Huit ans après avoir remporté la Coupe de la Ligue avec Gueugnon face au PSG, Sylvain Distin a l'occasion d'accrocher la Cup avec Portsmouth, face à Cardiff, samedi à Wembley. Une récompense pour le Français de 30 ans après sept saisons passées à Newcastle, Manchester City et, depuis cette saison, Portsmouth.
«Face à Cardiff, club de deuxième division, Portsmouth est évidemment favori...
Favori parce qu'on joue en Premier League et qu'ils évoluent une division en dessous de nous, mais on l'a vu cette saison, beaucoup de clubs, notamment Chelsea et Liverpool (sortis par Barnsley), ont été éliminés par des "petits". On sait que ça va être difficile.
Que vous inspire cette équipe de Cardiff, mélange de jeunes en devenir et de vieux briscards tels Hasselbaink ou Fowler ?
Il y a aussi Trevor Sinclair avec qui j'ai joué (à Manchester City). Il va falloir se méfier d'eux, ils ne sont pas arrivés en finale par hasard. Ça va être un match difficile. Mais, si on est sérieux dans la préparation, je pense que nous avons les arguments pour gagner. Il y a un bon niveau en deuxième division anglaise mais il y a quand même un écart sérieux avec la Premier League. La plupart du temps, les clubs qui montent redescendent l'année d'après.
« Une fin de saison catastrophique »
C'est votre première finale de Cup, à Wembley. Impatient ?
Il y a une ambiance extraordinaire autour de cette Cup, et puis le fait de jouer à Wembley, un stade mythique... Maintenant gagner la Coupe de la Ligue avec Gueugnon contre le PSG (en 2000), c'était aussi quelque chose d'extraordinaire. C'est simplement qu'en Angleterre, les supporters sont des fanatiques. Ici, le football est une religion. Les gens suivent le même club quoi qu'il arrive, de leur naissance jusqu'à leur mort. C'est pourquoi il y a un ambiance de folie, même en deuxième division (quatrième meilleure affluence d'Europe derrière la Premier League, la Bundesliga et la Liga). Parfois, lors de déplacements, on croise des stades immenses sans savoir quel club y joue. Et quand on me donne le nom, je ne le connais même pas. Ça peut être un club de quatrième division qui n'a jamais joué en Premier League et qui possède un stade de 20.000 places.
En Premier League, Portsmouth peine à exister médiatiquement.
On a un petit stade, un peu petit camp d'entraînement et on n'intéresse pas les médias. Même si on a fait une bonne saison, j'ai vu des clubs comme Manchester City ou Aston Villa qui ont été beaucoup plus exposés médiatiquement. On dit qu'ils font une bonne saison alors qu'on termine à trois points de Villa et deux points devant City. Il y a de quoi se poser des questions. Mais voilà c'est comme ça, il y a des clubs qui sont moins glamour que d'autres. C'est le cas de Portsmouth. Maintenant, on est en finale de la Cup.
Depuis cette qualification pour Wembley, le club a connu une fin de saison bizarre, avec notamment quatre défaites consécutives lors des quatre dernières journées de Championnat. Comment l'expliquez-vous ?
Est-ce que certains avaient déjà la tête à la Cup et préféraient lever le pied pour éviter de se blesser ? Je ne sais pas. On aurait pu mettre un petit coup d'accélérateur pour accrocher la cinquième place, car on n'était vraiment pas loin mais on a complètement flanché. Le dernier mois a été catastrophique. On n'a pas marqué un seul but ! (en réalité, un seul en cinq rencontres) C'est dommage. J'étais très frustré par cette fin de saison. On s'est mis hors jeu tout seul. Forcément, il y a un peu de doute.
« Kanu ? Je collectionnais ses images panini »
Quel est l'apport de Lassana Diarra, arrivé cet hiver en provenance d'Arsenal ?
Il nous a fait beaucoup de bien au milieu de terrain, notamment au niveau de la relance, beaucoup d'énergie aussi. C'est un super joueur, qui voit très vite le jeu. Quand on voit ce qu'il fait chez nous, on se demande pourquoi il ne jouait pas à Chelsea ou à Arsenal.
Cette équipe de Porsmouth est un drôle de mélange entre les anciens (James, Campbell, Kanu), les revanchards venus se relancer (Diarra, Defoe, Baros, Bouba Diop, Pamarot...) et le fort contingent d'anciens joueurs de Ligue 1 (Utaka, Aubey, Mvuemba...).
C'est vrai qu'il y a beaucoup d'anciens joueurs de L1, mais il y en a tellement en Angleterre ! David, j'avais déjà joué avec lui à City. Je ne sais même pas quel âge il a ! 36, 37... (38 ans le 1er août) mais il peut jouer encore trois ou quatre ans. Il fait une super saison. C'est un bosseur, un véritable athlète. Il fait même des séances en dehors des entraînements. Nwankwo, je collectionnais ses images panini quand j'étais gamin et je n'imaginais pas un jour jouer avec lui. Il joue à deux à l'heure mais c'est impossible de lui prendre le ballon. Il ne peut pas jouer un match entier mais il rentre, c'est un magicien !» - Recueilli par Bruno CONSTANT, à Londres

