Coupe Davis - Forget : "Llodra est un joueur poison"

Eurosport - ven, 11 avr 14:19:00 2008

Guy Forget a une pleine confiance en Michaël Llodra qu'il a décidé de lancer en simple face à Andy Roddick. Une première pour le Parisien, habitué au double, qui devra s'adapter seul à la surface très rapide de Winston Salem. Le capitaine français affirme ainsi qu'il a fait le choix de la sécurité.

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Guy Forget, vous avez décidé d"aligner Paul-Henri Mathieu et Michaël Llodra en simple...

G.F. : Il y aura eu beaucoup de surprises pour cette sélection. Il y a eu des choses un peu malheureuses concernant Jo, et puis des soucis de préparation concernant Richard. Parallèlement à cela, sur cette surface extrêmement rapide, sur laquelle il n'y aura pratiquement pas d'échanges, un garçon comme Michaël Llodra donne toutes les garanties pour faire un match entier, plein et solide. Michaël a gagné deux tournois cette année. C'est vraiment le type de joueur « poison » sur ce genre de surface. Il peut poser énormément de problèmes à Andy Roddick.

Il y a quelques années, vous n'auriez peut-être pas fait confiance à Michaël Llodra pour disputer un simple de cette importance. Qu'est-ce qui a changé aujourd'hui ?

G.F. : Quand Michaël gagne deux tournois comme il a fait depuis le début de saison, ce n'est pas le fruit du hasard. Dans sa préparation, dans son attitude, dans son jeu, tout a progressé. Il a muri. Il est aujourd'hui beaucoup plus solide. Le double a fait partie de cet apprentissage. Il est toujours aussi fort en double. Mais en simple, il a franchi un cap. Je suis vraiment ravi de pouvoir compter sur lui, de le lancer. Je sais que cela faisait longtemps qu'il attendait ce moment là, d'avoir l'occasion de montrer ce qu'il a dans le bras. Je sais qu'il va faire un très bon match.

Tous ses camarades de l'équipe de France sont unanimes, ils pensent qu'Andy Roddick est actuellement à sa portée...

G.F. : Le match va être très difficile. Aujourd'hui, Andy Roddick est en grande forme. Il joue probablement le meilleur tennis de sa carrière. Il joue bien, au niveau des trois ou quatre meilleurs joueurs du monde. Michaël Llodra est capable sur un match ou deux de jouer à ce niveau là, même s'il est beaucoup moins bien classé que son adversaire. Mais sur une surface comme celle-là, excepté le service, je crois que Michaël a un jeu qui s'adapte mieux que celui d'Andy Roddick. Il a certes moins d'expérience, moins de repères en Coupe Davis en simple, mais je crois que Michaël n'a rien à perdre, et c'est peut-être sur ce genre de matches qu'il peut produire quelque chose d'incroyable.

En sélectionnant Michaël Llodra, avez-vous le sentiment de prendre un risque, ou n'aviez-vous pas le choix ?

G.F. : Je ne pense pas que cela soit un risque, compte tenu de l'état de forme de Richard à l'heure à laquelle je vous parle, de son état psychologique... J'ai vraiment envie de lancer quelqu'un qui est bien physiquement, qui est archi-motivé, et qui a envie d'en découdre. Un joueur qui se pose plein de questions, qui est en plein doute, de manière légitime par rapport à sa préparation, à ses petits bobos, c'est peut-être l'envoyer au casse pipe le vendredi. Je préfère le ménager, le garder, et éventuellement faire appel à lui un peu plus tard dans la rencontre.

Vous évoquiez le manque d'expérience de Michaël Llodra, quel sera votre rôle pour l'aider ?

G.F. : Dans un match comme celui-là, on va forcément jouer des tie-breaks. Il y aura peu de breaks. La clé du match, ce sera pour Michaël d'être très contant, et d'attendre le point où il aura peut-être la possibilité de faire la différence : sur une deuxième balle de service que Roddick voudra bien lui laisser ; ou une double faute que l'autre peut commettre par précipitation. Mon rôle sera donc de l'aider mentalement à être constant, à ne jamais relâcher la garde, et à saisir la moindre opportunité qui va se présenter à lui. Cela va être un exercice beaucoup plus dur psychologiquement que physiquement, car on assistera à très peu de longs échanges.

Peut-il ressentir une certaine pression ?

G.F. : Oui, un petit peu, mais c'est le propre du joueur de tennis, quand on arrive dans une salle de 15 000 personnes. Il sera forcément un petit peu crispé. S'il ne l'était pas, ce ne serait pas normal. Maintenant, il a joué tellement de grands matches, qu'au fil des jeux, il va pouvoir se détendre et mettre son jeu en place. Sa qualité de premières et deuxièmes balles va être très importante. Il faut absolument qu'il tienne ses jeux de service coûte que coûte. Et sur un jeu de retour, il est tellement bon en double qu'il peut claquer un retour gagnant, faire un retour-volée, et cela peut faire rapidement un break. Il va falloir être très, très fort mentalement et très patient.

Ce choix vous permet-il d'effacer la sinistrose provoquée par le forfait de Jo ?

G.F. : Je suis vraiment désolé et défait pour Jo. Car s'il y avait un garçon qui avait envie et qui avait hâte de jouer ce match - il en parlait sans arrêt ! -, c'est bien lui. Aujourd'hui, il est sur la touche. On le soutient tous. On espère que cela va durer le moins longtemps possible. On a hâte de le revoir en équipe de France. Il a déjà prouvé qu'il était un grand joueur de Coupe Davis, très solide, capable de faire des choses extraordinaires.

On vous sent un peu frustré. Il y a quelques semaines, vous imaginiez aligner Tsonga et Gasquet en simple. Or, c'est Mathieu et Llodra qui vont débuter demain. Sans rien enlever de leurs qualités, ce n'est pas tout à fait pareil...

G.F. : Cela fait un mois et demi que tout le monde nous parle de Tsonga - Gasquet d'un côté, de Roddick - Blake de l'autre. Il y a encore quatre ou cinq jours, c'était ce qui risquait de se produire. Malheureusement, les choses ont bougé très vite. Mais on a la chance, en France, de pouvoir compter sur des joueurs capables de faire un coup. Ce n'est pas l'équipe que l'on imaginait, mais c'est une équipe qui peut faire quelque chose d'extraordinaire.

FFT / Eurosport