Eurosport - sam, 13 juin 13:23:00 2009
Yannick Dalmas, quadruple vainqueur des 24 Heures (1992, 94, 95, 99), attend qu'un Français lui succède. Il nous donne les clés de cette lutte entre Peugeot et Audi qu'il prévoit intense.
Tout d"abord, vous êtes de retour au Mans en tant que consultant pour Eurosport
Yannick Dalmas : Je vis là ma deuxième expérience de consultant, ma première véritable avec Eurosport. Se retrouve au Mans, pour cette course mythique, est très agréable.
Quand on a gagné Le Mans quatre fois, il y a peut-être une envie de se replonger dans l'ambiance, une forme de nostalgie
Y.D. : Non, je n'éprouve aucune nostalgie. J'ai l'expérience de nombreuses participations et de quatre victoires ici, et j'arrive avec un il nouveau qui me permet de me rendre compte de l'ampleur que Le Mans a pris en termes d'infrastructure médiatique, d'évolutions des voitures, de préparations des constructeurs. Dans ce rôle, je peux voir des choses que je ne voyais pas lorsque j'étais pilote. J'étais dans ma bulle, je ne voyais que partiellement la vie réelle. Là, par exemple, je vois la logistique d'une télévision nécessaire pour couvrir l'épreuve. Mon rôle est différent et me procure du plaisir car j'ai moins de pression qu'à l'époque où je courais. J'essaierai d'être le plus précis possible, de faire preuve de rigueur, de méthode, d'efficacité. L'équipe d'Eurosport est en quelque sorte un team de course. Chacun a son rôle et les choses ne s'improvisent pas.
Vous avez couru pour Audi et Peugeot, qui jouent la victoire ce week-end. Quels souvenirs vous ont laissé ces deux expériences ?
Y.D. : Pour Peugeot, ça remonte à 1992 et pour Audi à 2002. Avec Peugeot, on avait gagné, et avec Audi ça ne s'était pas bien passé. Aussi, on ne peut pas comparer un team d'usine à un team privé (Goh), même s'il avait le support de l'usine. Pour Peugeot, il y a forcément une différence entre 1992 et aujourd'hui. Mais si les hommes ont changé, la détermination est la même.
Peugeot a un peu changé d'approche cette année et n'a rien concédé à Audi, en portant réclamation contre la conformité de la R15 et en allant lui ravir la pole en fin de qualif, jeudi. Le genre de tension habituelle en F1
Y.D. : Il faudrait surtout que l'organisateur (Automobile club de l'Ouest) fige un règlement technique rigoureux, imposé, qui ait une intégrité. Il ne faut pas tergiverser pour favoriser l'un ou l'autre. Il faut mettre les choses au clair entre ce constructeur français et ce constructeur allemand. Et puis, au sein de la catégorie LMP1, il faut essayer d'équilibrer les « essence » et les « diesel », les équipes d'usine et les semi-privées. Et enfin, pour la beauté de l'épreuve, donner sa chance à une équipe comme Oreca, qui participe au Mans depuis de nombreuses années mais qui risque de faire de la figuration. Même en LMP1, le règlement est un peu flou, au sujet du moteur par exemple. Je le dis sans esprit polémique mais pour que les choses soient claires : Aston Martin a pris un moteur de GT pour le mettre dans un proto, bénéficiant ainsi d'un gain de puissance et de consommation simplement par le biais d'une interprétation du règlement. Tout le monde ne peut pas gagner mais il faut réduire les écarts. Entre la Peugeot en pole et la première Oreca, il y a quasiment dix secondes au tour. Faite le compte sur un relais de douze tours !
Comment interprétez-vous le verdict de la qualif ?
Y.D. : Audi s'est concentré sur la course en sortant juste pour un tour rapide en fin de Q1. Après avoir balayé des réglages en pneus usés, ils ont passé un train de pneus neufs pour faire un chrono (pole provisoire de McNish). En un seul tour, ils sont allés vite sans même chercher la performance. Pour Peugeot, il y avait le prestige de la pole... Ils ont été gênés dans le trafic une première fois (en Q2), puis ça a marché. Manifestement, Peugeot voulait que cela se passe comme ça. Pour eux, c'est l'année ou jamais.
Les pilotes Audi et Peugeot annoncent un sprint de 24 heures
Y.D. : Il y a quatre voitures chez Peugeot (trois officielles plus une chez Pescarolo), cinq chez Audi (trois R15 officielles et deux R10 Kolles). Question stratégie de course, ça va chauffer. Ça va vraiment bagarrer dans les six-huit premières heures.
Après une suprématie quasiment sans partage d'Audi depuis 2000, la meilleure chose pour Le Mans serait peut-être qu'une Peugeot gagne
Y.D. : Ce serait bien pour ce constructeur français. Mais en tant que Français vainqueur de l'épreuve, j'aimerai aussi voir un autre Français gagner, chez Audi ou chez Peugeot. Ce serait formidable.
Peugeot a voulu réunir trois top guns avec Bourdais, Montagny et Sarrazin. Une dream team en quelque sorte
Y.D. : C'est important d'avoir réuni trois pilotes très rapides et d'expérience, mais de là à dire que c'est la meilleure triplette, je ne sais pas. Seuls eux trois savent s'ils sont les meilleurs, seuls eux trois savent s'ils ont mis toutes leurs cartes sur la table. Ils doivent donc savoir quels rôles jouer exactement. Mais il ne faut pas oublier que Le Mans est une course d'endurance.
Ces 24 Heures sont pour vous une parenthèse car vous travaillez à faire avancer un projet de formation à la conduite
Y.D. : J'ai une expérience de pilote, dans un environnement technologique, que je souhaite mettre au service des citoyens sur un espace de 20 hectares chez moi, dans le Var. En fin d'année sera donné le premier coup de pioche d'un centre de loisir éducatif axé sur la formation, la prévention et la sécurité routière qui ouvrira en 2011. Il s'adressera aux jeunes de 14 ans jusqu'aux seniors et sera orienté deux-roues. J'ai été motard, pilote de course auto et je veux contribuer à ce qu'il y ait moins de victimes sur la route. J'espère délivrer des messages pédagogiques aux jeunes pour leur dire de ne pas faire les fous sur la route.
Veuillez vous connecter pour laisser un commentaire
Pas encore utilisateur Yahoo! ? Inscrivez-vous maintenant pour ouvrir un compte gratuitement