêter ma qualification avec mes amis avant d'en parler. Je dirais juste il faut y aller mais c'est pas pour ça qu'il ne faut rien dire. Je pense qu'on saura être une délégation intelligente pour trouver le bon compromis."