Roland-Garros - Wilander: "Que Federer gâche un match"

Eurosport - mar, 13 mai 22:55:00 2008

Après Monte-Carlo, Mats Wilander, ancien vainqueur et consultant, a fait le point sur le duel Federer-Nadal. Le Suédois ne veut pas que Roger Federer y aille par quatre chemins: face à Rafael Nadal, le Suisse doit tout donner pour l'attaque, quitte à sacrifier un match.

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MATS WILANDER POUR EUROSPORT.FR

Le Suédois, coach de Paul-Henri Mathieu, interviendra toute la saison sur le site.

Que pensez-vous de la finale de Monte-Carlo et la victoire de Rafael Nadal sur Roger Federer ?

Que Federer n'a plus aucune chance de battre Nadal... Mais non, je blague ! Ce match nous donne des indications : Federer a encore quelque chose à faire. Il a toutes les pièces du puzzle devant lui, mais c'est toujours la même question : peut-il rassembler toutes ses pièces face à Nadal. A Monte-Carlo, Federer a joué de la même façon que l'année dernière et que l'année d'avant. Il a également perdu de la même façon. Peu importe le score, quand Nadal joue en confiance, le match suit la même pente.

D'accord, Federer fait des efforts pour essayer de le battre, mais il ne s'est pas encore décidé à tenter quelque chose de radicalement différent. Il devrait expérimenter une nouvelle tactique avant Roland-Garros : tenter le "chip and charge" (attaquer la balle en la coupant et monter à la volée, ndlr) permanent. A-t-il déjà tenté cela auparavant ? Sait-il comment Nadal réagirait s'il devait tirer des centaines de passings dans une partie. Non. Eh bien, il devrait s'y essayer, et même si cela veut dire : "gâcher un match" et perdre 6-0, 6-1. Il vaut mieux que cela se fasse à Monaco qu'à Paris.

José Higueras peut-il l'aider à savoir quoi faire sur terre ?

José Higueras jouait exactement de la façon dont Federer ne doit pas jouer. Maintenant, c'est vrai qu'il a aidé Jim Courier à remporter Roland-Garros. Je suis sûr par ailleurs qu'il peut être utile pour le motiver et qui sait pour le pousser à jouer de la bonne façon. Je ne le connais pas personnellement.

Mais nous parlons toujours de ce que Roger Federer peut réussir ou a réussi. Nous ne devons pas oublier ce que Rafael Nadal est en train d'accomplir. Ce qu'il a fait est tout simplement incroyable. Est-ce que l'on réalise vraiment ? Ces 104 derniers matches sur terre, cela donne deux défaites seulement : face à Federer à Hambourg (et face à Ferrero à Rome mercredi). C'est insensé. Quatre titres à Monte-Carlo, à Barcelone, trois à Rome et Paris. Personne n'a exercé une telle domination dans l'histoire du tennis. Ce n'est pas moins monstrueux que la domination de Federer ces trois ou quatre dernières années. Il est tellement concentré sur son sujet.

Est-ce qu'une défaite importante, à Roland-Garros par exemple, pourrait briser sa confiance actuelle ? On se souvient que Bjorn Borg avait décidé de quitter le circuit après deux défaite en finales de Grand Chelem face à John McEnroe...

Non. Ce qui est arrivé à Bjorn Borg en 1981, c'est que l'ITF avait organisé un circuit appelé Grand Prix, avec huit tournois imposés aux joueurs. Borg n'avait peut-être pas décidé quels tournois jouer, toujours est-il qu'il n'avait pas signé son accord avec l'ITF. Le règlement lui imposait donc de passer par les qualifications à Roland-Garros. Et cela malgré le fait qu'il fut tenant du titre depuis quatre ans (six titres en huit participations au total) et qu'il était incontestable numéro 1 mondial. Les organisateurs de Roland-Garros ont voulu profiter de sa présence en qualifs en vendant des tickets sur un grand court délocalisé à Jean Bouin. Bjorn Borg n'a pas accepté cela et a décidé de ne plus venir jouer. Bien sûr, il savait aussi que quelques jeunes joueurs pouvaient désormais le battre, mais ce n'est pas la seule raison de son départ à la retraite anticipé.

Et pour répondre à votre question : non, Rafael Nadal ne serait pas bouleversé par une défaite à Roland-Garros ou ailleurs parce qu'il est simplement au début de sa carrière et qu'il veut savoir jusqu'où il peut aller. Je suis sûr qu'il pense : "C'est fou d'avoir déjà trois titres du Grand Chelem". Il est prêt à faire des efforts pour s'améliorer et il est très ambitieux. Il est là pour longtemps.

Est-ce que vous avez déjà parlé tactique avec Toni Nadal ?

Non. Les Nadal vivent dans une bulle. Ils sont charmants et très gentils, mais il ne me viendrait pas à l'esprit de leur parler tactique pendant une compétition. Je n'arrive d'ailleurs pas à comprendre comment Federer se débrouille avec toute cette foule autour de lui. A Rome, c'est incroyable le nombre de personnes qui le sollicite. Mais une fois encore, il faut admettre que c'est vraiment quelqu'un qui a la classe. (Admiratif) Je vous assure que l'on ne reverra plus jamais un joueur de cette trempe et aussi affable, sur le circuit.

Si j'avais deux voeux pour la suite de ma carrière dans le tennis, j'aimerais que Paul-Henri Mathieu gagne un Grand Chelem, puis que Roger Federer gagne Roland-Garros et quinze titres du Grand Chelem.

Que pensez-vous de Novak Djokovic ?

Novak est un joueur terriblement talentueux mais qui a encore des choses à prouver sur le circuit. Il représente une grande menace pour Federer et Nadal, il sera certainement N.1 mondial un jour, et il apprend vite? Mais cela dit, cette saison, il doit encore prouver qu'il peut tenir cinq sets sur terre battue.

Qu'avez-vous pensé de son abandon à Monaco ?

Ivan Lendl lui-même balançait des matches avant de remporter son premier titre du Grand Chelem (Roland-Garros 1984). Djokovic apprend vite, c'est une question de confiance et de maturité. Mais lui aussi sera là.

Que s'est-il passé pour Paul-Henri Mathieu à Rome, face à Ivo Karlovic ?

Karlovic a eu 80% de réussite sur ses services. Il a joué assez bien pour frustrer "Paulo" et le faire déjouer, le rendre mal à l'aise sur le court. Mais ce n'est pas une défaite qui marque les esprits. Dans deux jours il l'aura oubliée. C'est le genre de défaite que l'on oublie parce que l'adversaire a parfaitement joué le coup face à vous. Quand Karlovic sert ainsi, on est impuissant. "Paulo" est ambitieux, ce qui explique sa déception en ce moment.

Propos recueillis par Julien CARRASCO / Eurosport