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Équipe de france / willy Sagnol :« aller au bout »

ven 07 jui, 20h39

De notre envoyé spécial en Allemagne. Cadre des Bleus, Willy Sagnol méritait à nos yeux d’être récompensé pour son énorme compétition par une nomination pour le Ballon d’Or du Mondial. Vendredi il est venu nous parler longuement.

De notre envoyé spécial en Allemagne

Après la Coupe du Monde 2002 en Corée du Sud et l'Euro 2004 au Portugal, Olivier De Los Bueis se trouve en Allemagne du 9 juin au 9 juillet. Tous les jours, il vous livre les dernières informations concernant l'équipe de France et vous fait découvrir les coulisses du Mondial 2006.

Willy Sagnol, comment est l’ambiance à deux jours de la finale de la Coupe du Monde ?

L’ambiance est la même depuis le 8 juin, date de notre arrivée. C’est sûr que les bonnes performances de ces dernières semaines facilitent certaines choses. Notre façon de vivre en commun a toujours été la même. Il y a moins d’éventuelles prises de tête sur la façon de jouer, sur quel élan à donner sur le terrain à l’équipe. On a trouvé la bonne formule, à nous de tout faire pour que ça se poursuive pendant 90 minutes.

Cela signifie qu’il y a eu des prises de tête ?

Bien sûr qu’il y a toujours des prises de tête quand il y a des choses qui ne vont pas. C’est de la discussion : chacun pose ses question, dit ce qu’il pense. C’est comme ça que nous avons réussi à trouver la bonne formule, à ce que chacun donne le meilleur de soi-même pour faire avancer l’équipe. C’était des discussions collectives. On fait tout ensemble depuis le début. On a fait ces réunions dans les bons moments comme dans les moments plus difficiles. Et c’est aussi ce qui a fait notre force, il n’y a pas eu de groupe scindé en deux ou trois, ou le groupe des joueurs d’un côté et le groupe du staff de l’autre. C’est aussi ça qui a fait notre force.

Ces discussions se sont bien passées ?

Tout le monde a voulu tirer dans le même sens avec des idées un peu différentes. On est en finale : ça montre que le travail a été bien fait. Il y a eu des discussions. Quand on est dans une position avec deux matchs nuls avant le Togo, on se dit qu’il y a des choses à améliorer. Restait à trouver ce qu’on pouvait améliorer et je pense qu’on a trouvé la clé à nos problèmes.

« Le sélectionneur nous a donné les clés du succès »

L’équipe qui affronte le Togo n’est plus la même que par la suite…

Le match du Togo, même s’il a été difficile à aborder car on savait ce qui pouvait se passer après le match, nous a libéré de plein de choses. Ca nous a permis d’évacuer le spectre de la dernière Coupe du Monde. C’était un poids plus important qu’on pouvait le penser. Ce n’était pas la peur de se faire éliminer, mais la peur de ne pas arriver à donner le meilleur de ce qu’on pouvait donner.

La fameuse phrase « vivre ensemble, mourir ensemble », qui l’a trouvée et quand ?

Je ne sais pas qui ni quand. Mais quoiqu’il en soit, ça résume le groupe et pas seulement depuis deux semaines. Au début, quand on en parlait, nous n’étions pas écouté.

Quelle est l’importance du sélectionneur dans vos succès ?

On a eu la chance d’avoir un sélectionneur qui nous a laissé nous exprimer. Il nous a mis face à nos responsabilités en nous donnant des clés mais en nous laissant maîtres de notre destin. On a eu la chance d’avoir un sélectionneur qui nous fait confiance et qui nous a soutenu jusqu’au bout. Il nous a donné des responsabilités, les clés du succès. 

« Beaucoup de respect et d’amitié pour Robert Pires »

Quand Robert Pires dit que ce sera la victoire des joueurs…

J’ai beaucoup de respect et d’amitié pour Robert, mais Robert n’est pas là, ça ne sert à rien d’en parler.

Est-ce que vous avez dit au sélectionneur : « On joue comme ça » ?

