Tour de France - Il était une fois le Tour

Eurosport - dim, 05 juil 17:47:00 2009

Chaque jour, pendant le Tour de France, revivez une grande page de l'histoire de la Grande Boucle. 1er volet dimanche avec Antoine Blondin. L'écrivain fut de 1954 à 1982 un merveilleux chroniqueur dans les colonnes du quotidien L'Equipe.

CYCLING Retro Tour de France Antoine Blondin (1955) - 0

A l'heure de débuter cette série sur l'histoire du Tour de France, dont l'unique but est de rendre hommage aux lieux, aux moments et plus encore aux hommes qui ont forgé sa légende, s'est inévitablement posée la question de savoir par où, ou plutôt par qui il était judicieux de commencer. Eddy Merckx, le plus tyrannique des souverains, n'en déplaise aux sept victoires de Lance Armstrong? Sans doute. Bernard Hinault, le dernier vainqueur français en date? Pourquoi pas. Le duel Anquetil-Poulidor sur les pentes du Puy-de-Dôme? Incontournable, évidemment. Mais il y en a tant d'autres. Alors, finalement, la solution s'est imposée comme une évidence. Pour commencer à parler de la Grande Boucle, il n'y avait pas mieux que de débuter par celui qui l'a le mieux décrite, écrite, et contée. En l'occurrence Antoine Blondin.

28 années durant, de 1954 à 1982, l'auteur de Un Singe en hiver a suivi sans discontinuer le Tour de France pour le compte du quotidien L'Equipe, écrivant 524 chroniques toutes plus inventives et inspirées les unes que les autres. Chacune d'entre elle se suffit à elle-même. En près de trois décennies, Blondin a révolutionné le journalisme sportif, notamment dans la manière d'aborder la titraille. Plus encore, il a élevé au rang d'art la chronique. Sa passion du cyclisme, son exceptionnelle érudition et son talent inimitable de conteur furent les trois mamelles de la chronique blondienne. Son amour des mots n'avait d'égale que celui qu'il portait aux champions. Le Tour lui a offert le cadre idéal à l'épanouissement de son style, inimitable, et de sa plume, magique. Romancier frustré et frustrant, il n'a pas toujours eu la reconnaissance espérée auprès de la critique et de ses pairs. L'Académie française n'était pas pour lui. Peu importe. "Je préfère le maillot jaune à l'habit vert", a-t-il dit un jour à ce propos, avec le sens de la formule qui le caractérisait.

Il faisait mouche à tous les coups

Dès sa première chronique, parue le 19 juillet 1954, Blondin impose sa patte. Pour ses débuts, il n'est pas encore seul maitre à bord de la rubrique. Il partage donc ce Tour marqué par le deuxième sacre de Louison Bobet et débarque dans les Landes en cours de route. L'écrivain, subtilement, pose les jalons de son oeliguvre. "Prendre le Tour de France en marche, livre-t-il, c'est pénétrer dans une famille avec des gaucheries de fils adoptifs, des réticences de l'enfant tard reconnu. Tout un rituel s'est instauré sans vous, dont on vous livre patiemment les clés." En réalité, Blondin ne mettra pas longtemps à faire partie intégrante de cette famille, dont il va devenir un des éléments les plus éminents. Il se sent chez lui ici, au milieu des coureurs et des suiveurs. En pénétrant ce monde, il passe de l'autre côté du miroir, comme un enfant au cinéma qui crèverait l'écran pour quitter la salle et devenir un acteur à part entière du film. Un ravissement, en même temps qu'un petit déchirement. En voyant ce public dont il était jusque là, il ne peut s'empêcher décrire, toujours dans cette toute première chronique: "Je me suis étonné d'être dans cette caravane qui décoiffe les filles, soulève les soutanes et pétrifie les gendarmes. Je veux bien vous le dire: mon seul regret est de ne pas m'être vu passer."

Ce bijou sera donc suivi de 523 autres. Antoine Blondin va y parcourir ce qui reste peut-être la part la plus riche de l'histoire du Tour. Il assistera successivement à l'émergence d'Anquetil, Merckx et Hinault, les trois géants. Sa capacité à analyser la course, et son incomparable capacité à saisir l'esprit du Tour vont le rendre indispensable. Puis il y a ce style, inimitable et pourtant si souvent imité. Ses jeux de mots, jamais gratuits, ont fait le tour de la caravane, inspirant des générations de journalistes en herbe. Impossible d'oublier ses titres. Drôles ou acerbes, mais toujours justes, mêlant l'utile (toute la course était souvent résumée dans une formule), à l'agréable (l'humour, toujours l'humour). Blondin faisait toujours mouche. Le jour de l'écrasante victoire de Merckx à Mourenx, en 1969, il ne lui faudra que deux mots pour résumer cette journée historique: "Tout Eddy."

