Rallye de Grande Bretagne - Loeb supérieur

Eurosport - dim, 02 déc 21:34:00 2007

"Phénoménal", "sidérant", "exceptionnel" : les plus grands rallymen français rivalisent de superlatifs à propos de Sébastien Loeb.

2007 Citroen Loeb Portrait - 0

Quadruple champion du monde depuis dimanche, égal des Finlandais Juha Kankkunen (1986, 87, 91, 93) et Tommi Mäkinen (1996, 97, 98, 99), Sébastien Loeb serait en fait beaucoup plus que ça. Aux yeux des plus grands pilotes français de rallye, l'Alsacien de 33 ans suscite une admiration certaine, unanime, non feinte. Les Auriol, Panizzi, Delecour, Saby, Ragnotti et autres Nicolas se sont aussi couverts de gloire sur les routes de la Corse et du Monte Carlo, mais il envient les performances et la classe du génie de Citroën. Leurs jugements sur l'homme comme le sportif ressemblent à une compétition de louanges...

L'homme est d'un naturel réservé ; "un garçon de l'Est, forcément pas causant", résume bien Jean-Pierre Nicolas, vainqueur du Monte Carlo en 1978. A quoi s'ajoute une précaution de propos à faire fuir toute controverse. Comme sur les routes, "Seb" ne s'égare jamais, et va où sa présence trouve sens à ses yeux. "Dans la vie, Sébastien est quelqu'un d'adorable et qui ne se la joue pas", complète Nicolas. "Il est toujours sympa, et il a su rester à place", confirme François Delecour, un autre glorieux de l'Ile de Beauté (1993) et de la Principauté (1994). "Au dernier Monte-Carlo, il est venu passer du temps avec les enfants malades de l'association Arc-en-Ciel, dans laquelle je suis impliqué. Il était disponible malgré toute l'effervescence autour de lui", se rappelle le vice champion du monde 1993.

"Un niveau de concentration exceptionnel"

Une capacité d'abstraction peu commune, une imperméabilité à un environnement tendu ou émotionnel sont des qualités qui ont surpris, au début. Avant de former l'invariable toile de fond de 36 victoires-record. "Au volant, c'est un mental et une condition physique exceptionnels", reprend l'ex-pilote de Ford.

"Je pense que son passé de gymnaste de haut niveau (national) y a énormément contribué. Au-delà de ça, il est vraiment bluffant, et je me demande toujours comment il fait pour enchaîner autant de rallyes sans commettre de fautes ! Il a un niveau de concentration exceptionnel. C'est sidérant. Il faut bien se rendre compte qu'il pilote sur des routes qu'il ne connaît pas, comparé à mon époque où les reconnaissances étaient monnaie courante. Il aligne donc des rallyes en faisant une confiance aveugle à Daniel Elena." Pas plus tard que vendredi, dans l'épais brouillard enveloppant Swansea. Chez Michelin et BFGoodrich (marque associée), fournisseur de toutes les victoires depuis 2002, on se souvient de sa capacité à mémoriser la route pour en retenir les spécificités à cent mètres près...

Une pointe de vitesse et un mental autrement résumés à l'envi par Jean-Pierre Nicolas. "C'est le pilote le plus exceptionnel de tous les temps, celui qui a gagné le plus de rallyes variés" , s'enthousiasme l'ancien pilote, qui en a vu encore avec la casquette de directeur sportif chez Peugeot. "Il a gagné sur la terre lente, la terre rapide sauf la Finlande -mais ça pourrait bien changer l'an prochain-, il a battu les Finlandais et les Suédois sur la neige en Suède (en 2005), il s'est imposé six fois de suite sur asphalte en Allemagne et reste sur trois victoires au Tour de Corse... C'est un mec solide, d'une intelligence exceptionnelle et, en plus de son coup de volant, il a un mental de grand champion. Il regarde, il jauge l'adversaire, et quand il décide de porter l'estocade, plus personne ne peut le suivre. Pas même Marcus [Grönholm], qui n'a pas toujours eu les nerfs assez solides pour ça."

