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24 heures dans la vie de Jean Le Cam

jeu, 08 janv 14:00:51 2009

Dans la nuit de lundi à mardi, le skipper de VM Matériaux chavire aux portes du Cap Horn. L'alerte est donnée. À ce moment, Jean Le Cam est en pleine détresse. Vincent Riou et Anne Le Cam racontent cette course contre-la-montre.

Il est 1h26 du matin. Au coeur de la nuit, Jean Le Cam (VM Matériaux) téléphone à son équipe pour lui signaler ses difficultés à bord de son monocoque. Soudain, la communication coupe. Le pire est à craindre. Immédiatement, le service international de sécurité en mer (MRCC) s'active. À 2h40, le skipper breton déclenche sa balise de détresse Sarsat-Cospas. Un cargo chilien, située à 65 milles; ainsi qu'un avion de repérage sont envoyés. La course contre-la-montre a commencé.

Pour Anne Le Cam, la femme du skipper, c'est un moment difficile à vivre. "Cette nuit (de lundi à mardi), le téléphone a sonné... Tous les conjoint(e)s de marin savent de quoi il en retourne. La nouvelle ne peut être que mauvaise voire très mauvaise. Une sonnerie suffit pour que l'esprit soit parfaitement éveillé et préparé au pire. A l'autre bout, la voix douloureuse de Michel Ollivier, le bras droit de Jean, qui selon ses propres dires, avait bien du mal à passer ce foutu coup de téléphone. Il me raconte ce qu'il sait, les quelques mots prononcés par Jean avant son chavirage. Nous raccrochons, l'attente commence... C'est d'autant plus surréaliste que Jean m'avait parlé à minuit, qu'il était en forme, content de passer le Cap Horn, que tout allait bien. 1h20 après, il déclenchait sa balise ! Ensuite, le jour s'est levé et comme tout un chacun, il a fallu mettre un pied devant l'autre."

Heureusement, Jean Le Cam peut compter sur la solidarité de chacun. Vincent Riou (PBR) et Armel Le Cléac'h (Brit Air) se déroutent pour se rapprocher de lui. Mais, durant tout la matinée de mardi, le naufragé ne donne aucun signe de vie. Les coups de corne de brume lancés par le pétrolier ne servent à rien. L'inquiétude est de mise. "Quand Jean s'est retourné hier (lundi) soir, j'étais au téléphone avec lui. J'ai compris qu'il se passait quelque chose de grave. J'ai passé toute la nuit à cravacher (pour arriver sur zone). Toute cette journée à tourner en rond, à ne pas savoir dans quel état il était à l'intérieur, si on était dans l'urgence ou pas... L'hypothermie, ça peut détruire un homme en pas longtemps. C'était un stress énorme", explique Vincent Riou au PC Course.

À 15h30, heure française, le skipper de PRB est le premier à approcher le monocoque retourné. Il crie, alors, pour s'enquérir de la présence de son ami. Le Cam lui répond par un autre cri. La suite de l'histoire est digne d'une film à suspense." A chaque vague, il s'enfonçait sous l'eau. Je savais que je n'avais pas beaucoup de temps et pas beaucoup de chance de pouvoir l'attraper. Cela a été un moment intense de stress et d'émotion. La première fois que je lui ai lancé le cordage, il ne l'a pas attrapé. On a réussi à se parler. Et on s'est dit : 'Tu lâches que si tu es amarré au cordage de PRB'. Il y a eu trois approches où je n'ai pas réussi. A la quatrième, j'y suis allé un peu plus près. Quand on voit le copain qui s'enfonce dans la flotte à chaque vague, on se dit que c'est peut-être la dernière. La quatrième fois, j'y suis allé de très très près. Trop près. J'ai endommagé mon bateau. J'ai entendu un crac ! Il a amarré autour de lui le bout que je lui avais lancé. Et moi j'ai mis le bout sur un winch et j'ai tiré tout ce que je pouvais jusqu'à ce que j'arrive à le hisser sur mon bateau. Cela a bien duré un quart d'heure. Le moment le plus difficile pour moi. J'ai tenté le tout pour le tout parce qu'on ne sait pas combien de temps il va tenir. C'est vraiment les pires moments que j'aie vécus. Une fois que je l'ai eu à bord, plus rien n'était grave."

Le Cam est sain et sauf. Sa femme, Anne, est soulagée. Dans le courrier qu'elle a adressé au PC Course du Vendée Globe, elle annonce: "il est 20h40, je viens d'avoir Jean au téléphone... Il est avec son compère." Et n'oublie pas de remercier tous ceux qui se sont mobilisés. "Je n'ai pas l'énergie de répondre à chacun d'entre-vous mais c'est du plus profond de mon coeur que je vous remercie de cet apport de chaleur et de réconfort." La course du Vendée Globe est terminée pour le skipper de VM Matériaux. Mais il en a remporté une autre, bien plus importante: celle contre la mort.

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