Eurosport - mar, 10 juil 12:26:00 2007
Ce n'était pas le Galibier. Ni le Tourmalet. Pas davantage l'Izoard. Ce n'était que le Perjuret. Sans le dramatique accident du 10 juillet 1960, personne, à part les habitants du coin, ne connaîtrait ce col perché dans les Cévennes. C'était d'ailleurs la première fois que le Tour l'empruntait. C'est pourtant là, dans un des derniers virages de la descente, que la trajectoire d'un champion s'est brisée net. Celle D'un homme, aussi. En une fraction de secondes, Roger Rivière est passé du statut de vainqueur en puissance du Tour à celui de martyr. Sa carrière s'en est trouvée stoppée net.
Tout allait pourtant si bien pour Rivière. Idéalement placé à 1'38" de Gastone Nencini au général à une semaine de l'arrivée à Paris, le Forézien était convaincu de combler ce handicap lors du dernier chrono, long de 83 kilomètres. Une aubaine pour un ancien recordman de l'heure comme lui. Rivière s'est installé dans le costume du favori 10 jours plus tôt en s'imposant à Lorient au terme d'une offensive d'envergure. Seuls Nencini, Adriaenssens et Junkermann l'ont accompagné. Le quatuor a relégué le peloton à un quart d'heure. Le vainqueur du Tour se trouve donc parmi ces quatre hommes. Or Rivière est convaincu d'être le plus fort.
Reste que son action d'envergure a suscité une vive polémique au sein de l'équipe de France, puisqu'elle a condamné les ambitions d'Henry Anglade, alors porteur du maillot jaune. Légitimement, Anglade, le Lyonnais, se sent trahi par son voisin stéphanois. Il livre aussi cette prédiction, qui prendra malheureusement tout son sens dans la descente du Perjuret... "
En dépit de cette funeste prophétie, Anglade passe simplement pour un mauvais perdant aigri quand s'élance la 12e étape sous un franc soleil à Millau, en ce dimanche 10 juillet. Roger Rivière salue son épouse, Huguette, présente sur le bord de la route. Il a tout calculé. Pour gagner ce Tour, il lui "suffit" de suivre Nencini. Mais l'Italien, s'il n'a pas sa classe, est en revanche un exceptionnel descendeur. Il va le prouver dans la descente de ce maudit Perjuret, si vicelard, si sinueux. C'est l'avant-dernier virage. Rivière ne veut pas lâcher Nencini. Il est à la limite. Puis il la franchit, en même temps que le parapet. Fin du film. Fin de carrière.
Le temps s'est arrêté à cet instant précis sur la montre du destin de Roger Rivière. Au terme d'une invraisemblable chute, le Stéphanois s'est retrouvé 20 mètres en contrebas, sur un lit de feuilles séchées, de cailloux et de ronces. Il ne bouge plus. Il git. C'est son coéquipier de l'équipe de France, le bon Rostollan, témoin de la chute, qui donne l'alerte. Il remonte la route à contresens, hébété, tremblant d'avoir assisté à cette terrible scène. "
Transporté à l'hôpital de Montpellier, le Français apprend rapidement qu'il est hors de danger. Mais il sait aussi qu'il ne remportera jamais le Tour de France. Dire qu'il n'avait que 24 ans. Depuis son lit de souffrance, il donne rendez-vous à ses supporters qui devenaient de plus en plus nombreux. Mais il ne reviendra jamais, à part pour cachetonner dans quelques critériums, où des organisateurs sans scrupules lui demanderont de faire semblant d'être toujours Roger Rivière, pour quelques billets.
La colonne vertébrale en miettes, Rivière, claudiquant, restera en fait invalide à 70%. Il achètera, avant de la revendre, une brasserie à Saint-Etienne, le Vigorelli, du nom du Vélodrome de Milan où il avait battu son record de l'heure, en 1958. Une manière illusoire et désespérée de se raccrocher à sa gloire trop tôt envolée. Roger Rivière s'est éteint en 1976, à 40 ans, emporté par un cancer du larynx. Mais sa vraie vie, celle dont il avait rêvée, et dont il aura à peine eu le temps de jouir, avait cessé 16 années plus tôt en bas d'un col dont il ne connaissait même pas le nom avant de s'y effondrer.
Commentaires 1 - 1 de 1
tristoune cette histoire
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