
MUNICH (AFP) - L'international français du Bayern Munich, Franck Ribéry, est devenu en quelques mois la coqueluche de l'Allemagne: écarté temporairement des terrains pour cause de blessure à une cuisse, il évoque sa nouvelle vie allemande.
Le pâle soleil hivernal ne parvient pas vraiment à réchauffer l'asphalte munichois. Emmitouflé dans une épaisse doudoune bordeaux, Franck Ribéry, qui ne devrait pas rejouer avant fin février, fait quelques pas dans la rue résidentielle qui longe le siège du Bayern Munich, son club depuis l'été 2007.
Il regarde ses pieds --de grosses tennis blanches--. Les regards de la rue se posent sur lui. Un, deux, puis de plus en plus nombreux. Quelques casquettes d'adolescents s'approchent, demandent timidement un autographe. L'ancien Marseillais s'exécute, plus intimidé encore que ses supporteurs.
"Tout ce qui m'arrive, je le prends tranquille même si j'ai conscience de la chance que j'ai", explique-t-il à l'AFP.
En sept mois au Bayern Munich, il en est devenu l'incontestable star, lui le jeune homme de Boulogne-sur-Mer, passé à la vitesse de l'éclair --4 ans-- de joueur de National à "l'un des plus grands clubs du monde".
Dès ses premières semaines à Munich, les dribbles et coups de génie du milieu droit d'1m70 font chavirer le coeur des Bavarois. L'Allemagne, si rude parfois, se prend d'amour pour ce jeune homme de 24 ans à qui elle offre sur l'une des plus grandes places de Munich, un portrait-géant.
"Ils n'ont peut-être jamais vu un joueur comme moi qui aime rigoler, qui aime chambrer", plaisante Ribéry. "Je suis quelqu'un de simple et normal", ajoute le vice-champion du monde.
Pour lui qui ne parle pas encore l'allemand, la presse sportive locale se met à réviser fébrilement son français oublié depuis les bancs du lycée. Elle s'intéresse aussi aux cicatrices de sa nouvelle idole victime d'un accident automobile à l'âge de 2 ans et le bombarde de questions sur sa religion, l'islam.
"Je fais mes 5 prières par jour, je ne mange pas de porc", détaille le sportif qui prie brièvement avant chaque match, "parce que cela me permet de me libérer, parce que je me sens bien après".
Dans les allées du club, il salue tous les employés qui croisent son chemin, il est chez lui. "Hallo Franck" ("Salut Franck"), "Et salut Petra, ça va?". "Je m'entends très bien avec tout le monde", dit-il. "Il faut prendre deux minutes pour faire une photo ou signer des autographes parce que pour les gens c'est important".
Les supporteurs munichois en sont presque déroutés. Car ils avaient dû se résoudre à voir leur club devenir un FC Hollywood où les humeurs des stars étaient encore plus capricieuses que la météo allemande.
Bien-sûr, dit Franck Ribéry, qu'il est heureux d'être le "chouchou" du public. Car on devine aussi que la vie, sur le gazon vert comme sur le bitume de Boulogne-sur-Mer, n'a pas toujours été sans accrocs. "Je mérite ce qui m'arrive parce que j'ai connu des moments très difficiles", lâche-t-il. La galère des débuts mais aussi une enfance avec un père "qui travaillait pour qu'on puisse manger, pour qu'on manque de rien mais c'était dur".
Et c'est à peine si l'on perçoit un voile de fierté dans son regard quand on évoque avec lui ce commentaire trouvé dans un journal allemand: "Le Bayern sans Ribéry, c'est un peu comme des enfants privés de leur maman".

AFP/Oliver Langagrandir la photo
