Un Français qui remporte une coupe d'Europe, titulaire dans son club et qui joue pivot en ayant le physique de l'emploi, voilà le fantasme de tout sélectionneur. La France dispose de la perle rare, elle la connait d'ailleurs depuis longtemps mais la découvre vraiment, très tardivement, avec la victoire de Badalone dimanche en Coupe ULEB. Jérôme Moïso (Photo L'Equipe, en 2003) vient d'aligner sept matches sur huit à 10 d'évaluation ou plus dans la "C2". Oui mais... «Les Bleus ? Je savais que vous alliez me poser la question. Si vous voulez vraiment savoir, je n'ai pas l'intention de revenir. Il (Michel Gomez) n'a qu'à prendre Turiaf ou un autre, comme Petro. En plus, il (Petro) est plus grand que moi. La vérité est que je n'ai plus envie, voilà...» , a déclaré Moïso à L'Equipe.fr dans un rare entretien accordé à la presse française.
Lundi, interrogé sur le sujet, Michel Gomez faisait la moue sans véritablement ouvrir une porte que le Guadeloupéen prend soin de fermer aujourd'hui. «Il n'a pas laissé de souvenir impérissable en équipe de France, affirmait le sélectionneur, en référence à l'Euro 2003, à une époque où Moïso, sous contrat en NBA, était attendu comme le messie. Il faut déjà le toucher, l'avoir et voir son envie déjà, son envie d'être en équipe de France avec des partenaires. Je ne le connais pas plus que ça». Désormais, il sait.
«Je me plais vraiment ici»
Pourtant, Michel Gomez doit composer avec un flot continu d'incertitudes dans son secteur intérieur en vue des périllueuse qualifications pour l'Euro 2009. Frédéric Weis est tracassé par des soucis aux genoux. L'agent de Johan Petro veut qu'il reste avec les Sonics. Ronny Turiaf sera en négociation avec les Los Angeles Lakers. Quant à Joakim Noah (Chicago Bulls), qui a accéléré les formalités administratives pour obtenir son passeport français, rien n'indique qu'il sera la solution idoine, d'autant qu'il n'a aucune expérience européenne. Restait donc Moïso et son incroyable retour - presque improbable - au plus haut niveau...
Après un début de carrière tourmenté, où il a accumulé les échecs en NBA ( Celtics, Hornets, Cavaliers... ), puis en Europe (Rome, Bologne, Madrid pour la seule saison 2006-2007), le Guadeloupéen s'est imposé cette année comme l'un des meilleurs pivots du Continent. Lundi, au cours de la célébration du titre de la Coupe ULEB, 4000 supporters de Badalone lui ont réservé une standing ovation. «Cela fait plaisir, commentait-il, entre deux photos avec des fans. En signant ici, j'avais l'ambition de faire une saison pleine et surtout consistante. Je suis en train d'y arriver. A Badalone, j'ai trouvé de supers coéquipiers, un public passionné et un coach qui sait bien utiliser les talents. Je me plais vraiment ici.»
«J'irai là où le vent m'amène»
Sous les ordres du vénérable Aïto, ancien entraîneur de Barcelone qui a saisi sa personnalité complexe et lui fait confiance, Moiso, 29 ans, a effectivement gagné une seconde jeunesse. Si ses statistiques ne sont pas flamboyantes (6 points, 4,2 rebonds et 1,2 contres de moyenne), elles ne montrent que partiellement son nouveau statut, d'autant que le temps de jeu est très réparti entre les intérieurs catalans. Dimanche, au cours de la finale face à Gerone, Moïso a été monstrueux, cumulant 10 points, 7 rebonds et 4 contres et surtout une défense incroyable sur le meilleur pivot d'Espagne, Marc Gasol, limité à 9 points - un véritable exploit.
MVP de la phase finale, l'international Rudy Fernandez lui a même décerné son titre en guise d'hommage ! «C'est du marketing ça, sourit le Guadeloupéen. Désormais, je trace ma route. Je suis en fin de contrat ici et j'irai là où le vent m'amène.» Prolonger à Badalone, ce qui semble être le souhait des dirigeants ? «On verra ce qui est le mieux pour moi et ma famille. Avec le temps, j'ai appris à ne plus faire de plans sur l'avenir.» Un avenir qui, visiblement, ne l'amènera donc plus à évoluer sous le maillot de l'équipe de France. Vous avez dit gâchis ?
François DAVID, à Badalone (avec Xavier COLOMBANI)


