Si Pape Diouf évoque de la « paralysie », un « comportement inexplicable » et un match « perdu en silence », Eric Gerets préfère parler de « frustration ». Terriblement marqué par cet échec cinglant, il avoue avoir « rarement » connu une telle déroute « dans sa vie d'entraîneur ». Egalement très déçu « pour le public » - « ça me tracasse », dit-il -, l'entraîneur marseillais assure qu'il n'y a pas de « traumatisme » mais qu'il ne « comprend pas ce qui est arrivé à (son) équipe. Je n'arrive pas à accepter la manière et je ne parviens pas à trouver des explications ». Le mental des joueurs de l'OM a été sévèrement touché : « C'est la confusion dans nos têtes », explique le technicien belge, qui a préféré mardi voir les joueurs « promener leur chien » plutôt que dîner ensemble dans un épais silence. « Ce sont des choses difficiles à accepter mais c'est la réalité. Je n'ai pas senti qu'ils avaient la force mentale pour réagir .
Gerets reconnaît que ses joueurs étaient très excités à l'idée de jouer ce match et qu'il a dû les calmer. Trop d'excitation tue l'excitation. Lorik Cana, qui avait déjà vécu pareille désillusion avec le PSG contre le CSKA Moscou (1-3, automne 2004), prétend que le groupe est « loin d'être effondré ». Pour le capitaine olympien, ce camouflet doit servir de catalyseur : « On doit en ressortir avec des valeurs en plus ».
Les objectifs sont fixés : l'OM doit prendre au minimum « quatre points sur six » lors des deux derniers matches de l'année à Bordeaux et contre Le Mans. Le déplacement en Gironde ne fait pas peur aux Olympiens, malgré le manque de réussite du club phocéen à Chaban-Delmas depuis trente-et-un ans. « C'est le match idéal pour se relancer, est convaincu l'ancien mentor de Galatasaray. On doit montrer qu'on sait jouer au foot. On ne peut pas se permettre de perdre », estime-t-il encore. « Moi je suis content qu'on ait un match difficile , poursuit Cana. On est tellement frustrés de notre début de saison qu'on a désormais envie de mordre dans les matches à pleine dents ». Devenue lot de consolation, la Coupe de l'UEFA attire les Marseillais, qui entendent bien « la jouer à fond », dixit l'Albanais. « On sera nerveux le 21 pour le tirage au sort, donc c'est bon signe. On vit toujours », se réjouit Gerets. « On a l'ambition de la gagner ». Pape Diouf se veut moins affirmatif. Le Championnat est « l'objectif prioritaire de la saison », dit-il. « Nous avons encore les moyens de dire notre mot ».
L'OM va se renforcer lors du mercato hivernal, c'est une certitude. Les choses vont bouger et le bouleversement de l'effectif pourrait être important. Pape Diouf reconnaît que le club cherche des joueurs en attaque, au milieu et en défense. C'est-à-dire partout, puisqu'il y a « parfois des défaillances individuelles très importantes ». Le recrutement est une affaire qui se gère à trois entre le président, le directeur sportif (José Anigo) et l'entraîneur. Celui-ci répète que les discussions avancent mais qu'il y a des différends sur « les noms ». « La défaite a même renforcé les idées que j'avais », souligne le coach. Derrière, alors que Gerets a stigmatisé le manque de vitesse de sa paire axiale Givet - Rodriguez, Diouf précise qu'il manque bien un latéral de métier, « à droite ou à gauche », pour compenser enfin le départ surprise de Beye l'été dernier. Au milieu, le club va se mettre en quête d'un récupérateur en raison du départ à la CAN de MBami. Même chose en attaque, où l'absence de Niang sera évidemment très préjudiciable, d'autant que Cissé n'est pas sûr de rester. Diouf, qui apprécie « Gomis, Piquionne et Elmander », ne le retiendra pas, « eu égard à son (bon) comportement et à ses intérêts ». Si l'enveloppe financière le permet, un gros poisson (Saviola ?) pourrait atterrir non loin du Vieux-Port.

Marseille - CE QUE L'OM VEUT CHANGERagrandir la photo
