NARBONNE (Reuters) - A trop vouloir ressembler à Marco Pantani, Riccardo Ricco a, comme son idole, terni jeudi l'image de son sport : le meilleur grimpeur du Tour de France, contrôlé positif à l'EPO, est tombé aussi bas qu'il avait grimpé vite.
L'Italien a quitté la Grande Boucle par la petite portière, escorté par les gendarmes de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et la santé publique (OCAESC) jusqu'à Foix, où il a été placé en garde à vue.
"Pour l'instant, Riccardo Ricco est calme. Dans ses premières déclarations, il nie les faits. A priori, je saisirai vendredi la juge d'instruction de Foix en vue d'une éventuelle mise en examen", a déclaré Antoine Leroy, le procureur de la République.
Antoine Leroy a par ailleurs confirmé que le coureur italien avait été contrôlé positif à une EPO de deuxième génération, au contraire des premiers cas de dopage sur ce Tour de France, les Espagnols Manuel Beltran et Moises Duenas.
Des perquisitions ont eu lieu dans les hôtels occupés par l'équipe Saunier-Duval de Riccardo Ricco, qui a aussitôt quitté l'épreuve et pourrait se retirer définitivement du cyclisme.
"C'est une décision de l'équipe et non une décision dictée par ASO (société organisatrice du Tour)", a déclaré Matxin Fernandez, le directeur sportif de la formation espagnole.
"Riccardo est notre leader et nous ne pouvons pas faire comme si rien ne s'était passé. Nous suspendons nos activités jusqu'à ce que nous comprenions ce qui s'est passé", a-t-il ajouté.
Le directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, a néanmoins laissé entendre que des pressions avaient été exercées sur l'équipe dont le manager, l'ancien coureur Mauro Gianetti, n'est, selon lui "pas un parangon de vertu".
EN TRAIN DE GAGNER
Ricco a subi son contrôle lors de la quatrième étape, mardi 8 juillet, un contre-la-montre autour de Cholet à l'issue duquel avait également été épinglé Moises Duenas.
Le procureur a précisé que les contrôles de Beltran et Duenas portaient sur de l'EPO première génération et celui de Ricco sur une EPO deuxième génération, signe que l'Agence française de lutte anti-dopage (AFLD), chargée des contrôles sur le Tour, peut désormais détecter des produits jusqu'ici indécelables.
Pour cette raison, et en dépit de la personnalité de Ricco, nouvelle "star" du peloton et vainqueur de deux étapes sur cette Grande Boucle, à Super-Besse et Bagnères-de-Bigorre, les organisateurs du Tour de France se sont félicités de cette nouvelle affaire.
"Ce contrôle est aussi un message d'espoir : nous sommes en train de gagner", a déclaré Patrice Clerc, président d'Amaury Sport Organisation, au cours d'une conférence de presse.
"Nous sommes en train de gagner parce que nous mettons ces gens dehors. Nous bâtissons les fondations d'un cyclisme nouveau et nous n'en avons jamais été aussi près", a-t-il ajouté.
"On ne peut pas vouloir un cyclisme propre et refuser de nettoyer", a-t-il dit.
Patrice Clerc n'a pas exclu "de nouvelles journées agitées" sur la course.
Le président de l'Union cycliste internationale (UCI), Pat McQuaid, a en effet lui aussi estimé qu'un nouveau produit circulait dans le peloton et pouvait désormais être identifié.
Peu diserts sur les contrôles précédents, qui concernaient des coureurs sans renom, les organisateurs ne pouvaient se taire sur le cas Ricco, qui défraie la chronique depuis le départ de Brest.
Arrivé sur le Tour inopinément après sa deuxième place sur le Giro, le "Cobra", souvent comparé à Marco Pantani, son idole, avait survolé les deux premières étapes de montagne, où son démarrage fulgurant avait renforcé les parallèles avec le vainqueur du Tour 1998, lui aussi emporté par la suite dans des scandales liés à l'EPO avant son décès en 2004 pour une overdose à la cocaïne.
POCHETTES DE SANG
Au moment de son arrestation, il portait le maillot à pois de meilleur grimpeur de ce Tour, dominé en montagne par son équipe, puisque c'est son compagnon de chambrée, Leonardo Piepoli, 36 ans, qui avait enlevé l'étape en altitude de Hautacam.
"Comme vous, nous avons été surpris par la performance de l'équipe Saunier-Duval à Hautacam", a avoué Christian Prudhomme.
La disgrâce d'un de coureurs les plus en vue du peloton a éclipsé le cas Duenas Nevado, dans lequel l'enquête a progressé jeudi. Le coureur espagnol transportait ainsi des poches de sang, des seringues, des produits interdits et d'autres en cours d'analyse, a annoncé jeudi le parquet de Tarbes.
Son équipe Barloworld a déclaré qu'elle allait licencier le coureur, qui a été mis en examen.
L'an dernier, le Tour avait été terni par le contrôle positif aux auto-transfusions du Kazakh Alexandre Vinokourov et par la mise hors-course du Danois Michael Rasmussen, qui avait menti sur son emploi du temps avant le Tour.
L'année précédente, c'est le vainqueur du Tour, Floyd Landis, qui avait été convaincu de dopage aux stéroïdes.
Mais l'EPO semblait avoir disparu avec cette génération Pantani qui fascinait tant Riccardo Ricco.
Edité par Julien Prétot

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