OSLO (AFP) - Grâce à sa 4e place dans la poursuite d'Oslo samedi, Sandrine Bailly peut toujours remporter la Coupe du monde de biathlon, mais la Française n'a pas vraiment le choix dimanche: elle doit s'imposer dans la mass-start, la discipline de prédilection de sa rivale, Magdalena Neuner.
Elles n'ont pas le temps, ni l'envie du reste, de se lancer dans des comptes d'apothicaires: "Ce que je sais, c'est que cela sera dur, serré jusqu'au bout, mais tout est encore possible", assure Bailly, 28 ans.
"Cela ne sert à rien de dire: +Je dois finir à telle place si Sandrine termine Xième, à telle place si elle est tant et ainsi de suite+. Je veux faire ma course et après on verra", lui répond Neuner, pourtant fille d'employé de banque.
La vérité des chiffres est la suivante: avant la dernière course de la saison, après 25 compétitions d'un hiver qui les a emmenées entre autres en Finlande, Slovénie, Corée du Sud et Sibérie, Neuner et Bailly ne sont séparées que de 22 points.
Si l'on ôte déjà leurs 3 plus mauvais résultats respectifs de la saison, comme le feront dimanche après la course les responsables de la Fédération internationale, cet écart n'est plus que de 19 points.
Pour les amateurs de statistiques, dont --on l'aura compris-- ni Bailly ni Neuner ne font partie, si Bailly gagne la mass-start dimanche, Neuner devra finir 7e au moins pour devenir à 21 ans la plus jeune biathlète de l'histoire à remporter le "gros globe".
Si Bailly rechigne à tenir les comptes, elle n'est pas peu fière de de son "petit globe" de la poursuite, le deuxième de sa carrière, remporté devant son compagnon, Régis.
Partie avec le dossard 16 avec 30 et 40 secondes de retard respectivement sur Neuner et Andrea Henkel, 2e du classement général ce matin, la Française a grappillé les places et les secondes à chaque passage sur le pas de tir.
Au troisième tour, elle s'est même "payée" à la sortie du stade Neuner, pourtant la plus rapide du circuit sur les skis, un défi qui montre que "Sansan" ne doute de rien.
Au final, Neuner termine à la 7e place, tandis qu'Henkel, 15e, a abdiqué tout espoir de conserver son titre.
Alors qu'elle semblait au bord de la rupture après le sprint, Bailly semble avoir retrouvé de la fraîcheur, comme si le soleil revenu sur Oslo après des jours pluvieux sans fin l'avait revigorée.
"Elle a été comme j'aime la voir, à l'attaque, elle était prête mentalement", a souligné son entraîneur de tir, Jean-Paul Ghiaccino. "Maintenant, elle n'a plus rien à perdre: celle qui gagnera le globe sera celle qui en aura le plus envie".
"La pression était grande, elle a su faire avec. Cela reste délicat pour le globe, mais si elle aborde la mass-start comme la poursuite, pourquoi pas ?", espère Lionel Laurent, le responsable de l'équipe féminine.
Mais Bailly devra faire abstraction de ses réticences à l'égard du départ groupé: "Elle n'aime pas, car on se marche sur les cannes et les skis, elle trouve que certains partent n'importe comment", résume Jean-Paul Ghiaccino.
Si Bailly a quelques appréhensions en mass-start, même si elle s'est imposée une fois dans ce format (Pokljuka en 2004-05) et a signé deux autres podiums, le dernier à... Oslo en 2006, Neuner est "Madame Mass-start": elle est championne du monde en titre et son plus mauvais résultat de la saison est une... 4e place.
Mais en cette fin de saison éreintante, les chiffres ne veulent plus dire grand chose.

AFP/junge, heikoagrandir la photo