Si c’était le cas, nous n’aurions pas besoin de sélectionneur.

Est-ce que vous vous êtes surpris vous-même avec ces larmes à la fin de la demi-finale ?

Non. Dans les dernières semaines, il y a quand même beaucoup de choses qui se sont passées. Il ne faut pas l’oublier. Certaines choses ont été dites après une conférence de presse que j’ai faite il y a deux semaines… Je n’ai pas oublié ces choses là, qui l’a écrit (NDLR : Sagnol fait référence à un édito publié dans un magazine spécialisé), même si ça ne m’a pas empêché de jouer au football, je ne peux pas oublier. Je n’ai pas envie d’en parler là, ce sont des choses qui se règleront un jour ou l’autre. Nous sommes là pour parler de l’Italie.

« Depuis le 21 mai qu’on est ensemble »

Après coup, ne peut-on pas se dire que ça a été positif ?

Ca serait trop facile de dire ça. Enfin, de la part de ces gens-là.

Mais cette émotion n’était pas seulement due à cet article de presse ?

Non, c’est tout un tas d’émotions. Ca fait quand même depuis le 21 mai qu’on est ensemble. On est passé par des bons moments, des plus difficiles. Après le match du Portugal il y avait aussi beaucoup de fatigue.

Une finale de Coupe du Monde dans votre deuxième pays ça représente quoi pour vous ?

Beaucoup de choses, mais je ne veux pas que ça prenne le dessus sur des choses plus importantes comme par exemple de jouer une Coupe du Monde dans un groupe dans lequel je me sens vraiment très bien. Il faut mieux jouer l’Italie que l’Allemagne ? Je ne sais pas. Peut-être.

« Zidane, un leader naturel »

Le match clé dans ce Mondial était celui contre l’Espagne ?

Non, contre le Brésil, contre l’Espagne nous avons très bien défendu et contre le Brésil nous avons bien défendu aussi mais nous avons bien joué au football. C’était la grande différence.

Un mot sur Zidane que l’Espagne disait fini ?

C’était le jubilé de Zizou. La presse espagnole aime parler de beaucoup de choses. Zizou a montré sur le terrain qu’à 34 ans il pouvait faire des choses incroyables. Zidane, c’est quelqu’un d’assez réservé. Il a des qualités de leader naturel. Au même titre que Lilian et Fabien. Ce sont des guides. C’est très agréables de suivre leurs traces. On pense forcément à sa retraite car tout le monde en dehors de l’équipe nous le rappelle sans arrêt. Forcément on y pense, mais si Zizou a réussi à être aussi performant ces derniers matchs, c’est qu’il a réussi à faire abstraction de ça. Il a, comme Thierry Henry, réussi à se mettre à fond pour l’équipe.

« L’Italie, un bloc très serré »

Vous attendez-vous à un marquage plus serré sur le meneur de jeu français ?

Non, je ne pense pas que les Italiens vont effectuer un marquage plus serré. Ils vont jouer à leur façon avec un bloc très serré, très groupé comme l’équipe de France. C’est surtout ce groupe là qui va nous poser des difficultés. Les Italiens joueront avec le jeu qui leur a permis d’écraser l’Ukraine et de se qualifier de belle manière face à l’Allemagne pour la finale.

La retraite internationale annoncée de Zidane, Makelele, Thuram, ça peut handicaper l’équipe ?

Non, jusque là ça ne nous a pas handicapé.

Cette défense de fer est un point fort de la France, est-ce qu’il faudra s’appuyer sur la défense pour gagner la finale ?

Ce n’est pas une défense de fer, mais un bloc défensif très performant. Tout le monde s’est mis à la solde de ce collectif et quand je vois les efforts de Zizou et de Thierry Henry au détriment parfois d’un exploit personnel, je trouve que c’est quelque chose qu’on ne souligne pas assez. On souligne la qualité technique des matchs de Zizou quand il a le ballon, on souligne l’efficacité de Thierry sur ses buts ou sur les actions amenant coups francs et penaltys, mais on n’insiste pas assez sur le travail défensif qu’ils font tous les deux.

