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JO - Natation Le sprint, c'est bien français

sam 16 aou, 08h32


Un battement d'aile d'un Brésilien Cesar Cielo Filho peut donc déclencher une tornade en France. Le célèbre «effet papillon» a encore agi comme un révélateur d'émotions en cascade. Pour la première fois dans l'histoire de la natation tricolore, deux nageurs français partagent doncun podium olympique. Comme un symbole, il y a le doux dingue, Amaury Leveaux, sur la deuxième marche, et le méthodique, Alain Bernard, à la troisième place du 50 m pour décrocher sa troisième médaille de cette Olympiade après l'or sur 100 m et l'argent sur le 4x100 m. Au-delà des apparences, les deux sprinteurs partagent une même émotion, celle du devoir accompli le jour J. Ce 50 m où un destin se tisse en un peu plus de 21 secondes est un concentré de vie. Les larmes de Cesar Cielo Filho, intouchable en 21''30, montrent l'intensité de l'effort. L'accolade fraternelle d'Amaury Leveaux et Alain Bernard dans le bassin montre l'intensité de la lutte aux centièmes.

Avec ses cheveux peroxydés, son tatouage à son nom supplanté d'une couronne et son verbe haut en couleurs, le Mulhousien fait tout pour tromper son monde. Amaury Leveaux est tout sauf superficiel. Un rebelle «je m'en foutiste» ne peut monter sur un podium olympique. «Il faut regarder le fond et ne pas regarder la forme. C'est un garçon très attachant», décrit son coach Lionel Horter, heureux de voir son élève «se canaliser » le jour J. A fleur d'eau, la vérité ressort et ce samedi matin au Water Cube, « ce sont vraiment les trois meilleurs qui ont touché les premiers » selon l'entraîneur d'Alain Bernard, Denis Auguin. Avant la course, Amaury Leveaux ne craint que lui-même. A la ligne d'eau n°1, il résiste à la pression de sa première finale olympique en individuel et signe un excellent chrono de 21''45. A quoi peut-il penser juste après la plus grande performance de sa carrière ? A un pari, bien sûr. « J'ai perdu un restaurant. J'avais parié avec un pote que j'allais être champion olympique », plaisante le médaillé d'argent qui cultive sa différence avec sincérité et naturel. Et juste après cette médaille ? Il se félicite d'avoir détrôné à Mulhouse, Roxana Maracineanu.

Et ce n'est pas un jeu de scène, Amaury Leveaux n'est pas ordinaire et c'est ce qui fait toute sa différence. Même les organisateurs chinois en perdent leur latin en conférence de presse en mettant devant son nom, médaille de bronze ! Si le Mulhousien se trompe de place en salle de presse, il n'a pas perdu le nord dans l'eau. A Pékin, lors de sa finale, il n'a pas oublié les fondamentaux : «Au start, je n'ai pensé qu'à une seule chose, aller toucher devant. Les jambes ont tremblé deux secondes. Une fois qu'il y a eu A vos marques, j'étais ailleurs, dans un autre monde, avoue le Mulhousien, heureux comme un grand gamin de 2,02 m et 22 ans. J'avaispeur de penser à tout sauf au 50 m, au contenu de ce 50 m.J'ai essayé de me concentrer sur ma nage, sur le départ. A quinze mètres du mur, je vois que je suis dans le paquet devant, je pense à ma famille et je me dis : il faut toucher, c'est maintenant ou jamais. Et ça passe.» Il a tenu et mis en adéquation son immense talent avec ses résultats. Lui qui a vu passer les médailles de Laure Manaudou à Athènes en 2004 et celles de Hugues Duboscq et Alain Bernard à Pékin, il a trouvé sa source d'inspiration.

Cela s'appelle l'émulation et Alain Bernard est bien devenu un moteur. Un rôle qui lui va à la perfection. « J'espère que cela fera rêver tous les jeunes nageurs comme Laure (Manaudou) nous a fait rêver il y a quatre ans», indique le champion olympique du 100 m, très heureux de décrocher sa troisième médaille et de réaliser son meilleur temps sur 50 m en 21''45. «Deux Français sur le podium, c'est beau, non !», lance l'Antibois qui va enfin pouvoir fêter son titre du 100 m. Malgré la fatigue nerveuse, il a su se surpasser et aller chercher sur la fin sa troisième breloque après un départ plus lent que lors du 100 m. Dans cette épreuve de haute précision, la pression monte rapidement et Alain Bernard raconte en plaisantant : «Ce n'est pas une jambe qui tremble, c'était les deux (rires). Je me suis dit : "Vite, vite, donne le départ et on y va". Je me suis fait plaisir. Je réalise mon meilleur temps dans ce contexte avec pas ma de fatigue nerveuse accumulée avec tous ces moments d'émotions, de gloire entre guillemets et de déception avec le relais. » Le 50 m est donc bien un condensé de vie.

Sophie DORGAN, à Pékin

 

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