«Il y a une telle envie de participer que tout le mauvais stress est évacué. Je me dis "de toute façon, je me suis tellement entraîné, j'ai fait tout ce que je pouvais, que maintenant j'ai envie que ça arrive. J'ai envie d'en découdre, de me faire plaisir, de me donner au maximum." Je suis devenu comme programmé : il fallait s'entraîner, je m'entraînais. Il fallait manger, je mangeais. Il fallait dormir, je dormais. Il fallait récupérer, je récupérais. Je mangeais JO, je dormais JO. J'étais dans mon truc et plus rien d'autre n'avais d'importance. Grâce à cela, j'ai vécu les jours et les nuits qui ont précédé les Jeux de manière très sereine. Même la veille de la course, j'ai bien dormi.
«Je suis content de me lever et de me dire "ça y'est, cette fois, j'y suis". Heureux de penser que c'est le grand jour, celui où je vais pouvoir constater que tous les sacrifices consentis depuis des mois peuvent porter leurs fruits. Notamment pour mon entourage proche. Je suis comme... une machine ! Je sais qu'il faut que je mange à telle heure, que je m'habille à telle heure, qu'il faut que je m'échauffe à telle heure. Le doute n'a pas sa place.
«Tout est préparé à l'avance. Tous les réglages des vélos sont effectués. De toute manière, sinon, c'est trop tard. Je sais que je dois partir à telle heure, que le trajet dure tant de temps... A Athènes, nous avons la chance d'être très proches du village olympique, donc nous partons vers le circuit en vélo. Je suis dans ma bulle.
«Je suis tellement concentré, que finalement, j'ai peu de souvenirs. ( Il réfléchit ...) Non, très peu de souvenirs...
«Il fait vraiment très chaud, donc je débute mon échauffement en extérieur sur la route. Je suis seul, je monte le Mont Parnitha, la colline sur laquelle nous courons. Je suis gonflé à bloc. Puis j'achève mon échauffement sur home-trainer. Je suis ultra concentré. Je ne me laisse pas submerger par le stress. J'ai effectué tout un travail à ce sujet pendant des mois, avec mon entraîneur Gérard Brocks, mais également avec un préparateur mental.
«En masse au milieu des autres coureurs, je ne pense pas à eux. Je pense à moi, à ma course, à ce que j'ai à faire, au coup de feu. Je suis impatient. Je connais le circuit par coeur, ses moindres recoins. Je suis programmé pour aller vite, et ne laisser personne devant.
«Je fais la course parfaite. A la fois tactiquement, mais également au niveau de la gestion. J'ai tous les schémas dans la tête et je les applique parfaitement. Tout s'est déroulé comme sur des roulettes de A à Z . J'évite tous les pièges, je ne commets aucune faute. Je suis hyper concentré, jusqu'au bout. En VTT, nous ne sommes jamais à l'abri d'une défaillance technique sur les derniers mètres. Je réalise néanmoins que j'ai gagné lorsque je suis dans la dernière ligne droite. Je suis submergé par de grosses émotions. Des émotions qu'on vit uniquement dans le sport. Le genre de sensations tellement intenses qu'on ne peut pas les ressentir dans d'autres circonstances.
«C'est la concrétisation d'un rêve. Tous les sacrifices sont récompensés. C'est l'explosion dans la tête. Je vois des images partout : celles des sacrifices, des mois d'entraînement, des proches. Et j'ai ce signe à Athènes, où je lève le doigt vers le ciel. Pour mon père, qui venait de disparaître quelque temps auparavant. Il était mon meilleur supporter, et c'est grâce à lui que je suis là. Ces émotions sont tellement fortes... Tout est guidé à l'instinct, rien n'est réfléchi. Il est difficile de les quantifier, mais ce que je ressens est tellement intense que deux où trois jours après, je suis complètement perdu et je me demande ce qui m'arrive.
«D'abord, je mets énormément de temps à réaliser que je gagne. Pendant que je suis à Athènes, je suis sur un nuage parce que je suis préparé aux JO... mais pas du tout à ''l'après JO'', notamment marqué par les nombreuses demandes des médias. Pendant deux ou trois semaines, c'est la folie. En conséquence, je pars en vacances avec ma femme loin de la France afin de me reposer tranquillement. Contrairement à une course de Coupe du monde, où dès le soir je revis ma compétition, j'ai eu besoin de ces semaines d'expatriation pour me replonger dans celle des Jeux. Et seulement après, j'ai su que j'avais réussi la course parfaite.

Cyclisme (VTT) - Dans la tête de... JULIEN ABSALON - «PROGRAMMÉ POUR GAGNER»agrandir la photo
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