Le roi du calembour savait aussi mettre ses formules au service de l'émotion, et même du drame. Quand Roger Rivière perdit ses illusions et sa carrière dans une chute monstrueuse dans les gorges des Cévennes en 1960, le chroniqueur de L'Equipe trouva une fois encore le titre parfait le soir même pour livrer le sentiment commun: "En travers de la gorge". Cette faculté de faire mouche à tous les coups était d'autant plus extraordinaire que Blondin était soumis, comme n'importe quel membre de la rédaction de L'Equipe aux impératifs du bouclage. Mais Jacques Goddet, patron du journal et du Tour, eut la bonne idée de ne jamais lui imposer de lignage, afin de laisser libre cours à ce génie de la plume. "Désolé, mais je n'ai pas eu le temps de faire court ", aimait-il répéter. A lire Blondin, on a l'impression qu'il est facile d'écrire. Tout est si limpide, tout a l'air si simple. Apparence trompeuse. Chaque soir, sa chronique le rendait malade à l'approche de l'arrivée de l'étape. La peur de la page blanche, il l'a connue 524 fois.

Une madeleine à l'odeur de revanche

En dépit de ces instants crispants, le Tour était avant tout une fête pour lui. Dans la voiture 101, "ma résidence d'été ", comme il se plaisait à la nommer, Blondin a passé des journées merveilleuses en compagnie de Pierre Chany, l'autre plume mythique du Tour de France, Michel Clare ou Jacques Augendre, lequel a consacré un ouvrage en forme d'hommage, Un singe en été, aussi touchant que drôle. Blondin n'a jamais été aussi heureux que sur le Tour. En dehors, l'homme était souvent tourmenté. Panier percé et gosier toujours rempli, il s'est laissé ronger peu à peu par l'alcool. Le foie en compote, il s'est usé avant l'âge, préférant profiter que gérer. Dans la vie, il était plus offensif que tacticien... C'était surtout un homme d'une rare générosité. Il avait le coeur en or et sur la main. Cet altruisme a fini par vider son compte en banque. Mais pas son humour. A l'agent du trésor qui fut chargé de s'occuper de son cas, Blondin eut cette réponse merveilleuse quand il lui demanda ce qu'il pouvait déjà verser: "une larme..."

Antoine Blondin a écrit sa dernière chronique en 1982, neuf ans avant sa mort. Un quart de siècle après, il demeure omniprésent. Personne ne lui est arrivé à la cheville depuis. Romancier frustré, il est devenu le plus fabuleux chroniqueur de l'histoire. Il a beaucoup donné au Tour, et ce dernier le lui a bien rendu. Pour lui, ce fut aussi une forme de revanche. A 13 ans, en 1937, le collégien Blondin avait participé à un concours national. Il s'agissait de rédiger un petit essai sur le thème de la Grande Boucle. Les auteurs des meilleures copies étaient invités à suivre une étape du Tour. Blondin ne fut pas retenu. "Ce bonheur me fut refusé au profit des premiers de la classe, qui n'en avaient que faire, expliquera-t-il plus tard. Ma madeleine de Proust, si elle dégage un parfum d'embrocation, a aussi une lointaine odeur de revanche." Celle-ci fut totale et éclatante. Pour finir, on pourrait paraphraser Blondin, en lui servant cette phrase magnifique qu'il eut un jour à propos d'un livre écrit jadis par Marcel Bidot sur le Tour: "il est des oeuvres qui se lisent et se regardent, celle-ci se garde et se relit." Une définition qui s'applique à merveille l'ensemble de ses chroniques, dont la cohérence littéraire et historique en fait un chef-d'oeuvre.

Laurent VERGNE / Eurosport

Commentaires 1 - 5 de 5

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  1. test

    De Hvala, le ven 10 juil 0h 53
  2. Ranger Walker, parfaitement bien répondu !!! Marre­ de tous ses @#$% qui prennent le cyclisme en otage pour­ débités leur idioties.

    Mais que font les modérateurs­ ......

    De robert779162, le lun 6 juil 10h 58
  3. 2: ;-)
    .
    ...et n'hésitons pas à parlerde JL Touzet­ comme de son digne successeur B-)

    De pierredemontreuil, le dim 5 juil 20h 24
  4. c'est toi qui est nul, pauvre g.unzi.zidane ou­ tzigane, un pauvre d'esprit ou un sans esprit qui­ sans doute ne connait rien au cyclisme, et qui n'a­ sans doute jamais lu un article d'Antoine Blondin.­ je te laisse à ta stupidité et à ton érudition qui­ ressemble à celle du néant, completement vide.

    De Ranger Walker, le dim 5 juil 15h 15
  5. Commentaire caché en raison de son évaluation négative. Montrer

    nul !!! a ne pas lire :(

    De g.unzi_zidane, le dim 5 juil 13h 38
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