COLMAR (AFP) - La Cour d'assises du Haut-Rhin a condamné mercredi Hocine Hamdaoui, 26 ans, à une peine de 15 ans de réclusion criminelle pour avoir mortellement poignardé un footballeur lors d'un tournoi amateur en juin 2005 à Aspach-le-Bas (Haut-Rhin).
Le verdict, rendu après deux heures de délibéré, a été accueilli dans le silence, l'accusé demeurant impassible à son énoncé.
Cette peine est légèrement en retrait des réquisitions de l'avocat général Alexandre Chevrier qui avait réclamé 18 ans d'emprisonnement, fustigeant "un crime de la haine, un crime de la bêtise, un crime de la lâcheté".
Les jurés, qui ont retenu l'homicide volontaire, n'ont donc pas accédé à la requête des avocats de la défense qui sollicitaient une requalification des charges en "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner", ce qui aurait eu pour conséquence de réduire la peine maximale de 30 à 20 ans.
"Pour les parties civiles c'est un demi-succès", a commenté après le verdict Me Jean-Louis Colomb, l'avocat de la famille de la victime, qui souligne que, si les jurés n'ont pas retenu "l'hypothèse de l'action non volontaire" avancée par la défense, ils n'ont pas non plus suivi jusqu'au bout l'avocat général.
"C'est une décision de justice équilibrée, pacificatrice pour l'ensemble des parties", a estimé pour sa part Me Thierry Moser, en charge avec Me Pierre Schultz de la défense de l'accusé, disant sa satisfaction face à cette décision et indiquant que les deux avocats n'envisageaient pas d'interjeter appel.
L'après-midi du dimanche 19 juin 2005, lors d'une bagarre qui avait éclaté pendant un tournoi de football amateur organisé à Aspach-le-Bas, Hocine Hamdaoui avait mortellement poignardé Murat Gocurucu, 21 ans, père de deux enfants. L'agresseur présumé avait pris la fuite le soir du drame avant de se constituer prisonnier le lendemain matin, sur les conseils de proches.
"Il n'y a guère de mystère dans cette affaire: Hocine Hamdaoui est sans conteste l'auteur du coup mortel", avait asséné pendant son réquisitoire l'avocat général, pointant "la responsabilité pleine et entière" de l'accusé ainsi que sa "volonté parfaitement consciente" au moment des faits.
Il avait également balayé les arguments déployés mardi par Hamdaoui pour expliquer son geste, notamment la thèse d'un "enchaînement de circonstances".
Pour l'accusation, Hamdaoui a, au contraire, "ruminé des idées de vengeance" après un premier affrontement verbal avec la victime survenu quelques dizaines de minutes avant le drame.
Une "rancune meurtrière" et une "pulsion de mort" vont alors croître en lui et, "vexé d'avoir été rabroué", il va revenir sur le terrain armé d'un couteau et d'un bâton pour laver l'affront, avait avancé M. Chevrier.
Hocine Hamdaoui "n'a jamais daigné donner une explication claire de son geste", avait encore déploré l'avocat général, pour qui ce meurtre, commis avec une "violence froide", est "absurde" et "totalement gratuit".
"Pendant ces deux jours et pendant toute l'instruction, je n'ai jamais nié mon importance dans cette affaire", avait lancé l'accusé aux jurés avant qu'ils ne se retirent pour délibérer.
"Mais tout ce que je vais dire, les regrets, les pardons, ça ne fera jamais revenir la personne", avait-il ajouté, suscitant quelques murmures sur les bancs des parties civiles.

AFP/Frederick Florinagrandir la photo