"Sebastien n'a copié personne"

Rapide, fiable, et polyvalent. Avec son étiquette de mangeur de bitume, le jeune Loeb a pourtant 'dézingué' illico ces rois de la terre qu'étaient Carlos Sainz et Colin McRae, chez Citroën en 2003, sa première saison complète. "Sébastien s'est bien mieux adapté à la terre que les Scandinaves au goudron" , remarque Gilles "Tarmac Master" Panizzi, vainqueur insulaire en 2000 et 2002. "Il en a mis un sacré coup à McRae et Sainz ! Je peux même vous dire qu'ils ne savaient pas ce qui leur arrivait ! Au bout du compte, le "petit" Sébastien a "viré" le grand Colin puisque Citroën n'a dû garder que deux pilotes pour 2004."

Loeb, un esthète aussi. Mais ce n'était pas gagné. Fasciné par les images de fondus de contre braquages comme McRae, il a commencé par glisser de partout sur la terre avant de tendre ses trajectoires. Tout seul. "Sebastien n'a copié personne, contrairement à beaucoup", félicite Panizzi. "Petter Solberg, par exemple, n'était pas bien sur l'asphalte et a commencé à me regarder pour piger. Il a fini par moins glisser. Chez Peugeot, Grönholm ne captait pas non plus le pilotage sur asphalte et n'arrêtait pas de demander des vidéos embarquées de moi, en 1999-2000. Il voulait tout le temps monter en passager pour regarder comme je faisais. Il sortait souvent blême de la voiture." Jusqu'à en vomir. Loeb n'en est jamais arrivé là, observateur attentif et toujours extérieur.

Curieux mais indépendant, l'as tricolore a progressé en bossant, surtout, dans l'environnement protecteur de Guy Fréquelin. "Il a trouvé en Guy le patron dont j'ai toujours rêvé, même si Malcom Wilson s'en est approché (chez Ford)", relève François Delecour. "Guy est admiratif de ses pilotes et c'est le genre de chose qui booste."

Et puis, "Seb" a passé des heures à tester avec les techniciens de Clermont-Ferrand pour intégrer les particularités d'une gamme de gommes très large, complexe. "Question choix de pneus, il est très rarement pris en défaut, et pourtant ce n'est pas facile !" , constate Delecour. Monte Carlo en a presque toujours fourni la démonstration. "Là-bas, on n'a jamais les bons pneus ! C'est toujours un compromis, quand c'est un compromis...", souligne Bruno Saby, lauréat du Corse 1986 et du Monte Carl' 1988.

Un "avion"

Une victoire s'anticipe toujours, car la FIA exige aux concurrents d'annoncer le paquetage de pneus utilisés pour la compétition plusieurs semaines avant l'épreuve. Un lot de 80 rubans noirs dont 50 seulement utilisables, par exemple. Il est souvent arrivé à des adversaires du N.1 mondial de chercher désespérément dans le camion des gommes qu'ils avaient déjà épuisées, ou tout simplement pas prévues...

Loeb teinte aussi ses victoires d'un supplément d'âme, quand il peut. "Par-dessus tout, il a du panache", note un Delecour pantois. Comme en Corse, en 2005, lorsque le pilote de la Xsara avait réalisé le Grand chelem, remportant les 12 spéciales au programme ! Un fait unique en 35 ans de championnat du monde.

Phénoménal, donc... "Sébastien, c'est le genre de "monstre" que l'on voit tous les trente ans !, LE pilote que le rallye n'a jamais connu", reprend Panizzi, intarissable. "A l'époque, on citait Walter Röhrl mais Sébastien aurait pu faire carrière dans les années 70, 80 ou 90 avec le même succès. Personne n'aurait pu aller le chercher. Personne. Sébastien est battable sur deux-trois courses mais pas sur un championnat. Sébastien a un parcours hallucinant, c'est un "avion" comme on dit dans le jargon."

C'est d'ailleurs ce qui inquiète un peu les amateurs de suspense, depuis la fraîche retraite de Marcus Grönholm, seul véritable contradicteur du Français en 2006 et 2007. "Il va se retrouver tout seul en 2008", prévient Jean Ragnotti, maître du Monte Carlo 1981 et des Tour de Corse 1982 et 85. "C'est un risque pour le rallye, car il peut en gagner douze ou treize".

Stéphane VRIGNAUD / Eurosport