Pékin 2008 - Mesnil : "Aussi notre problème"

Eurosport - lun, 07 avr 12:38:00 2008

Vice-champion du monde à Osaka, Romain Mesnil est en pleine préparation olympique. Désireux de ne pas fermer les yeux sur ce qu'il se passe au Tibet, le perchiste tricolore est à l'initiative de porter un ruban vert durant les J.O. Pour lui, c'est une bonne chose d'aller à Pékin...

ATHLETICS 2007 Romain Mesnil - 0

ROMAIN MESNIL, pouvez-vous nous parler de cette initiative pour montrer l'attachement des sportifs au respect des droits de l'homme. Et ce fameux ruban vert...

R.M. : L'idée de faire quelque chose est venue petit à petit. On a tendance à dire que ce n'est pas le problème d'un sportif, qu'on n'a pas à les mêler à ça. Maintenant, c'est à nous de dire : "si, c'est aussi notre problème". On est acteur complètement des Jeux. Il faut qu'on soit à l'initiative de quelque chose pour vraiment montrer qu'on est attaché à ces valeurs. Les Jeux, ce sont les athlètes avant tout et on ne peut pas les mettre à l'écart. Concernant les Droits de l'Homme, on ne peut pas aller aux Jeux, comme si de rien n'était. On a tous une conscience civique et humaine.

Avez-vous évoqué ce projet avec d'autres athlètes ?

R.M. : J'essaye aujourd'hui, petit à petit, d'appeler plusieurs sportifs. Globalement, en athlétisme, beaucoup d'entre eux trouvent l'idée intéressante. Mais personne ne veut se mettre en porte-à-faux avec la charte olympique. C'est aussi le souci. Maintenant, on n'est pas dans l'esprit "on veut le faire, on ne veut pas le faire". C'est une idée. On ne sait pas si on peut la mettre en place.

Qu'en pensent la fédération française et le DTN ?

R.M. : J'ai reçu le soutien de la fédération, mais également celui d'un membre du DTN. Je n'ai pas eu personnellement de discussion avec le DTN.

Le CIO interdit pourtant toute manifestation durant les Jeux...

R.M. : Oui, bien sûr. La Charte olympique est claire. On ne doit pas montrer de signes, qu'ils soient politiques, religieux ou raciaux. Le ruban vert devrait être pris pour un geste politique même si, à mes yeux, c'est presque de la politique "universelle". Il y a déjà une tolérance puisqu'il n'est pas rare de voir des athlètes porter des croix, embrasser celles-là avant un départ ou après une arrivée, se signer ou prier en levant les yeux au ciel. Ce sont des signes religieux et il y a une tolérance par rapport à ça, donc...

Etait-ce, pour vous, une bonne chose de décerner les Jeux à la Chine ?

R.M. : C'est effectivement le débat. Maintenant, la décision a été prise en 2001. En tout cas, il est clair qu'il faut se poser la question pour le futur. Si la Chine n'avait pas eu les Jeux, on aurait fermé les yeux sur tout ce qu'il se passe là-bas. Le point positif, c'est que ça peut permettre de mettre la pression sur le gouvernement chinois et ça éclaire un peu la situation politique chinoise...

Il est donc préférable que les athlètes aillent à Pékin. Un boycott ne ferait pas avancer les choses, selon vous ?

R.M. : En tant qu'athlètes, les Jeux Olympiques sont très importants dans notre carrière. Ce ne serait pas une bonne chose de boycotter les Jeux, pour les raisons expliquées précédemment. En revanche, on ne peut pas faire abstraction de tout ce qu'il se passe là-bas.

Quelque chose à rajouter sur ce sujet ?

R.M. : Oui, je veux surtout rappeler que je suis avant tout un sportif. Ce qui compte c'est de participer aux Jeux et d'être fort là-bas. Je me suis lancé là-dedans car ça me tient à coeur et civiquement, je trouve ça important. Maintenant, je continue à m'entraîner. Dans quelques semaines, je devrais me concentrer uniquement sur le sport.

La transition est toute faite. Où en êtes-vous au niveau de votre préparation, à quatre mois du début des JO ?

R.M. : Tout va bien. En mars, j'ai fait l'impasse sur les Mondiaux en salle de Valence. C'était un choix personnel mais également un choix vis à vis de ma façon d'enchaîner les compétitions. Et puis j'avais un petit garçon qui allait naître dans la même période. J'avais fait ça l'an dernier et ça m'avait plutôt réussi. Après mon succès d'Osaka (médaille d'argent aux Mondiaux), il a fallu que les choses retombent et que la motivation revienne. Le fait de ne pas avoir participé aux Mondiaux en salle m'a un peu manqué mine de rien, mais je ne m'étais pas préparé pour y faire quelque chose. Après, c'est vrai que voir ce qu'il s'y passe m'a donné envie d'y être. Maintenant, la motivation est de nouveau là. Cela fait quatre semaines que j'ai repris l'entraînement. J'ai eu trois grosses semaines de foncier, puis une semaine de semi-repos.

Qu'allez-vous travailler avec votre entraîneur Georges Martin dans les prochains jours ?

R.M. : Cette semaine, on va intensifier tout ce qui est course. Les trois premières semaines, c'était une petite montée en puissance. On espère aussi avoir un temps un peu plus clément pour pouvoir faire beaucoup de sauts techniques.

Quand est prévu votre retour à la compétition ?

R.M. : Aux interclubs (le 3 mai) qui sont toujours très tôt dans la saison. Il ne faut pas s'attendre à de grosses performances. Le début de la saison s'effectuera plutôt fin mai début juin. Pour la suite, j'ai plus ou moins déjà établi mon calendrier de compétition. Il y aura des meetings à l'étranger, en France, des épreuves Golden League qui proposent des concours de perche. Notamment Berlin le premier juin. On verra la suite plus tard...

Quel est votre avis sur la perche en France en ce moment ?

R.M. : Je suis super content que ça bouge. En France, il y a toujours une grosse densité de perchistes, aux alentours de 5,50m-5,60m. Là, on a passé un cap puisqu'on se rapproche de 5,70m. Et puis, le fait que Jérôme Clavier efface 5,80m et termine 4e aux Mondiaux en salle, ça fait vraiment plaisir. On avait tendance à entendre que la perche n'était plus ce qu'elle était. Cela montre que je ne suis pas le seul. Jérôme s'est bien engouffré dans la voie que j'ai tracée. Cela motive car ça pousse derrière.

Propos recueillis par François-Xavier RALLET / Eurosport