MELBOURNE (Reuters) - Jo-Wilfried Tsonga a produit un tennis irréel pour démolir en trois manches et moins de deux heures de jeu l'Espagnol Rafael Nadal, deuxième joueur mondial, en demi-finale de l'Open d'Australie.
Le Français, 22 ans et 38e mondial, avait de la peine à se rendre compte du séisme qu'il venait de provoquer avec sa stupéfiante victoire 6-2 6-3 6-2 sur un joueur réputé pour son endurance et sa ténacité.
"Je ne réalise pas", a-t-il réagi. "J'ai produit un tennis qui a sûrement dû faire rêver des gens puisque moi-même je me suis fait rêver.
"J'ai réalisé des volées spatiales, je la prenais derrière moi, je ne la regardais même pas et ça se transformait en volée amortie. C'était juste magique avec un public acquis à ma cause. Dès que je levais le petit doigt, il s'enflammait. C'était fabuleux."
Tsonga a signé 49 coups gagnants, dont 17 aces, pour s'offrir le droit de participer à sa première finale de Grand Chelem.
"Je m'attendais à faire un match difficile contre un joueur usant, qui ramène tout. Aujourd'hui, j'avais l'impression qu'à chaque coup, je le mettais en difficulté", a-t-il poursuivi, bien en peine de trouver des explications à cet état de grâce.
"C'était comme dans un jeu vidéo. Je voulais un service gagnant, je sortais un service gagnant. J'étais dans la zone, c'est-à-dire que j'avais l'impression que je ne pouvais plus rater. Je frappais de plus en plus fort et je ne faisais pas de fautes. J'étais intouchable."
"CE N'EST PAS SON VRAI NIVEAU"
Après la balle de match, remportée sur un ace slicé, le Manceau a cru plonger dans une autre dimension.
"J'étais ailleurs", a-t-il dit. "Mes premières pensées sont allées vers mes parents, ma famille. Je n'ai pas eu mes parents au téléphone mais j'espère qu'ils vont pouvoir venir à Melbourne, ça me ferait plaisir."
Jo-Wilfried Tsonga a bien perçu l'état d'impuissance dans lequel se trouvait le numéro deux mondial.
"Je me doutais qu'il se disait: 'C'est qui ce mec qui m'envoie des trucs dans tous les sens?'. Vers la fin, je sentais qu'il devait penser: 'C'est pas jouable'."
Il avait toutefois du mal à se projeter vers la finale de dimanche face au gagnant de l'autre demi-finale, disputée vendredi entre le Suisse Roger Federer, numéro un mondial, et le Serbe Novak Djokovic, numéro trois.
"Si je veux bien faire les choses, il faudrait que je gagne la finale", a-t-il enchaîné. "Mais je ne me vois pas avec la coupe. C'est mieux que je reste dans cet état d'esprit, que je ne me fasse pas une montagne de cette finale."
En face, Nadal n'avait pas plus d'explications à avancer.
"Nous devons accepter le fait qu'il a joué aujourd'hui de manière incroyable. Il tapait très fort à chaque coup, son service était incroyable", a dit le triple vainqueur de Roland-Garros.
"Il n'a pas raté un revers. A chaque fois qu'il faisait un coup droit, c'était un coup gagnant donc bravo à lui. C'est comme ça", a-t-il poursuivi en hochant la tête.
Nadal a toutefois lancé une mise en garde: "Il vit actuellement le meilleur moment de sa carrière. Il joue sans aucune pression.
"Tout tourne dans le bon sens pour lui. Quand vous jouez comme ça, chaque balle va sur la ligne. Chaque balle rentre. Ce n'est pas son vrai niveau je pense. Ce n'est pas son vrai niveau. Bien sûr, il est capable de jouer comme ça, mais pas toutes les semaines. C'est impossible."


