Depuis quelques mois, Jean-Marc Furlan parle le Habib Bellaïd dans le texte. Avant ça, le coach strasbourgeois a dû apprendre à composer avec un joueur qui ne se montre que lorsque le clap a retenti.
44eme minute du match Monaco-Strasbourg, samedi dernier à Louis II. Sur un long dégagement de Roma, Habib Bellaïd, à la lutte dans les airs avec Piquionne, manque le ballon. Derrière, Gakpé fusille Cassard. Une erreur de timing du défenseur strasbourgeois. Mais surtout l’une des seules bourdes de Bellaïd depuis le début de la saison. Pourtant avant que le championnat ne reprenne, Jean-Marc Furlan pouvait sérieusement douter du joueur. Tant que le rideau ne s’est pas levé, bien malin en effet celui qui peut voir en ce joueur d’origine tunisienne un joueur de haut niveau. « Tant que ce n’est pas la compétition, je n’arrive pas à me mettre dans la tête qu’il faut vraiment être bon, reconnaît l’international Espoirs. Ce n’est est pas une question de sérieux, car je bosse quand même. Mais il y a un truc qui fait que tant que ce n’est pas la compétition, je n’arrive pas à m’activer mentalement. Je suis comme ça depuis toujours, j’ai besoin de compète pour être à fond. »
Mettez-vous à la place de Jean-Marc Furlan. L’ancien coach de l’ESTAC vient tout juste de débarquer dans un nouveau club, on lui a dit le plus grand bien de Bellaïd. Et au moment où il s’apprête à l’associer à Grégory Paisley en charnière centrale, Furlan, dont Bellaïd dit de lui qu’il est le coach qui va le plus (le) marquer par ces méthodes et sa tactique, s’aperçoit qu’il a à faire à un défenseur bien en dessous de ce à quoi il s’attendait. Alors évidemment qu’il a eu des doutes, l’entraîneur strasbourgeois. « Le coach avait des incertitudes et c’est normal », sourit le Strasbourgeois, qui a vite enlevé toute suspicion à son nouvel entraîneur à l’issue des quatre premières journées. Strasbourg, cinquième, n’avait alors encaissé que deux buts et Bellaïd enchaînait les performances de choix. Pour le plus grand bonheur de Furlan : « Après deux, trois matchs, le coach a vu que j’étais capable, une fois que la saison était partie, de hausser le niveau de mon jeu et d’être costaud, ça l’a rassuré. Je lui ai montré que je savais tenir ce rang toute une saison. »
Aujourd’hui, avec seulement treize buts pris (dont cinq lors des deux derniers matchs), Furlan peut même compter sur un tandem axial Bellaïd-Paisley que beaucoup de ses confrères de L1 lui envient. « Greg m’a aidé car il savait ce que le coach attendait d’une défense centrale. A savoir de l’efficacité et que nous soyons les premiers relanceurs de l’équipe Il m’a apporté la finition par rapport à la façon dont nous devions jouer », avoue Bellaïd, ravi de pouvoir économiser enfin sa salive sur la pelouse. « Avec Strasser ou Kanté, on se parlait énormément, mais là on arrive à se comprendre au regard. » Après s’être posé beaucoup de questions, Jean-Marc Furlan a lui aussi fini par comprendre la notice de son nouveau stoppeur, issu de la maison strasbourgeoise où il a passé toute sa carrière. La semaine, Bellaïd, qui dit aimer l’axe car « (il voit) tout le jeu », a même droit à son traitement de faveur. « Le coach a compris comment je fonctionnais et s’il me laisse faire un peu ce que je veux pendant la semaine c’est parce qu’il sait que je réponds présent le jour du match. » Difficile de le contredire…
Aurélien CANOT

