Eurosport - jeu, 13 mars 16:49:00 2008
Dans la première partie du long entretien qu'il nous a accordé, Christophe Vassallo, le coordinateur national et consultant pour l'antenne d'Eurosport, revient sur l'annulation de la finale de la Coupe d'Europe aux Plans d'Hotonnes.
CHRISTOPHE VASSALLO, parlons de la finale de la Coupe d'Europe qui a été annulée aux plans d'Hotonnes la semaine dernière. Pouvez-vous nous en dire plus ?
C.V. : Nous avons pris la décision d'annuler en fonction du délai donné par l'IBU. La course n'a pas été annulée à proprement parler puisqu'elle aura lieu à ailleurs. Elle restera là où la Coupe d'Europe s'est déroulée ce week-end, à San Sicario, sur le site olympique. Concernant les Plans d'Hotonnes, on a attendu avec le comité d'organisation jusqu'au dernier moment pour prendre la décision. De mon côté, je devais émettre un avis par rapport aux conditions météorologiques pour garantir le bon déroulement de la course. Je faisais la relation entre le comité d'organisation et l'Union internationale. L'IBU nous avait donc fixé un délai, qui était mercredi dernier. On a utilisé au maximum ce délai pour étudier toutes les possibilités en sachant qu'il n'y avait plus de neige du tout.
Ce manque de neige est l'unique raison de cette annulation aux plans d'Hotonnes ?
C.V. : Exactement. Cela fait entre un ou deux ans que le comité d'organisation du Valromey sait qu'il a à organiser cette compétition. En apprenant que la course qu'on leur a donné était une course au mois de mars, ça s'avérait plus compliqué que si on l'avait organisée au mois de janvier. Le plateau du Retord où ce site est situé n'est pas équipé en neige de culture. On se base uniquement sur la neige naturelle qui tombe l'hiver qu'on peut éventuellement stocker pour utiliser au mois de mars quand les conditions sont plus printanières.
On imagine que la question de faire venir de la neige a été évoquée par le comité d'organisation...
C.V. : Bien sûr. Tout cela a été étudié : évaluer la quantité de neige qu'il nous manquait et aussi les coûts de transports. Il y avait une production de neige de culture sur le stade depuis plusieurs semaines. Il y avait un stock suffisant pour enneiger le stade. On entend par stade le pas de tir, la zone de départ, la zone d'arrivée et l'anneau de pénalité. Cela fait une belle surface qui représente entre 1 000 et 1 500 mètres cube.
Et sur le parcours ?
Toute la partie parcours (2,5 km) représentait une surface considérable de neige. Il fallait environ 6 000 mètres cube pour faire quelque chose de vraiment parfait, avec les 6 mètres de large réglementaire et une épaisseur suffisante. Mais en sachant que c'est de la neige naturelle et que la météo annonçait un temps très doux avec même de la pluie, on savait qu'il fallait plusieurs couches de neige : enneiger puis ravitailler. Ce n'était vraiment pas possible. Il fallait aller chercher de la neige où il y en a. Chose qui n'est déjà pas simple. Les stations dans les environs ont besoin de leur neige elles-aussi. Et puis on ne peut faire plus de 200km pour aller en chercher.
Le coût était de quel ordre si cela avait été possible ?
C.V. : Ce coût est en fait un surcoût. Cela représentait au minimum 100 000 euros pour enneiger uniquement la partie parcours. Le calcul est vite fait : à la louche, on met à peu près 40 mètres cubes dans un camion. Il fallait 6 000 mètres cube. Cela faisait 180 voyages de camion. Après il y a beaucoup d'autres choses à gérer : l'accueil des équipes, les hébergements, les installations du stade, les cibles électroniques, etc. Sans faire d'extras et en respectant toutes les demandes de l'IBU, un budget normal pour organiser ce type d'épreuves, c'est entre 250 000 et 300 000 euros. Il y aurait donc eu un surcoût de 30%. C'était énorme...
San Sicario était-elle l'unique solution de repli ?
C.V. : Cela a été une chance que San Sicario, qui organise les épreuves de Coupe d'Europe actuellement, se propose pour reprendre les épreuves. Et pourtant, ils n'ont pas de super conditions. Ils ont fourni un énorme travail pour mettre cette piste en état. Avec la vague de froid qui s'est installée, cela devrait tenir. Ils ont la capacité à pouvoir garder la neige quelques jours de plus. L'IBU a choisi cette option comme la bonne et la seule. Il y avait une autre possibilité à Ridanna, sous le Brenner, toujours en Italie. Mais la logistique était trop compliquée pour les nations qui arrivaient en avion à Turin. Pour le circuit de Coupe d'Europe, ce n'était pas possible. Surtout quand on sait que les comités d'organisation sont constitués dans une forte majorité de bénévoles...
Comme c'est le cas aux Plans d'Hotonnes avec la famille de Sandrine Bailly...
C.V. : Voilà. La maman de Sandrine est la présidente du ski-club de Valromey-Retord, qui est le club support de cette organisation. Même si tous les clubs du plateau se sont associés car c'était un gros évènement. Autour de Marie-Claire, il y a le président du comité d'organisation Christian Perret, Laurent Thévenard qui est toujours là pour réagir. Les parents d'athlètes ont aidé également. C'est représentatif d'un club. Ce qui fait vivre un club, ce sont les bénévoles. De temps en temps, il y a un entraîneur qui lui est rémunéré. C'est le cas dans les petits clubs. Ces gens font ce qu'ils peuvent. Et pour les Plans d'Hotonnes, ils ont fait le maximum alors qu'ils n'ont pas 100% de disponibilité. Ils ont réussi à en trouver pour organiser cet évènement. Cela laissait augurer une belle organisation. Je comprends leur déception car ils étaient prêts pour que ça soit une belle Coupe d'Europe. Il n'a manqué que la neige...
Retrouvez la suite de cet entretien (à propos des finales d'Oslo et de Sandrine Bailly) mercredi 12 mars dans la soirée.
Propos recueillis par François-Xavier RALLET / Eurosport