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Euro: Espagne et Allemagne face à leur passé

dim 29 jui, 10h28


VIENNE (Reuters) - L'Espagne, au passé encombré d'espoirs déçus, et l'Allemagne, aussi irrégulière que résistante depuis le début du tournoi, s'avancent vers la finale de l'Euro dimanche avec la conviction partagée de n'avoir rien à perdre.

L'Espagne a beau présenter à chaque tournoi majeur une équipe composée de joueurs talentueux et souvent couronnés de succès avec leurs clubs, son palmarès se réduit à une seule ligne: un titre de champion d'Europe en 1964 à domicile. Encore l'Euro n'était-il pas vraiment à l'époque une phase finale comme on les conçoit désormais.

Elle n'a disputé qu'une seule autre finale, celle perdue en 1984 contre la France.

Quoi de plus banal en revanche qu'une nouvelle victoire de l'Allemagne, triple championne du monde et d'Europe et abonnée aux places d'honneur?

Les Allemands ont disputé deux autres finales d'un Euro, l'une perdue aux tirs au but contre la Tchécoslovaquie en 1976 et l'autre face au surprenant Danemark, invité de dernière minute dans le tournoi en 1992.

Le poids de l'Histoire a évidemment conduit les Espagnols à rejeter sur les épaules des Allemands le costume du favori.

"L'Allemagne, c'est l'Allemagne", a tout bêtement rappelé le sélectionneur espagnol Luis Aragones quelques minutes après la qualification des siens pour la finale.

COMPLEXE

L'évidence saute également aux yeux des Allemands et ils s'en accommodent parfaitement.

"Je pense que (les Espagnols) entretiennent une forme de complexe dans ces tournois", a jugé Christoph Metzelder, déjà présent lors de la finale de la Coupe du monde perdue contre le Brésil en 2002.

"Il leur a fallu des décennies pour aller simplement au-delà des quarts de finale. Je sais qu'ils nous respectent et qu'ils auront cela à l'esprit quand nous les affronterons dimanche."

Le passé le plus récent incite à une lecture moins tranchée de l'affiche proposée au Ernst-Happel Stadion de Vienne.

Invaincue en 21 matches, l'Espagne a brillé depuis le début du tournoi. Après trois victoires en trois matches de poule, elle a surclassé la Russie en demi-finale (3-0) avec un jeu de passes et de déplacements au milieu de terrain constituant depuis longtemps sa marque de fabrique.

Elle semble cette fois y avoir ajouté l'efficacité, comme en témoigne sa patience pour éliminer l'Italie aux tirs au but en quarts.

En finale, l'Espagne sera toutefois privée du meilleur buteur du tournoi, David Villa, sorti sur blessure contre la Russie. Fernando Torres devrait être aligné seul en pointe avec un milieu renforcé par Cesc Fabregas, dont l'entrée en jeu a fait basculer la demi-finale.

L'Allemagne présentera certainement un profil similaire, avec le seul Miroslav Klose en attaque, dans un schéma efficace contre le Portugal en quarts mais beaucoup moins convaincant face à la Turquie en demi-finale.

Elle a connu un parcours plus cahoteux que l'Espagne pour atteindre la finale, avec notamment une défaite en poule contre la Croatie puis une qualification pour les quarts difficilement arrachée à l'Autriche.

Pour Metzelder, l'Allemagne n'a pourtant rien à craindre: "Nous allons disputer un grand match et les grands matches obéissent à leurs propres règles."

Le sort des Allemands reposera probablement en partie sur leur capitaine Michael Ballack mais sa présence est incertaine en raison d'une blessure au mollet droit. Peu en vue contre les Turcs, ce dernier n'est guère habitué à rater deux matches de suite, surtout de cette importance. La réputation de l'Allemagne en dépend.

Bertrand Boucey, édité par Jean-Stéphane Brosse

 

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