Eurosport - ven, 10 juil 18:56:00 2009
Magnifique de culot, Brice Feillu (Agritubel) a signé une victoire splendide à Arcalis, lors de la 7e étape du Tour. Le maillot jaune est sur les épaules de Rinaldo Nocentini (AG2R), lequel possède une poignée de secondes d'avance sur Alberto Contador. L'Espagnol a dominé les autres favoris.
En étant méchant, on pourrait résumer cette première étape pyrénéenne en une formule: un héros et des zéros. Le héros, c'est Brice Feillu. A moins de 24 ans, pour son premier Tour de France, le gamin d'Agritubel a signé une victoire aussi improbable que magistrale en haut d'Arcalis. Parti dans la bonne échappée, il s'est ensuite extirpé du groupe de tête à cinq kilomètres de l'arrivée pour s'imposer en solitaire. Quelle belle histoire. Une histoire de fou, une histoire d'amour aussi entre la famille Feillu et le Tour. Un an après le maillot jaune conquis par Romain à Nantes, Brice a repris le flambeau de la plus belle des façons. Cerise sur le gâteau, il rafle également le maillot à pois.
A quoi ça tient, la gloire? Samedi, à Monaco, le premier Tour de France de Brice Feillu a failli tourner court lors du contre-la-montre inaugural. Pris dans la foule, le débutant ne s'était présenté sur la rampe de lancement que 20 secondes avant l'heure prévue de son départ. C'est en tout cas la victoire du culot, de l'audace et du courage. Feillu avait pris la fuite en compagnie de huit autres coureurs dans une échappée de neuf coureurs formée en deux temps (Riblon, E. Martinez et Gutierrez d'abord, B. Feillu, Kern, Pineau, Fröhlinger, Nocentini et Kuschynski ensuite). Dès la première heure de course, le destin de cette étape était donc scellé. L'écart a culminé à près de 14 minutes, aux alentours du 60e kilomètre, avant que l'équipe Astana se place en tête du peloton pour imprimer le rythme, mais sans jamais avoir l'intention de revenir sur les hommes de tête. Ce n'était pas son intérêt. Au pied de la montée finale, longue d'un peu plus de 10 kilomètres, les échappés se sont présentés avec une avance d'environ six minutes sur le premier peloton. L'apathie des ténors a fait le reste.
Contador marque son territoire
Si ce héros a crevé l'écran, d'autres ont offert un bien triste spectacle. Ou plutôt une absence de spectacle. A se demander à quoi jouent certains parmi les adversaires de l'équipe Astana. On attendait une première grosse explication sur les hauteurs d'Andorre, une des trois arrivées en altitude de ce Tour de France 2009. Mais de bagarre il n'y a pas eu. Le train kazakh jaune et bleu a imprimé un tempo tranquille dans la montée finale, sans forcer outre mesure. Il a alors fallu attendre les trois derniers kilomètres pour assister à la première accélération d'un favori. Elle fut l'oeuvre de Cadel Evans. Trop peu, trop tard. Alors, à force d'attendre les attaques des autres, en vain, Alberto Contador a décidé de passer à l'action, en contrant Evans. Le matador castillan est parti seul.
Au sommet, le bénéfice temporel est limité: 21 secondes prises à ses principaux adversaires. Suffisant pour reprendre la main au classement général par rapport à Lance Armstrong, qu'il devance de deux petites secondes désormais. Mais Contador n'a en revanche pas décroché le maillot jaune. Celui-ci se trouve sur les épaules de Rinaldo Nocentini, autre grand bénéficiaire de la journée. L'Italien, présent dans l'échappée, n'a pas eu la force d'aller chercher la victoire d'étape. Mais en coupant la ligne en compagnie du jeune Allemand Johannes Frohlinger (un de nos trois paris de ce Tour...) à 26 secondes de Brice Feillu, mais trois minutes pile devant Contador, Nocentini s'est offert la précieuse tunique. C'est parfait pour lui, parfait pour son équipe, AG2R La Mondiale, et impeccable pour Astana, qui n'aura pas à assumer le poids de la course samedi. Nocentini devance Contador et Armstrong respectivement de six et huit secondes.
Kreuziger dans le dur
Après cette journée de dupes, la belle affaire est incontestablement à mettre au crédit des hommes de Johan Bruyneel. Contador a eu la confirmation qu'il pouvait lâcher tous ses adversaires quand il le voulait en montagne. Lance Armstrong, pas franchement mis à l'épreuve à Arcalis, a prouvé qu'il était dans une condition largement supérieure à celle affichée sur le Giro au mois de mai. Les deux stars sont au coude-à-coude au classement et Levi Leipheimer, troisième "leader" potentiel, est toujours là lui aussi. Seul Andreas Kloeden a lâché un peu de lest. Si Evans, Sastre, les frères Schleck et Menchov, tous arrivés dans le même groupe qu'Armstrong, une vingtaine de secondes après Contador n'attaquent pas dans ce type d'étape, Astana peut dormir sur ses deux oreilles et sur ses deux vedettes.
Malgré le rythme lancinant de cette étape, certains ont perdu très gros. On pense surtout au jeune Roman Kreuziger. Le Tchèque, considéré comme un sérieux outsider, a perdu une minute et vingt secondes sur Contador et une minute sur le groupe Armstrong. C'est beaucoup. Pour le reste, on n'est guère plus avancé qu'au départ de Barcelone. Certes, ce Tour s'annonce très long. Mais à force de répéter que la dernière semaine sera terrible, certains ont peut-être oublié que, pour eux, le temps pressait déjà vu le retard accumul\xC3\xA9 depuis Monaco. Tant pis pour eux. Tant pis pour nous. Tant mieux pour Astana et Feillu.
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