Coupe de France - Lyon en eaux troubles

Eurosport - jeu, 08 mai 17:03:00 2008

Malgré sa victoire face à Sedan (1-0) en demi-finale de la Coupe de France, l'OL n'est pas pour autant guéri de tous ses maux. Du tirage au sort des 1/2 finales de la Coupe de France au match couperet face à Nancy samedi, le club rhodanien a plus "brillé" sur le plan médiatique que sur les pelouses.

FOOTBALL 2007-2008 - Lyon-Sedan - Ben Arfa - 0

Un coup franc de 37 mètres du maître artificier Juninho scellait le score du match face à Sedan (1-0) et envoyait le club rhodanien en finale de la Coupe de France, 32 ans après sa dernière apparition à ce stade de la compétition (défaite 2-0 face à l'OM). Comme un symbole Juninho marque son 37e coup franc sous l'ère lyonnaise, lui qui n'avait plus marqué dans son exercice préféré depuis près de quatre mois à Toulouse le 12 janvier (victoire 3-2). Mais ce nouvel exploit du Brésilien cache une prestation plus que moyenne face à une équipe 8e de Ligue 2, au milieu d'une période agitée, où l'OL semble se chercher sur et en dehors du terrain.

"Dans ce contexte, une qualification serait une bonne vitamine de confiance", avouait Jean Alain Boumsong peu avant le match à Gerland face au club ardennais. De quel contexte parle-t-il ? Par ces termes le défenseur international français appuie la thèse de la fin de cycle au sein du club. Alors que l'OL peut viser un doublé Coupe-championnat inédit depuis 1996 et la très belle saison d'Auxerre, le club du très influent Jean Michel Aulas connaît de nombreux remous, comme l'évocation du départ d'Alain Perrin, le manque de cohésion de l'effectif ou le tollé provoqué par la menace de boycott du club rhodanien à l'encontre de cette demi-finale de Coupe de France, jugée trop proche du match face à Nancy samedi.

Un groupe d'individualités

Cette qualification n'a engendré aucun commentaire de la part de son génie brésilien à l'issue de la rencontre. Seul un "bonsoir" s'est échappé des lèvres de Juninho, visiblement marqué par les critiques dont il fait l'objet depuis quelques semaines sur ses prestations plus que moyennes. Dépositaire à la fois du jeu lyonnais et de la culture de la victoire du sextuple champion de France, le Brésilien est à l'image de son club, dans une sérieuse période de doute. Comme face à Nice, Lyon ne dégage plus la même impression de puissance, de rayonnement, notamment au milieu de terrain.

Menacé sur les terrains hexagonaux par la belle saison des Girondins de Bordeaux, revenus à 2 points après leur victoire face à l'OM (1-2), le groupe d'Alain Perrin ne semble pas avoir les ressources physiques et techniques des années précédentes où Lyon se permettait de finir en trombe. Les raisons sont nombreuses, Jean Michel Aulas ayant implicitement souligné le statut équivoque de son préparateur physique, Robert Duverne, sous contrat également avec l'équipe de France, ou encore le manque de crédit d'Alain Perrin auprès des joueurs et des décideurs lyonnais, comme Bernard Lacombe. Mais les joueurs ont également leur part de responsabilité, à l'image de Keita, intermittent, malgré un chèque de 18 millions d'euros l'été dernier, ou de Fred, en désaccord avec le club en début de saison, et qui vient de prolonger son contrat malgré la confirmation de Karim Benzema.

Un club plus fragile qu'il n'y paraît

A chaque fois que Lyon est en danger, son président monte au créneau et occupe le devant de la scène. Jean Michel Aulas, par sa réussite, son charisme et son influence, a alimenté la rubrique médiatique et juridique du club...sans avoir les résultats escomptés. Pourtant les dons de voyance de Bernard Lacombe avaient bien fait les choses lors du tirage au sort des demi-finales de la Coupe de France. Le sextuple champion de France héritait d'un tirage rêvé en recevant Sedan à domicile, idéal pour croire au doublé, objectif avoué du club, même si "le championnat reste la priorité " selon Jean Alain Boumsong. Mais non content de disputer deux matches en quatre jours, Jean Michel Aulas a menacé de boycotter le match face aux Ardennais, en proposant une équipe bis.

JMA, qui sent bien que son club n'est plus aussi dominateur cette saison, a tout simplement demandé un report de la rencontre face à Sedan au Conseil Fédéral de la FFF afin de se ménager du temps pour préparer la venue de Nancy samedi, décisive dans l'attribution du titre de champion de France depuis que Bordeaux est revenu à deux encablures. Sous les prétextes de l'intégrité physique des joueurs et de l'équité sportive, la menace du boycott a été brandie, mais l'instance fédérale a adressé une fin de non-recevoir au président lyonnais en décidant de ne même pas se réunir pour étudier cette demande (le quorum de 6 personnes présentes n'ayant pas été atteint). Véritable camouflet pour JMA, l'Olympique Lyonnais "a pris acte que le bureau du Conseil Fédéral ne souhaitait pas donner suite à la demande d'évocation du club".

Pourtant, Lyon, au budget de 200 millions d'euros, avec le plus bel effectif du championnat de France, n'a pas vraiment besoin de ces tentatives de déstabilisation pour rester maître en son pays. Chelsea ne se plaint pas de recevoir Manchester United pour un match capital dans l'attribution du titre, quatre jours après avoir battu Liverpool en prolongations en demi-finale de la Ligue des Champions. Si aujourd'hui, l'OL n'a la cote qu'en bourse, il serait peut-être opportun de revoir la stratégie de communication, axée sur une victimisation à outrance et sur l'idée qu'en France, un club dominateur puisse déranger. Le jeu doit rester au centre des préoccupations lyonnaises, c'est à ce prix que le club rhodanien pourra rêver un jour de soulever un trophée européen. Toute la France du football en serait ravie.

Alexandre WALRAEVENS / Eurosport