« J’espère qu’Henry aura sa récompense en fin d’année »

Henry vous a impressionné ?

Pour un avant-centre, je ne pense pas que Thierry Henry puisse faire ça toute sa carrière, car ça demande tellement d’efforts, de don de soi, qu’un attaquant pourrait être cramé avant l’âge. Mais sur une compétition, il fallait le faire. Peu de joueurs auraient été capables de le faire. Titi l’a fait de la plus belle des manières. J’espère que dimanche il y aura un succès de l’équipe de France et qu’en fin d’année Thierry Henry ait enfin la récompense qu’il mérite.

On vous sent heureux dans ce groupe…

La force de l’équipe est de retranscrire sur le terrain notre façon de vivre ensemble.

« Tous un peu déçus que ça s’arrête dimanche »

Vous avez vécu les galères de l’équipe de France, ça doit soulager d’être là ?

Des galères, je ne pense pas que ce soit des grosses galères. Ne pas se qualifier pour la Coupe du Monde 94, ça c’était une grosse galère, ne pas faire 90 aussi. C’était les heures noires du football français. 98 et 2000 ont changé beaucoup de choses. L’attente a été plus grande, même si je pense que de gagner la Coupe des Confédérations deux fois ce n’était pas rien. En France on sous-estime l’importance de cette compétition. Je peux vous dire que les Allemand auraient vraiment aimé la gagner l’année dernière. C’était déjà ça de pris. Maintenant si on peut enchaîner avec un autre titre de champion du monde, ça ferait énormément de bien.

Lilian Thuram regrettait l’absence d’esprit de corps d’il y a deux ans. Partagez vous ce constat ?

Aujourd’hui on se rend compte que cet esprit de corps, ce respect les uns envers les autres sont des valeurs qu’il ne faut surtout pas oublier dans le football.

Redoutez-vous le moment où vous allez quitter ce groupe la semaine prochaine ?

Oui. Tous autant qu’on est, je pense que nous sommes tous un peu déçus que ça s’arrête dimanche soir.

« Nous avons Zidane, pas l’Italie »

Pour revenir à l’Italie, quels joueurs craignez-vous ?

Le meilleur joueur de l’Italie, c’est son groupe. Ils ont de très bons joueurs comme Cannavaro, Buffon, Totti, Toni. Ca va être très difficile pour la France mais aussi pour l’Italie. Comment l’Italie peut nous battre ? En nous mettant un but de plus. Mais avec un joueur comme Zidane… Nous avons Zidane, pas l’Italie.

Ce sera une finale fermée ?

Je ne sais pas, mais le France-Italie de dimanche ne sera pas un Brésil-Argentine amical.

Comprenez-vous que les observateurs qui ne sont pas français ne trouvent pas le jeu des Bleus spectaculaire ?

Si on est vraiment observateur de football, on ne peut que saluer le jeu pratiqué par la France et l’Italie. Ce sont les supporters et les gens plus en retrait du monde du foot qui peuvent se dire que c’est moins spectaculaire. Les vrais observateurs vous diront que le foot, c’est ça.

Michel Platini le dit pourtant ?

Platini a été joueur de foot, numéro 10 à une époque où le football était différent d’aujourd’hui. Les équipes évoluent en fonction des époques. L’équipe 86 était plus offensive, mais le plus important dans une Coupe du Monde, c’est d’aller au bout.

En cas de victoire finale, est-ce que les gens de l’extérieur peuvent partager ce que vous avez vécu ?

On partagera la victoire avec les gens qui ont cru en nous, qui nous ont encouragé depuis le départ. Les gens peuvent voir l’évolution, mais ce qui s’est passé dans le groupe, ils ne peuvent pas le voir et ils ne le sauront jamais. On ne veut pas que les gens sachent comment ça s’est passé, on veut juste gagner dimanche et profiter de ça avec les gens qui nous aiment vraiment.

Olivier DE LOS BUEIS

 

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