Kimi Räikkönen avait démarré la saison 2007 pied au plancher, dominant le GP d'Australie, et l'avait bouclée en remportant son premier titre mondial. Entre les deux pourtant, le Finlandais n'avait pas écrasé la concurrence, comptant 17 points de retard sur Lewis Hamilton à deux courses de la fin. Il reste à prouver qu'après être entré dans l'histoire, "Iceman" peut s'imposer comme un pilote de légende. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. D'ailleurs, il n'impressionne même pas son coéquipier Felipe Massa. «Vous avez toujours un avantage quand vous avez gagné quelque chose, concède le Brésilien. Mais en terme de performance, nous sommes égaux. Pour devenir champion du monde, vous avez besoin de tout avoir, y compris la chance, et il en a eu plus que moi.
D'ailleurs, Räikkönen ne nie pas que son titre ne lui donne aucun avantage sur la ligne de départ : «Il y a un moment dans la saison où (si) votre équipier est dans une meilleure position, vous devez être sûr qu'il bénéficie de tous les efforts de l'équipe, de toutes les chances, donc je ne m'occupe pas vraiment de qui est le pilote n°1 ou n°2.
Résultat : si Ferrari avait le mauvais goût d'archi-dominer la concurrence, il resterait au moins aux spectateurs la lutte interne. Räikkönen auteur du doublé comme Hakkinen en 1998 et 1999 ou Massa premier Brésilien sacré depuis Ayrton Senna en 1991 ?
Si le patron de McLaren-Mercedes n'est pas empli d'envies de revanche, c'est à ne plus rien y comprendre. Critiqué pour la mauvaise gestion du duo Alonso-Hamilton, cloué au pilori avec l'affaire d'espionnage, qui n'est pas close d'un point de vue judiciaire, battu sur le terrain par Ferrari et enfin envoyé à la retraite par les rumeurs, Ron Dennis est toujours là. «Je continue comme patron de l'équipe (...) C'est une part (du travail) que Martin (Whitmarsh) guigne depuis quelque temps. (...) Si je ressentais que je n'avais plus rien de positif à apporter, je ne serais plus là», assurait-il jeudi. Le travail de reconquête est immense car les braises restent fumantes. Selon la presse, les autorités judiciaires ne seraient pas reparties les mains vides de leur visite à Woking. Ces gros titres ont exaspéré les responsables de l'écurie, qui assure qu' «aucune des enquêtes exhaustives menées jusqu'à présent n'a permis de révéler la preuve que les documents fournis à Michael Coughlan par Nigel Stepney aient pu être examinées par quelqu'un d'autre chez McLaren ou aient pu être utilisées pour construire la voiture.
Si le terrain est dur à déminer en coulisses, il l'a été en partie sur l'asphalte où Lewis Hamilton a obtenu les pleins pouvoirs, même si ce dernier dément que Heikki Kovalainen puisse être défavorisé. La réussite du jeune Anglais est la clé de la restauration de l'honneur perdu de Dennis. «Je veux gagner encore plus cette saison. J'ai plus confiance en moi et mon équipe est encore plus forte», assure Hamilton, qui a bouclé en tête deux des trois dernières journées d'essais, à Barcelone. «Sur ce ce qu'on voyait (à Jerez fin février), Ferrari était devant, McLaren un peu en retrait, ce qui n'est peut-être plus vrai», résume Sébastien Bourdais.
En retournant chez Renault, Fernando Alonso a gagné en sérénité et perdu en vélocité. Avec Ferrari et McLaren, Renault est l'écurie marquante de la décennie. Mais elle sort d'une saison catastrophique et le retard ne se rattrape pas comme ça. «Nous sommes très, très loin, estimait le double champion du monde à Barcelone. Je pense que la situation est à peu près la même qu'à la fin de l'année dernière : deux Ferrari, deux McLaren et deux BMW (devant) et si ça se passe comme ça, vous visez en gros la septième place.
A Barcelone, sa Renault était entre une et deux secondes des meilleures monoplaces. «Aucune équipe, y compris Renault, ne possède la baguette magique qui permette de gagner deux secondes comme ça, dit l'Espagnol. Pour le moment, il ne semble pas qu'on puisse se battre pour le titre, mais les choses peuvent changer.
En tablant sur une montée en régime rapide grâce au talent, volant en mains, et aux capacités de metteur au point d'Alonso, son potentiel de nuisance envers les candidats au titre pourrait vite devenir important. En attendant que sa R28 puisse taquiner les F2008 et MP4/23, il lui faudra se tailler un chemin entre les BMW, ultra-régulières au pied du podium en 2007, les Red Bull, elles aussi motorisées par Renault, ou encore les Williams-Toyota. Connaissant le côté combatif d'Alonso, voilà qui promet des luttes intenses dans le peloton. Tout ce qu'il faut pour un suspense intense à tous les étages.

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