Une étude très sérieuse réalisée il y a quelques années a montré que les équipes évoluant en rouge avaient scientifiquement plus de chances de gagner que les autres. C'est une couleur qui impressionne l'adversaire et crée un déséquilibre psychologique. Cette théorie avait été rapidement validée par l'incroyable victoire de Liverpool en Ligue des champions (2005). L'équipe de France, sur la route de l'Euro, a décidé de mettre un atout supplémentaire de son côté en arborant la troisième «couleur du drapeau français», comme le souligne Raymond Domenech, pour le premier des cinq matches amicaux qui la mèneront jusqu'à juin. Voilà une curiosité de taille : c'est en Espagne, nation qui échoue dans toutes les grandes compétitions avec son maillot rojo depuis l'Euro 1960, que les Bleus vont donner vie, mercredi soir (21h00), à ce qui sera leur deuxième tunique de l'été. L'Espagne, elle, évoluera en doré, en hommage... au quotidien sportif Marca , qui fête ses soixante-dix ans. Bien sûr, il faudra plus que ces sympathiques curiosités pour convaincre que la bande à Vieira arrive à Malaga avec un statut d'incontestable favori. L'Espagne est une valeur montante des valeurs européennes, qui n'a plus perdu un match depuis quinze mois. Mais par les temps qui courent, la Seleccion n'est plus à une superstition près. Surtout quand il s'agit des Bleus.
La France exerce sur la Seleccion le même sentiment de méfiance défaitiste que l'Allemagne, naguère, sur les joueurs frappés du coq. Il suffit de parcourir la presse et de discuter avec les passionnés de foot (c'est-à-dire tout le monde) pour relever que ce fameux déséquilibre psychologique existe déjà, à la base, sans l'aide de l'équipementier, en faveur du camp des Barcelonais Henry, Thuram et Abidal. L'Espagne se raconte de vieilles histoires à toutes les pages : 1984 et la défaite en finale de l'Euro (0-2), 2000 et ce maudit quart de finale au penalty raté par Raul (1-2), et bien sûr 2006, huitième de finale de la Coupe du monde allemande à Hanovre (1-3), premier grand match d'une équipe de France dans une phase finale depuis l'Euro 2000 . «L'Espagne joue comme jamais et perd comme toujours», se répétait le pays dans un énième moment d'autodérision. Malgré le renouvellement des cadres, la blessure est toute chaude. Pour se convaincre qu'elle échappera à cette humiliante sentence en juin, la jeune équipe de Luis Aragones drapera d'un souci d'efficacité son jeu de passes courtes inspiré par le FC Barcelone. Même si, a prévenu Reynald Denoueix dans une intervention passionnante chez France Football , la Seleccion a de super joueurs mais pas vraiment d'équipe.
Les Français, a priori, ont les deux. Ils chercheront ce soir quelques certitudes enfouies sur leur sérénité défensive, après deux matches nuls mitigés, en novembre dernier, contre le Maroc (2-2) puis en Ukraine (2-2). « C'est la solidité de l'équipe qui fera qu'on ira loin ou pas à l'Euro », nous répétait Raymond Domenech cette semaine. Trois revenants de poids, Coupet, Sagnol et Vieira, 61 sélections de moyenne à eux trois, aideront les Tricolores à resserrer les boulons dans un 4-4-2 désormais très régulier et exempt de tout jeunisme (Benzema, Ben Arfa, L. Diarra sur le banc, Nasri en A'). Ribéry est blessé, Makelele est incertain, et pourtant Raymond Domenech n'aura jamais eu autant de titulaires sous la main depuis la Coupe du monde. Perdre ne serait pas forcément trop engageant avant l'Euro. Sauf à relever que le dernier face-à-face entre les Bleus et le toque s'était mal terminé : l'Argentine gagnait au Stade de France il y a un an tout juste (0-1). Savoir corriger ses erreurs à temps est le propre des grandes équipes. L'Espagne, qui empile des échecs comparables depuis quarante-huit ans, le sait mieux que quiconque. La France, qui se demande encore comment elle a pu perdre deux fois de la même façon contre l'Ecosse en qualifications (0-1, 0-1), n'a sur ce point pas de leçon à donner. Pas encore. Les examens, c'est en juin.

Espagne - France - L'EUROPE EST SANG ET ORagrandir la photo
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