Eurosport - dim, 11 mai 11:28:00 2008
L'Atlético Madrid, après dix ans d'absence, s'apprête à retrouver la prestigieuse Ligue des Champions. Longtemps irrégulier, l'autre club madrilène, fort d'un recrutement colossal, semble enfin disposer à rejouer dans la cour des grands. A condition de ne pas répéter les erreurs du passé.
Un grand club... enfin à sa vraie place. Cela pourrait être le titre d'un livre consacré à l'histoire d'une équipe, d'une grande équipe ayant marqué le football de son empreinte. Ou alors, tout simplement les premières lignes d'une préface élogieuse en hommage à une gloire retrouvée. Cela pourrait et devrait être surtout un résumé des dernières saisons de l'Atlético Madrid. En effet, dans quelques heures, l'autre géant de Madrid (champion d'Espagne en 1996) obtiendra, sauf accident, son billet pour la prochaine Ligue des Champions. L'élite du football européen, un gotha que les Matelassiers n'avaient plus fréquenté depuis une bonne dizaine d'années. Il était temps.
Sauf gros coup de fatigue donc, l'Atlético Madrid sera européen l'an prochain. En effet, les hommes de Javier Aguirre sont assurés d'évoluer au moins en C3 lors de l'exercice 2008/2009. Avec trois points d'avance sur son principal concurrent (le FC Séville) à deux journées de la fin et une meilleure différence de buts particulière que son grand rival, le tapis rouge est presque déroulé pour les Madrilènes. Proches des sirènes européennes ces trois dernières saisons, souvent ambitieux mais jamais récompensés, les Matelassiers, qui accueillent les Galiciens de la Corogne pour le compte de la 37e journée, sont disposés cette fois à ne pas finir la saison sur une fausse note. "Nous savons que nous avons encore un effort à faire face au Deportivo", affirme d'ailleurs dans ce sens Javier Aguirre, le technicien de l'Atlético.
Les revers d'un recrutement XXL
"Nous allons devoir être sérieux, proposer du beau jeu et respecter notre adversaire. Nous sommes tout proches d'atteindre l'objectif visé en début de saison" poursuit le guide mexicain des Rojiblancos. Aguirre ne fanfaronne pas mais peut savourer l'instant présent. Le commandant du bateau madrilène, malgré une quatrième place acquise (définitivement ?) depuis la 23e journée, a vu son statut proche de l'explosion en cours de saison. Certains le voyaient même, après deux revers consécutifs en Liga, abandonner prématurément son banc de touche avant la réception du Barça, finalement heureuse pour lui et les siens (4-2, 26e journée).
Fort d'un recrutement de 77 millions d'euros à l'intersaison, cette qualification promise pour la C1 n'est finalement qu'une consécration logique pour un club échaudé après une lente descente aux enfers, soldée par une relégation en 2000. Avec près de neuf arrivées (Forlan, Raul Garcia, Luis Garcia, Diego Da Costa, Cleber Santana, Reyes, Simao, Fabiano Eller) dont un prêt (le portier italien Christian Abbiati), les Rojiblancos avaient en effet frappé plus fort sur le marché des transferts que les éternels ténors du genre, tels que le Barça ou le voisin honni, le Real. Une stratégie onéreuse, portée sur la volonté de provoquer un amalgame entre des jeunes de talents (Reyes, Raul Garcia) et des éléments expérimentés déjà en place (Maxi Rodriguez, Mista) malheureusement insuffisante pour jouer les premiers rôles en Liga ou s'offrir un parcours de rêve en Coupe de l'UEFA (élimination en huitième de finale face à Bolton).
Ne pas tout gâcher
Si Aguirre a parfois tâtonné tactiquement, n'hésitant pas à se mettre certains de ses joueurs à dos (Reyes), le technicien mexicain n'est pas le seul responsable des errements de son équipe cette saison. L'indigeste mercato estival, il fallait s'y attendre, y est pour beaucoup, ce dernier ayant pris du temps, son temps pour porter ses fruits. Au fil des matches, Sergio Agüero, la nouvelle icône du club a ainsi trouvé en Diego Forlan le pendant offensif idéal pour soutenir son jeune talent. Ce duo de feu, trente-trois buts à eux deux, comme d'autres éléments (Simao) a permis au public madrilène de se consoler et à entrevoir un avenir radieux, pas si évident lors de la vente de l'enfant-roi Fernando Torres à Liverpool.
Alors aux décomptes des points et malgré un parcours en Liga irrégulier, le bilan est positif pour Javier Aguirre et ses hommes. Suffisant pour maintenir à son poste l'entraîneur mexicain? Pas sûr. En interne, il se murmure que Rafael Benitez serait la cible numéro un des dirigeants de l'Atlético si, d'aventure, ce dernier devait quitter les bords de la Mersey. Un grand coup s'il devait se concrétiser sur le marché des transferts, une volonté également de la part des Rojiblancos de s'offrir une marge de progression sur la scène européenne. Ambitieux comme jamais mais souvent en adéquation avec ses objectifs, l'Atlético, avec ce billet préliminaire pour la prochaine C1, retrouverait ses lettres de noblesse sur le sol espagnol et dans le paysage européen. Le plus dur s'annonce donc pour les dirigeants madrilènes qui devront s'efforcer de résister à leur péché mignon. A savoir, ne pas confondre vitesse et précipitation. Ou en football, désirs lucides et grandes illusions.
Alix DULAC / Eurosport