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Manchester United: à 66 ans, bon pied bon oeil, Ferguson reste le "boss"

dim 11 mai, 20h34


LONDRES (AFP) - Il aura résisté aux doutes initiaux, aux soucis de santé, aux morceaux de pizzas lancés par les joueurs d'Arsenal après un match houleux, à la flamboyance de Jose Mourinho: à 66 ans, Alex Ferguson a remporté dimanche son 10e titre de champion d'Angleterre, confirmant son statut d'entraîneur légendaire.

Depuis son arrivée à Old Trafford en novembre 1986, Ferguson aura vu 28 chandelles. Vingt-huit titres remportés en dix-neuf saisons depuis le premier, la Coupe d'Angleterre 1990...

Personne n'a fait mieux. Que ce soit en termes de longévité ou de titres. Dans la salle des trophées d'Old Trafford figurent désormais dix championnats (en seize saisons!), une Ligue des Champions (1999), une Coupe des Coupes (1991), cinq Cups...

Au dîner des entraîneurs légendaires d'Angleterre, l'Ecossais pourra sans honte s'asseoir à la table de son devancier chez les Red Devils Matt Busby, de l'idole de Liverpool Bill Shankly (travailliste affiché comme lui), de Brian Clough, l'homme des sacres improbables de Nottingham Forest en C1 (1979 et 1980), ou du sélectionneur de l'équipe nationale victorieuse en 1966, Alf Ramsey. Rafael Benitez, Jose Mourinho et Arsène Wenger devront se contenter de venir prendre le café.

Sa réussite est d'autant plus exceptionnelle que Ferguson a rencontré le succès lors de deux ères complètement différentes: celle où les clubs restaient ancrés dans une tradition locale, puis celle de la mondialisation et de l'explosion des salaires. Il s'est adapté tout en maintenant l'image de club traditionnel de Manchester.

La route ne fut pourtant pas un chemin jonché de roses pour l'Ecossais. En 1989, Ferguson est accueilli par les banderoles hostiles d'Old Trafford: "Trois ans d'excuses et c'est toujours de la merde!".

Depuis cette "période la plus noire de (sa) carrière", au "Théâtre des rêves", l'Ecossais, homme têtu, rancunier, capable de mauvaise foi, ne salue que le coin de ses rares inconditionnels de l'époque.

Il y a deux ans, son crépuscule ne semble guère faire de doute. L'avenir et le monde appartiennent alors au jeune, beau, élégant et drôle Jose Mourinho qui semble devoir réussir là où Arsène Wenger a échoué: déboulonner la statue du Commandeur.

Lui même envisage sa retraite, avant de se rétracter, se souvenant de l'épisode comme de la "pire erreur" de sa carrière.

La saison 2006-07, il l'entame sous les cris de "Ferguson démission!". Les recrutements désastreux (Kleberson, Djemba-Djemba, Bellion, Forlan,...) les départs de Roy Keane et de Ruud van Nistelrooy, ont convaincu les supporteurs que Fergie a perdu son nez.

Le titre dix mois plus tard sera celui de la revanche. Celui remporté dimanche, en s'accrochant aux basques d'un Arsenal virevoltant puis en résistant malgré la fatigue au retour d'un Chelsea impitoyable, en faisant souvent le spectacle tout en étant capable de gagner "laid", est la preuve ultime que Ferguson reste le plus grand.

Son seul regret, souvent exprimé, est de n'avoir remporté qu'une Ligue des Champions (1999), palmarès insuffisant pour un club comme Manchester. Le 21 mai à Moscou, contre Chelsea, il pourrait y remédier.

S'il y parvenait, Ferguson pourrait partir sans regret. Mais l'Ecossais a encore un nouveau défi. "J'ai encore des dommages à commettre", plaisante-t-il. Comme celui de remporter un onzième titre, le 18e pour le club, histoire de rejoindre le rival honni de Liverpool comme club le plus décoré du Royaume. Et d'ôter à Shankly son dernier argument pour le "chambrer" au dîner des légendes.