Mondiaux 2008 - Joubert : "Prendre du plaisir"

Eurosport - lun, 17 mars 17:56:00 2008

Champion du monde en 2007, le Français Brian Joubert remet son titre en jeu à Göteborg à partir de jeudi, avec l'ambition de faire mieux qu'aux derniers championnats d'Europe à Zagreb. A ses yeux, le Suisse Stéphane Lambiel sera l'adversaire le plus sérieux en Suède.

FIGURE SKATING 2007-2008 Brian Joubert - 0

BRIAN JOUBERT, les derniers Championnats d'Europe ne se sont pas idéalement passés pour vous...

B.J. : C'est vrai mais toute la saison a été difficile. Depuis la reprise de celle-là, j'ai eu des soucis : problèmes de matériel, problème de dos. J'ai attrapé un escarre au pied. Je ne pouvais pas m'entraîner. J'ai été touché plus tard par une gastro-entérite à une semaine des Championnats d'Europe : le genre de soucis qui ralentissent une préparation. Voilà pourquoi, Zagreb a été très difficile. J'étais loin d'être à 100% et conscient de ne pas être prêt. Ma 3e place n'a pas été une surprise. Mes adversaires n'étaient pas non plus au top.

Mentalement, est-ce difficile de préparer un évènement quand on sait que l'on n'est pas prêt ?

B.J. : C'est assez spécial, assez difficile. Surtout que j'étais champion d'Europe en titre. J'étais là pour le défendre. J'aurais bien voulu en gagner un troisième. J'aime bien quand tout se passe comme il faut. La saison passée, je n'ai pas connu le moindre souci. Mentalement, quand je sais que tout va bien, je ne me pose aucune question quand j'arrive sur la piste. A Zagreb, pour le programme court notamment, j'étais très nerveux. Je savais que ça allait être très dur...

Vos programmes courts de Varsovie et de Zagreb étaient assez similaires. Avec le même début, les mêmes fautes et les mêmes effets quasiment...

B.J. : C'est vrai. Même si celui de Zagreb était légèrement meilleur. A Varsovie, j'avais loupé la combinaison, alors qu'à Zagreb le triple axel a été catastrophique. C'était étrange car, à l'entraînement, je n'en loupais pas un seul. C'est ce manque de confiance qui fait que je n'ai pas pris assez d'élan. J'ai voulu trop assurer le triple axel. Ça n'a pas marché.

Comment avez-vous rebondi après ?

B.J. : Je savais d'où venait le problème. Quand je suis arrivé à Poitiers, après Zagreb, je me sentais bien. Je suis retourné à l'entraînement. Tout allait bien. Je n'ai pas fait une fixation sur Zagreb. J'avais déjà la tête aux Championnats du monde.

Visiblement, vous avez dû changer pas mal de choses avec votre entraîneur Jean-Christophe Simond cette saison...

B.J. : Oui. Ça s'est fait au jour le jour, par rapport aux sensations. Car c'était très difficile de trouver le juste milieu vu que physiquement j'étais vraiment affaibli. J'arrivais sur la piste, je patinais cinq minutes et je n'en pouvais déjà plus. J'étais incapable de faire deux sauts à la suite et c'était difficile parce qu'il fallait effectuer un minimum de travail. Si on tombait dans l'excès, on risquait de prendre encore plus de retard. Cela a été dur à gérer.

Jean-Christophe Simond n'est votre entraîneur que depuis deux ans. Comment cela se passe-t-il ?

B.J. : Même si on a eu énormément de difficultés cette saison, il faut reconnaître que ça c'est super bien passé. Personne n'a paniqué. On a su gérer ces soucis. C'était plaisant de voir qu'il a appris encore plus à me connaître. Et inversement. Je suis content que ça m'arrive maintenant que dans deux ans pour les JO de Vancouver. Dès le premier jour avec Jean-Christophe, tout a bien fonctionné. Il y a évidemment des coups de gueule de temps en temps. Quoique je ne l'ai jamais vu s'énerver. C'est surtout de mon côté que ça s'énerve (rires). Je m'énerve souvent contre moi-même. Lui parvient à me calmer. Et même si cette saison est difficile, j'apprends énormément à ses côtés. On essaye de positiver tout ce qui nous arrive. C'est notre force.

