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MARSEILLE / ERIC GERETS :« Je vais être très sévère »

jeu 10 avr, 17h19


Jeudi matin, l’entraîneur marseillais Eric Gerets, très persuasif, a expliqué que ses joueurs, à l’avenir, se devaient de reproduire le même type de performance que face à Lyon dimanche dernier. Sinon…

Quel type de match attendez-vous de la part de votre équipe à Metz samedi ?

On ne peut plus se permettre de faire un demi-match. Je vais être très sévère parce que mes joueurs ont montré ce qu’ils étaient capables de faire. Et maintenant, j’exige qu’on ait le même comportement que face à Lyon (Ndlr : 3-1, dimanche dernier) lors des derniers matchs qu’il nous reste à disputer. Ils auraient déjà dû le montrer lors de certains précédents matchs. Ça serait inadmissible de ne pas jouer de la même façon. Je n’ai pas encore parlé aux joueurs afin de ne pas leur mettre la pression pendant toute la semaine, mais, dès demain (vendredi), je vais rappeler les choses importantes qu’un entraîneur veut voir. Ça sera sans pitié si on ne le fait pas. Tout le monde est assez fort pour puiser dans ses réserves. Je m’en fous si à dix minutes de la fin je dois remplacer un joueur fatigué s’il a tout donné pendant le match. 

Mais le FC Metz ne joue pas comme l’Olympique Lyonnais, non ?

Ce n’est pas important de savoir si on joue contre Lyon ou contre Metz. L’important c’est de faire ce que nous souhaitons, pratiquer notre jeu et que tout le monde fasse ce que je demande. Il suffit de regarder le match entre Liverpool et Arsenal. Cette rencontre est une promotion pour le football. En France, on n’a pas mal de retard sur le domaine mental et physique. Si le staff médical, le club, les joueurs et le club s’investissaient un peu plus, on pourrait réduire le retard qu’il y avec le football anglais. C’est une question d’état d’esprit, de culture footballistique. Ce n’est pas normal que les Français qui se rendent en Angleterre parviennent à s’adapter au football anglais. Personne ne va me raconter qu’on n’est pas capables de changer notre état d’esprit, notre mentalité. Qu’on ne puisse pas avoir une équipe mentalement et physiquement plus forte sur le terrain.

Qu’allez-vous faire pour y remédier ?

On va certainement investir beaucoup sur la préparation. La saison prochaine, je vais m’entourer de spécialistes qui vont me dire quelle est la meilleure préparation pour avoir des joueurs à leur top dès le début du Championnat. J’ai mon passé de joueur et d’entraîneur, mais les méthodes ont changé. Des études ont été faites pour être encore plus professionnels. Il y a tellement de choses à faire dans le football français. Il faudrait qu’il y ait un débat avec plusieurs entraîneurs, médecins, professeurs et même le Ministre des finances pour améliorer les choses dans le football français. C’est sérieux ce que je dis. Il y a du talent dans le football français, et si on fait quelque chose, la compétition va s’améliorer.

« Il faut que tout le monde se réveille »

Il arrive que votre équipe baisse de rythme en fin de partie. Comment l’expliquez-vous ?

On n’en a pas eu beaucoup, mais il y a effectivement des matchs qu’on n’aurait pas dû perdre si on avait été plus fort physiquement et mentalement. Je veux un cadre qui soit mentalement plus fort. Que les joueurs qui sont là changent dans leur tête. Tu ne gagnes pas un Championnat si tu n’es pas au top dans tous les domaines. Si je reste à Marseille, j’aimerai bien être champion parce qu’il n’y a rien de plus beau que d’être champions de ton pays… C’est à moitié mon pays. Je veux des gens qui veulent mourir, prêts à tout sacrifier pour être champion de France la saison prochaine. A Marseille on a l’avantage que tout le monde parle football. Ici, tu ne peux pas parler d’autres sports. Il faut profiter de ça mais il faut que tout le monde se réveille et qu’on fasse le nécessaire pour s’améliorer chaque jour.

Vous pourriez faire appel à un psychiatre ?

Si j’ai la certitude que je ne parviens pas à faire passer le courant avec un joueur, et qu’un psychologue peut le faire pour moi, il n’y a pas de problème. Je veux que mes joueurs aient un état d’esprit infaillible sur onze mois. C’est un sacré travail mais ça se fait sur le terrain et en dehors. La communication est importante. Ce qui rend mon job intéressant c’est de voir quel va être le visage de cette équipe dans le futur. On me paye pour avoir une équipe qui aura un meilleur rendement la saison prochaine.

A une certaine époque, les joueurs n’avaient pourtant pas besoin d’un « psy » pour jouer au football ?

On est tous fautifs. Je n’élève pas mes enfants comme mes parents m’ont élevé. Bien sûr je préfèrerais que ce soit comme avant, mais les temps changent Et les joueurs aussi. Je ne veux pas jeter la pierre sur cette génération.

Croyez-vous toujours au podium ?

Oui, mais on ne peut plus se permettre de faire un pas de travers. Heureusement pour nous, la concurrence en a fait aussi, mais je n’ai pas l’impression qu’elle va nous faire des cadeaux. Aussi bien devant que derrière.

Christian Rodat, correspondant à Marseille

Christian RODAT