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Rugby - Tournoi Heymans : «Savoir alterner»

mer 11 fév, 08h46


Absent face à l'Iralnde, Cédric Heymans fait son retour dans le XV de France à l'occasion de la réception de l'Ecosse ce week-end. Forcément revanchard, l'ailier toulousain a à coeur de prouver qu'il peut élever son niveau de jeu et réaliser une grande performance. Au-delà de cette considération personnelle, Heymans prône un jeu fait d'alternance et de patience où l'intelligence n'exclue pas la folie. Au sein d'un ligne de trois-quarts entièrement toulousaine, il veut entrer de plein pied dans ce tournoi 2009.

«Cédric Heymans, cette semaine l'entraînement de l'équipe de France se fera à base d'opposition. C'est une volonté du staff ?

C'est une volonté des joueurs. Nous avons ressentis le besoin de travailler de cette façon après le match contre l'Irlande (défaite 30-21). Même si cela représente un risque de blessure, c'est tout de même plus proche du match. On peut mieux travailler les courses, le soutien. C'est bien pour trouver le bon timing et régler les détails. En tout cas, je suis adepte de cette formule d'entraînement. Les entraîneurs aussi, mais ils redoutent les blessures. C'est un sujet sensible, ça.

Face à l'Ecosse, vous allez évoluer dans une ligne de trois-quarts totalement toulousaine. Est-ce que c'est vraiment un avantage ?

Je vous dirai cela après le match car si tout se passe bien, on dira merci à la communication et aux inspirations des joueurs du Stade Toulousain, mais si ça ne marche pas on dira que le jeu toulousain et ses lignes arrières ne sont pas bons. Plus sérieusement, c'est évident que certains repères seront pris un peu plus vite entre les joueurs. Mais à notre niveau, même avec des joueurs venant d'un autre club, les repères viennent au bout de deux ou trois jours d'entraînement. Et si on compare le jeu de Toulouse, de Clermont ou d'autres clubs, en ce qui concerne le rôle d'ailier, la physionomie est la même. Le joueur est libre d'intervenir partout, finalement on parle de la même chose.

La semaine dernière, Emile Ntamack vous a expliqué pourquoi vous ne seriez pas titulaire et ce qu'il attendait de vous. Comment avez-vous réagi ?

Comme tout compétiteur qui se respecte, j'aurai préféré être sur le terrain, c'est sûr. Après ce qui s'est dit entre Emile et moi restera entre nous. Mais il m'a expliqué clairement ce qu'il attendait de moi, ce qui correspond globalement à ce que mon club attend de moi. Forcément il y a de la remise en question dans l'air. Mais je suis surtout animé par un esprit de revanche. Un esprit de revanche envers moi-même. Ce n'est dirigé envers personne d'autre. Il faut que j'élève mon niveau de jeu et que j'accomplisse de meilleures prestations. Mais c'est comme ça, une saison est faite de hauts et de bas. Je me sens très bien physiquement, j'ai hyper envie de jouer, de tenter. Maintenant à moi de ne pas faire n'importe quoi. Mais j'ai une grosse envie de jouer.

Est-ce que vous avez pu voir le match de l'Ecosse, votre prochain adversaire ?

Oui. Comme d'habitude, c'est un jeu avec beaucoup de mouvements où les postes et les rôles sont définis au moment du lancement de jeu. Tout le monde joue au ballon dans cette équipe. Ils ont cette qualité que d'autres équipes n'ont pas, ils s'accrochent jusqu'au bout. Ils luttent jusqu'à la fin pour revenir. Mentalement, je les ai trouvés très solides. Ils ont joué un moment à 14 et ils n'ont pas craqué. Si on ne les étouffe pas d'entrée, ils sont dangereux jusqu'au dernier moment.

Il vous faudra donc imiter les Gallois et pratiquer un rugby total ?

Je trouve le jeu gallois propre et très direct. Ça va vite, les lancements sont directs, ce n'est pas loin de ce qui se fait de mieux à l'heure actuelle. C'est donc forcément intéressant de regarder ce qu'ils font. Pas de les copier, mais de s'en inspirer. Pour en revenir à l'Ecosse, je pense que ce match sera un révélateur sur notre capacité à gérer une rencontre. Il nous faudra montrer que nos sommes capables de gérer temps forts et temps faibles et au final d'imposer notre jeu.