Evoquons votre entourage. Il y a un grand changement par rapport à l'année dernière. L'un de vos conseillers, Didier Gaillaguet, est redevenu président de la fédération. On connaît le rapport parfois difficile que vous entreteniez avec celle-ci il y a peu (problème avec la DTN en 2005). Cela change-t-il quelque chose aujourd'hui ?

B.J. : Pour moi, c'était la meilleure chose qui pouvait m'arriver cette saison. C'est un point positif. Au moins, je pourrais dire qu'il y a quelque chose de bien cette saison (rires). Je suis vraiment ravi qu'il redevienne président de la fédération parce que c'est un passionné. Pour le patinage, c'est cette personne qu'il fallait. Il continue à me conseiller. Si j'ai un problème, je l'appelle ou il vient me voir sur Poitiers. Je le répète, pour le patinage, je suis ravi de son retour...

Votre mère est également toujours présente à vos côtés...

B.J. : Oui, toujours. Ma mère me suit, tout se passe très bien. S'il y a des moments difficiles dans la saison, elle est toujours présente et on sait très bien que ça fait partie de la carrière d'un sportif. On se pose, on évite de se poser trop de questions et on continue de travailler. Tout se passe bien.

Que représente pour vous votre chorégraphe, Kurt Browning ?

B.J. : Il m'a fait évoluer. Il m'a ouvert l'esprit et m'a appris qu'on pouvait très bien patiner, être artistique tout en étant masculin. Je veux vraiment rester masculin. Ma musique de programme court, si on me l'avait proposé il y a deux ans, j'aurais dit "hors de question !". J'ai appris à m'ouvrir à d'autres choses. Ce n'était pas le cas auparavant. J'ai mûri. Kurt m'a poussé dans cette voie-là. Je prends maintenant autant de plaisir à faire de la chorégraphie qu'à faire des quadruples sauts. La notion de plaisir est importante.

Quels seront vos adversaires les plus sérieux aux Mondiaux ?

B.J. : Le Japonais Daitsuke Takahashi est très en forme (il vient de signer le record de 264,41 points). Il était très en forme aussi l'an passé mais ça reste un adversaire comme un autre. Il peut très bien craquer. Moi aussi. Ça reste un humain. Tomas Verner est un gars qui ne se pose pas de questions. Il a ses objectifs et ça se ressent. Il n'a pas encore beaucoup d'expérience mais ça va vite arriver. Pour les Jeux, il en aura assez pour pouvoir gagner. Mentalement, il ne doit pas prendre la grosse tête. Sinon, cela risque d'être difficile à gérer pour lui. Il y a aussi l'Américain Lysacek qui peut se battre pour une médaille, mais pas pour le titre. Et puis, il y a Stéphane Lambiel...

Vous ne vous entendez pas avec lui ?

B.J. : Il y a des relations entre nous. On se parle, on se respecte énormément. On n'est pas les meilleurs amis du monde, c'est tout. Quand on est sur la piste, c'est vraiment pour battre l'autre et même quand on se croise dans les vestiaires, on est souvent concentré. On ne se parle pas beaucoup...

Lambiel, n'est-ce pas la plus grosse inconnue de ces Mondiaux de Göteborg ?

B.J. : A mes yeux, Stéphane est le concurrent le plus sérieux. Pour moi, je le répète. C'est le patineur le plus complet. Il est beaucoup plus dangereux que Daitsuke Takahasjo. Il a été champion du monde en 2006 et depuis ce titre, il est quand même très irrégulier. La saison passée a été difficile pour lui. Cette année, il a gagné la finale du grand-prix mais ce n'était pas exceptionnel. Et il m'a battu aux championnats d'Europe...

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