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LIGUE DES CHAMPIONS - Première phase, 6e journée, Groupe E - LYON REND LA MONNAIE

mer 12 déc, 23h46


Jusqu'au bout, le duel inédit entre Lyon et les Glasgow Rangers aura refusé d'obéir à la rationalité. Pendant deux mois, l'OL s'est demandé comment il avait pu concéder, chez lui, un 0-3 humiliant contre une équipe tellement moins talentueuse, et tellement dominée, au soir de la 2e journée. Mercredi soir, l'équipe d'Alain Perrin a rendu la monnaie à l'équipe écossaise, sur ce score exact (3-0), dans un torrent d'émotion lié autant au résultat immédiat - une cinquième qualification consécutive pour les huitièmes de finale de la C1, après avoir eu zéro point en deux journées - qu'au scénario parfaitement dingue de la fin de la rencontre. Jean-Claude Darcheville, qui ne devait même pas jouer, incarne à lui seul les contradictions du match : rentré à la 71e, expulsé à la 90e pour un geste d'humeur sur Källström, l'ancien joueur de Bordeaux a eu une occasion immanquable de qualification. Alors que Lyon menait seulement 1-0, il expédia sur la barre, à bout portant, un centre venu des tripes de Ferguson (80e). En marquant, il serait resté dans les mémoires écossaises comme l'équivalent d'un Larqué ou d'un Rocheteau pour leur oeuvre de 1976 contre le Dynamo Kiev (3-0) : le héros éternel d'une immense soirée européenne. Dix secondes plus tôt, Karim Benzema avait manqué une double occasion d'assurer définitivement la qualification lyonnaise, tel Oleg Blokhine trop gauche au moment d'achever la proie il y a trente-et-un ans. Grâce à son ami ''Darche'', Benzema devint ce héros...

Le jeune Lyonnais, vingt ans la semaine prochaine, a vu basculer son destin en quelques secondes, mercredi. Evitant de justesse une somme de commentaires sur son manque d'expérience, ou d'instinct de ''tueur'', il a saisi finalement l'occasion de montrer à l'Europe qui il était vraiment, en inscrivant ensuite un doublé limpide. Benzema a profité d'une légèreté de Cuellar à la 85e, puis a lâché un tir de haute précision à la 88e. Il a ajouté à ce palmarès une passe décisive. C'est lui, Benzema, qui avait relayé la chevauchée de Ben Arfa pour conduire Sidney Govou au premier but (16e), partagé symboliquement entre les trois attaquants formés au club qui font de Lyon un cas unique sur le plateau de la Ligue des champions. L'étendue du succès est historique. Les Rangers restaient sur trois ans et quatorze matches sans défaite européenne à Ibrox Park. Ils n'avaient pas encaissé une telle fessée chez eux depuis 1996 et une visite de la Juventus, alors championne d'Europe (0-4). Pour Lyon, qui avait toujours échoué au moment de se qualifier à l'extérieur dans un quitte-ou-double, c'est un pas de géant.

Juste récompense d'une abnégation et d'une efficacité à l'extérieur établie de longue date, ce score ne reflète que de façon imparfaite le contenu de la rencontre. Débridée, intense, équilibrée, du moins entre les deux surfaces de réparation. Les Rangers, mis rapidement devant l'obligation de marquer, ont joué beaucoup plus près que prévu du but de Rémy Vercoutre, notamment après le repos. Juninho, en trouvant la transversale d'un maître coup franc (57e), avait manqué une occasion de mettre l'OL à l'abri au moment où il le méritait peut-être le moins. Sept minutes plus tôt, Squillaci avait sauvé sur la ligne un centre de Hutton. A la 71e, Thomson frôlait le poteau. Le ballon, l'OL le voyait assez peu. Mais pour une fois, elle n'encaissa pas de buts. Elle en retire immédiatement les dividences. Cette équipe, même en manque de souveraineté, était habitée par une certitude : elle se relèverait d'une entame catastrophique, avec deux 3-0 encaissés en deux journées, et la perspective plus ou moins assumée d'une vie future en Coupe de l'UEFA. Lyon reste dans la cour des gands. Comme d'habitude, il est le dernier représentant d'un football français de clubs dans la reine des compétitions.