Deux semaines après sa victoire à Paris, l’Angleterre est tombée dans la boue d’Edimbourg et ne gagnera pas le Tournoi. Après trois défaites de rang, les Ecossais signent un succès de prestige.
Dans les coulisses de Murrayfield
- Simon Taylor, rétabli d'une blessure à un pouce, et le centre Graeme Morrison ont été rappelés pour affronter l’Angleterre. Absent depuis le quart de finale du Mondial perdu contre l'Argentine, Taylor, qui évolue au Stade Français, a effectué sa grande rentrée à la place de Kelly Brown. Quant à Morrison, il a été préféré à Andrew Henderson pour occuper l'un des deux postes de centre aux côtés de Webster. Morrison, qui n'avait plus été titulaire au sein du XV d'Ecosse depuis quatre ans et un match contre le Japon à Perth, était attendu au tournant. Sur le banc, à noter les arrivées des piliers Alasdair Dickinson et Craig Smith ainsi que du demi de mêlée Rory Lawson.
- Ce devait être sa première titularisation. Positionné à l’arrière dans l’équipe annoncée en début de semaine, Danny Cipriani a finalement été écarté du groupe par Brian Ashton. Le grand espoir du rugby anglais, renvoyé pour « comportement inapproprié », a en effet été photographié sortant d'une boîte de nuit londonienne dans la nuit de mercredi à jeudi. La star des Wasps était donc remplacée dans le XV de départ par Iain Balshaw, dont il avait pris la place. L’autre éviction a concerné Mark Regan. Qualifié de « clown » par Marc Lièvremont après la victoire des Anglais à Saint-Denis, le talonneur de Bristol ne figurait pas dans les 22. Lee Mears était donc titulaire et George Chuter remplaçant. En troisième ligne, Tom Croft a logiquement remplacé James Haskell, blessé. Pour le reste, pas de surprise.
- Jonny Wilkinson dans l’Histoire. L’ouvreur anglais, âgé de 28 ans, est devenu le meilleur marqueur international, améliorant ainsi le record de Neil Jenkins (1090). La star de Newcastle avait, il y a deux semaines, effacé des tablettes l’Argentin Hugo Porta en devant le meilleur « dropeur » de l’histoire (29).
Les faits du match
8eme minute (3-0)
Pénalité pour l’Ecosse après une nouvelle faute des Anglais sur le côté d’un regroupement. Chris Paterson ouvre le score.
26eme minute (3-3)
Gros travail du pack anglais qui pousse les Ecossais à la faute. Pénalité pour les Anglais, que passe Jonny Wilkinson.
30eme minute (6-3)
Faute de Sheridan et pénalité pour le XV du Chardon. Chris Paterson redonne l’avantage à son équipe.
38eme minute
Nouvelle pénalité pour les Anglais à 48 mètres des perches alors que la pluie et le vent ont fait leur retour. Wilkinson rate la cible.
40(+1)eme minute (9-3)
Pénalité pour l’Ecosse à la dernière seconde de cette première période. Paterson creuse le score.
41eme minute (12-3)
Dès les premières secondes de la deuxième mi-temps, les avants anglais se mettent à la faute. Nouvelle pénalité de Paterson.
48eme minute (15-3)
Nouvelle faute des Anglais. Noon est sanctionné pour un gros tampon sur Soutwell. Pénalité lointaine que passe Dan Parks.
50eme minute (15-6)
Sous les sifflets du public, Jonny Wilkinson réduit l’écart sur une pénalité.
Jeu et joueurs
Le jeu
Deux semaines après avoir retrouvé une bonne dose de confiance en s’imposant au Stade de France, l’Angleterre n’entendait pas laisser échapper cette 125eme confrontation avec l’Ecosse. Face à un XV du Chardon battu lors des trois premières journées, le coup semblait jouable sur le papier. Moins sur la pelouse de Murrayfield, rendue particulièrement grasse par de grosses giboulées. En s’appuyant sur une meilleure occupation du terrain, les Ecossais se sont peu à peu détachés pour mener de six points à la pause (9-3, grâce à trois pénalités de Paterson). Trop indisciplinés et loin de leur niveau affiché il y a quinze jours à Saint-Denis, les Anglais ont commis de nombreuses fautes et ainsi facilité le travail de leurs adversaires. La deuxième mi-temps a débuté sur les mêmes bases mais, peu à peu, les vice-champions du monde ont retrouvé de leur allant. Sans toutefois arriver à recoller au score. Incapables de se procurer des occasions dangereuses, les hommes de Brian Ashton s’inclinent tristement (15-9). Soit leur deuxième défaite après celle concédée lors de la première journée à Twickenham face au pays de Galles. L’Angleterre, pas encore guérie, ne gagnera pas le Tournoi cette année. L’Ecosse devrait, elle, à la faveur de ce succès, éviter la cuillère de bois.
Les Ecossais
En proie aux doutes depuis le début du Tournoi, l’Ecosse a signé une victoire aussi surprenante que convaincante. Comme il y a deux ans (ndlr : succès 18-12), le XV du Chardon a décroché la Calcutta Cup et calmé les ardeurs d’un XV de la Rose que l’on disait pourtant plus piquant depuis sa victoire à Saint-Denis. Après trois défaites de rang face à la France, le pays de Galles et l’Irlande, les hommes de Franck Hadden s’imposent logiquement malgré les rapides blessures de Rory LAMONT et Ross FORD. Grâce notamment à une bonne occupation du terrain et une discipline intéressante, les Ecossais ont été récompensés d’abord grâce à la botte de Chris PATERSON. Le demi d’ouverture a réalisé une bonne performance. Le capitaine Mike BLAIR, auteur d’une excellente prestation, a été élu homme du match. A l’arrière, SOUTHWELL a régulièrement rassuré ses partenaires par son jeu au pied et son aisance sur les ballons hauts. Dans des conditions météo aussi délicates, ce n’était pourtant pas chose aisée. TAYLOR et HINES ont été précieux au sein d'un huit de devant compétitif et dominateur dans le jeu au sol. Jason WHITE a lui signé une entrée remarquée. Il a été l’un des joueurs clés de la fin de match.
Les Anglais
Cette défaite sera-t-elle celle de trop pour Brian Ashton ? Largement critiqué depuis le début du Tournoi, l’entraîneur anglais devrait connaître des jours difficiles. Il n’est d’ailleurs pas le seul. Quelques cadres de l’équipe pourraient également être menacés. A commencer par Jonny WILKINSON. Remplacé à dix minutes de la fin, le nouveau meilleur réalisateur de la planète n’a pas vraiment convaincu. Pas plus d’ailleurs que le capitaine Phil VICKERY, lui aussi sorti à la 70eme minute. Les lignes arrières ont été bien trop discrètes, à l’image de SACKEY ou VAINIKOLO. Devant, malgré des ballons récupérés en touche, le XV de la Rose n’a pas réussi à faire la différence et à user des Ecossais qui avaient choisi d’aligner cinq joueurs du pack sur le banc. Avant même la réception de l’Irlande la semaine prochaine, le Tournoi s’est définitivement envolé pour des Anglais toujours aussi inconstants.
Jean-François PATURAUD

ANGLETERRE 15-9 :L’Angleterre redescend sur terreagrandir la photo