Vous parliez précédemment d'une volonté de revanche. Est-ce que ceux qui ont disputé le match contre l'Irlande (Heymans n'a joué que les sept dernières minutes) sont animés du même esprit ?

Bien sûr. Cet esprit s'est manifesté dès la fin du match, dans les vestiaires. Nous avons parlé entre nous. Ce matin l'opposition était très bonne et tout le monde avait envie d'y participer pleinement. Maintenant, il ne faut pas être simplement revanchard du résultat. On veut gagner, mais avec des certitudes. Ce premier match comporte des similitudes avec ceux de novembre. Maintenant, il faut aller un peu plus loin. Durant la seconde période face à l'Irlande, nous courions après le score et tout le monde a fait preuve de générosité, peut-être un peu trop. Nous avons été impatients.

«Canaliser cette folie.»

Est-ce que vous ne croyez pas qu'il faudrait que le XV de France prenne le temps de construire un peu plus, d'enchaîner les temps de jeu ?

Si. Surtout quand on est mené au score. Dans ce cas, la solution ne peut être individuelle et il faut repartir sur des bases solides. Jouer plus simplement mais de façon plus directe. Et à partir de là, on pourra revenir au score et se lancer à corps perdu dans le jeu de mouvement et de relance. Alterner de cette façon, avec de la pertinence pourra aussi nous éviter le coup de pompe chronique qui nous touche au bout de l'heure de jeu. Alors bien sûr, c'est vrai que nous ne jouons pas assez de matches de ce niveau (international), mais cela ne peut pas tout expliquer. Nous devons nous donner des repères collectifs qui doivent nous guider quand nous perdons le fil du match. Il faut pouvoir se rassurer avec des choses simples. Ramasser des ballons, faire du pick and go, arrêter d'envoyer du jeu pour construire différemment et accélérer quand on voit la faille. C'est d'autant plus jouissif que ce genre d'action use l'adversaire. Pour l'instant, on veut beaker trop vite. C'est d'ailleurs ce défaut que l'on retrouve dans l'entraînement de ce matin. On veut finir les coups tout de suite. C'est bien parce que cela prouve qu'il y a de la générosité, ça prouve qu'on veut faire le geste juste. Mais parfois, il faudrait se montrer plus patient et passer par un autre temps de jeu pour poursuivre l'action.

C'est aussi savoir faire les bons choix aux bons moments. Est-ce que les joueurs ont la responsabilité du jeu sur le terrain ?

La responsabilité ne peut pas être individuelle. Personnellement, je suis persuadé que ce n'est pas le receveur qui doit décider s'il relance ou pas. C'est aux joueurs qui sont autour de lui de lui dire s'il doit relancer, taper ou faire une passe. Le receveur doit faire attention à ne pas faire d'en-avant et bien récupérer le ballon. Les soutiens doivent avoir le recul pour analyser la situation et orienter le jeu. Cela implique de la communication et une responsabilité collective. Surtout que si on commence un match par une action qui dure plus de deux minutes, les organismes toussent et c'est ceux qui sont plus frais qui doivent prendre ce recul. En tout cas, la patience doit devenir une de nos qualités. Et si on ne peut pas mener l'action à terme, il ne faut pas perdre le ballon. On voit qu'actuellement beaucoup d'essais sont inscrits après un changement de possession de balle. Il faut éviter ça.

Pour en revenir à cette ligne de trois-quarts toulousaine, est-ce que vous pensez que Yannick Jauzion va enfin pouvoir s'y épanouir ?

Il faudrait le lui demander à lui. Yannick est un joueur extraordinaire qui a la capacité à faire jouer derrière lui. Après, si vous l'utilisez toujours dans le même rôle de percuteur, les espaces vont se resserrer autour de lui et il sera moins efficace. C'est là aussi qu'il faut savoir alterner le jeu. Il ne peut pas tout faire tout seul et l'équipe doit jouer autour de lui. De la même façon qu'un ballon se relance à quinze.

Vous avez l'air d'avoir une idée précise du jeu qu'il faut mettre en place face à l'Ecosse...

Je sais qu'il nous faudra être pertinents dans nos choix et savoir calmer le jeu quand des gars seront dans le rouge. A ce titre, l'Ecosse sera un très bon révélateur. Il s'agit souvent de matches un peu fous, à nous de canaliser cette folie.»

Propos recueillis par Bertrand Lagacherie, à Marcoussis

 

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