PARIS (AFP) - Le boycott de la presse jusqu'à la fin de saison évoqué dimanche par l'entraîneur caennais Franck Dumas est survenu au lendemain du mutisme affiché par les Nancéiens, imitant celui de Saint-Etienne ou Rennes: le silence radio a pris depuis peu plusieurs formes, parfois inédites, en L1.
"Aucun Caennais ne viendra ce soir et Franck Dumas refuse de s'exprimer devant la presse jusqu'à la fin de saison", a lâché l'attaché de presse du Stade Malherbe après sa défaite à domicile face à Lens dimanche (4-1).
Le technicien normand a cependant fait machine arrière, comme l'explique son président Jean-François Fortin: "Dans la soirée, j'en ai reparlé avec lui et il m'a affirmé que personnellement, il continuerait à s'exprimer".
"Le mot +imposture+ dans L'Equipe (de dimanche) n'a pas été bien pris et il a voulu marquer le coup", explique-t-on du côté du club. Dumas est un habitué du genre: déjà l'été dernier, il avait boycotté Ouest-France, avec lequel les relations sont houleuses depuis quelques années.
Selon la convention tripartite (LFP, FFF et USJSF, syndicat des journalistes de sport), chaque club a l'obligation de présenter l'entraîneur et un joueur à l'issue des matches. Aucune sanction n'est cependant prévue en cas de manquement.
Exceptionnellement, il arrive que la direction de l'information de la LFP rappelle les clubs à leurs obligations, comme ce fut le cas en 2006 à l'attention de... Caen, déjà.
Chez les Nancéiens en revanche, le mutisme a paradoxalement été décrété après une victoire, la première en deux mois. "Il y a un peu de tout: un mélange des articles avec des mots forts et de savourer entre nous", confie Pascal Bérenguer à l'AFP. Les mots honte, humiliation et crise avaient retenti après l'élimination en Coupe de France par les amateurs de Carquefou.
"Pour nous, la crise, c'est celle de 1929, celle de Wall Street, relativise le milieu de terrain. Nous sommes 3e du championnat, la meilleure défense, la seule équipe invaincue à domicile, il n'y a pas lieu de parler de crise. Nous avons fait un faux-pas à Carquefou, nous savons d'où nous venons, nous ne méritons pas des mots aussi forts".
"A la fin du match (contre Toulouse), dans les vestiaires, nous nous sommes dit: +On reste entre nous, on savoure ça, il n'y a pas lieu d'aller parler aux journalistes+", raconte Bérenguer, qui assure que ce n'était que "temporaire".
Pas sûr que cela ait été "temporaire" du côté de Saint-Etienne fin novembre, vu la crise larvée que vit le club. A l'automne, le climat est singulièrement vicié par différentes affaires extra-sportives et les performances des Verts restent irrégulières.
L'interdiction d'accès au centre d'entraînement signifiée à l'ancien entraîneur emblématique Robert Herbin, après une chronique déplorant le manque d'ambition du jeu stéphanois, a été la goutte d'eau faisant déborder le Chaudron: l'effectif a alors décrété une grève hebdomadaire des interviews... suggérée par la direction.
Le responsable de la communication de l'ASSE la justifie laconiquement par "des articles lus et entendus récemment dans les médias". Le 19 janvier, le coprésident Bernard Caïazzo doit monter au créneau: "Un club, c'est une entreprise de communication et non un bunker". Ambiance...
A Rennes, c'est la presse qui a décidé de boycotter ponctuellement le club, au lendemain du match contre Nice le 23 janvier. La raison: certes, les joueurs s'expriment, mais deux seulement, Olivier Sorlin et Olivier Thomert.
Et le club breton fait tout pour isoler ses joueurs de tout contact avec la presse, en installant par exemple des bâches autour du terrain d'entraînement, officiellement pour masquer la vue du parking aux joueurs...

AFP/Boris Horvatagrandir la photo
