LONDRES (AFP) - L'ancien champion du monde écossais Jackie Stewart a prévenu dimanche que le scandale sexuel aux relents nazis touchant le patron du sport automobile, Max Mosley, allait nuire aux intérêts économiques de la Formule 1 en éloignant les sponsors.
"Dans une organisation, dont le président ou le directeur exécutif est enthousiasmé par la F1, le directeur marketing pourrait dire: +Il se passe beaucoup de trucs en ce moment. Il vaut mieux attendre et voir comment ils gèrent ça", explique l'Ecossais dans un entretien à l'agence britannique Press Association.
"Un pays musulman ou une grande organisation juive risque de mettre des projets en suspens après ce qu'il s'est passé", ajoute Stewart, qui travaille pour l'un des grands sponsors du circuit.
Le patron de la F1, Bernie Ecclestone, a fait du Moyen-Orient l'un des marchés prioritaires pour l'expansion de son sport.
"Quand les contrats existants vont devoir être renouvelés, certains pourraient être mécontents que ce sport ait été souillé, que l'intérêt du Grand Prix, soit soudainement accaparé par une autre question", a expliqué Stewart que Mosley avait décrit l'an passé comme un "idiot certifié".
Les autorités de Bahreïn ont écrit à Mosley pour lui faire savoir qu'il était persona non grata pour le Grand Prix de Sakhir dimanche.
Mosley réfute toute "connotation nazie" à la séance sadomasochiste dont des images ont été diffusées la semaine dernière par News Of the World. Il a intenté samedi une action en justice contre le tabloïd qui a répliqué dimanche en publiant le témoignage d'une prostituée ayant participé à la séance.
"Un journal à scandales a obtenu par des moyens illégaux des images de quelque chose que j'ai fait en privé et qui était inoffensif et complètement légal, même si cela peut être considéré comme inacceptable par certaines personnes", a indiqué Mosley, qui réfute de nouveau le caractère "nazi" de sa séance sadomasochiste dans cette lettre à la Fédération allemande automobile révélée par l'agence britannique Press Association.
"Cela va sans dire que le soi-disant aspect nazi est une totale fabrication. Cela sera parfaitement clair quand l'affaire sera portée en justice. Le journal a inventé cela afin de pimenter son histoire et d'introduire mes origines familiales", a jugé le fils du dirigeant fasciste britannique Oswald Mosley.
Le président de la Fédération automobile néerlandaise (KNAF), Arie Ruitenbeek, a demandé vendredi son départ.
"Vu sa position haut placée, cela ne peut être accepté. Je n'ai pas encore reçu mon invitation (ndlr: à une prochaine réunion de la FIA qui doit examiner le sujet), mais nous voterons en faveur de sa démission", a déclaré à la BBC Ruitenbeek.
Interrogé par la radio britannique, le président de l'Automobile Club israélien, Yitzhak Milstein, s'est dit "choqué" par les accusations mais a souhaité attendre que "l'affaire soit clarifiée" et avoir "une meilleure idée sur (son) degré de véracité" avant de "faire connaître (ses) conclusions". "Elles seront en adéquation avec le sérieux de l'affaire", a-t-il toutefois prévenu.
L'Automobile club allemand (Adac) avait auparavant enjoint Mosley à "reconsidérer" sa position de président de la FIA.
Cette affaire très dérangeante a éclaté dimanche quand un tabloïd britannique a diffusé une vidéo montrant Mosley dans une séance sadomasochiste avec cinq jeunes femmes, dont certaines sont habillées en costume rayé de prisonniers. Lors de simulacres d'interrogatoires, Mosley s'y exprime notamment en allemand.
Passée l'incrédulité, les premières réactions sérieuses sont arrivées jeudi. Max Mosley a dû commencer par annuler son voyage au Grand Prix de Formule 1 de Bahreïn. Occupé avec ses avocats concernant les suites à donner à cette affaire, le président de la FIA, âgé de 67 ans, a en outre vu plusieurs grands constructeurs prendre leurs distances.
"Toyota Motorsport n'approuve aucun comportement susceptible de nuire à l'image de la Formule 1, en particulier des comportements qui pourraient être perçus comme racistes et antisémites", a réagi le constructeur japonais.
"Extrêmement déçu par les événements récents autour de M. Mosley", "inquiet que la réputation de la Formule 1 (...) en pâtisse", Honda "demande à la FIA d'aborder ce problème avec attention et de prendre une décision immédiate dans l'intérêt de la F1 et du sport automobile".
Les Allemands Mercedes et BMW ont aussi publié un communiqué conjoint dans lequel ils jugent "honteux" le contenu de la vidéo et s'en "désolidarisent fortement".
Max Mosley a rapidement réagi: "Etant donné l'histoire de BMW et de Mercedes-Benz, en particulier avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, je comprends entièrement qu'ils souhaitent se désolidariser fortement de ce qu'ils décrivent à juste titre comme le contenu honteux de ces publications", a-t-il estimé.
"Malheureusement, ils ne m'ont pas contacté avant de publier leur communiqué pour me demander si ce contenu est exact", a-t-il également regretté.
Mosley, qui a exclu mardi de démissionner, conteste toute "connotation nazie" à sa séance sadomasochiste et estime qu'elle relevait de sa vie privée.
Le président de la FIA a en outre sollicité la réunion d'une assemblée générale extraordinaire de la FIA où il aurait la possibilité de s'expliquer devant tous les membres. Sa position est cependant très fragilisée.
Les pilotes de Formule 1 ont à peu près tous refusé de commenter l'affaire. Seul Nico Rosberg s'est jeté à l'eau: "Je pense que lorsque vous êtes une figure connue, comme un pilote ou autre, vous devez essayer de montrer le bon exemple parce que beaucoup de gens regardent ce que vous faites."
La vidéo a par ailleurs provoqué l'indignation d'organisations juives britanniques dont certaines ont rappelé le passé familial de Mosley. Max Mosley est le fils d'Oswald Mosley, fondateur de la British Union of Fascists (BUF) et leader des "chemises noires" britanniques dans les années 1930.
Parmi le nom de ses éventuels successeurs figure notamment celui du Français Jean Todt, ancien patron de Ferrari en F1.

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