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Accusé de dopage, Bob Tahri dément et poursuit L'Equipe en diffamation

jeu 17 avr, 18h21


PARIS (AFP) - Se disant "détruit" par les accusations de dopage publiées en juillet 2007 par L'Equipe, le spécialiste français du 3000 m steeple Bob Tahri a demandé au tribunal correctionnel de Paris de condamner le quotidien sportif pour diffamation.

"J'ai été victime d'une dénonciation calomnieuse qui a été relayée par le journal L'Equipe. Ca m'a beaucoup touché, moralement, physiquement et financièrement", a raconté l'athlète messin, tout vêtu de noir, avant de craquer et de fondre en larmes.

"J'y pense tous les jours, matin et soir. A cause de cette histoire, j'ai tout perdu", a-t-il témoigné, visiblement ému, évoquant l'honneur perdu de son père ou encore sa mère qui, à 56 ans, a dû se remettre à travailler.

Selon lui, cet article a remis en cause nombre de ses participations à des meetings car de plusieurs organisateurs "ont pris pour argent comptant ce qui était écrit dans L'Equipe", refusant de lui accorder des subventions.

Le 26 juillet 2007, soit un mois avant les Mondiaux d'athlétisme à Osaka (Japon), Le Monde avait révélé une affaire présumée de dopage touchant le demi-fond français. Le quotidien affirmait que l'athlète marocain Aïssa Dghoughi, un spécialiste du 10.000 m lui-même suspendu et condamné par la justice, avait fourni des produits dopants à plusieurs athlètes français, dont Bob Tahri.

Trois jours plus tard, L'Equipe avait publié une interview de Dghoughi, titrée "Tahri ne dit pas la vérité", où l'athlète marocain affirmait notamment que Tahri s'était rendu à plusieurs reprises au domicile de Dorothée Paulmann, une manageur allemande accusée d'avoir fourni des produits interdits à plusieurs athlètes.

"Je ne l'ai jamais rencontrée", a de nouveau affirmé jeudi Bouabdellah Tahri.

Evoquant "un règlement de comptes" de la part de Dghoughi, son avocate, Me Nelly Hardy a brocardé "le manque cruel de neutralité" et "la désinvolture impardonnable" du journaliste de l'Equipe, Damien Ressiot, et du directeur de publication, Christophe Chenut.

Mettant en avant "l'onde de choc sur les sponsors", elle a réclamé 40.000 euros de dommages et intérêts.

Venu témoigner, l'entraîneur de Tahri, Jean-Michel Dirringer, a décrit "un athlète exemplaire" qui, suite à cette affaire, a montré de grandes "difficultés à s'entraîner", et même "à se nourrir" : "ma conviction, c'est que, sans cette péripétie, il aurait largement comblé la distance qui le séparait du podium" lors des Mondiaux-2007, où il a décroché la cinquième place.

L'avocat de L'Equipe, Me Basile Ader, a regretté quant à lui que Tahri ait assigné le seul journal mais pas Aissa Dghoughi, auteur des propos litigieux, sous prétexte que, vivant aux Etats-Unis, il était difficile à contacter.

Selon Me Ader, cette "confrontation" entre les deux athlètes aurait permis "un débat à armes égales", le journaliste de L'Equipe n'ayant fait que remplir "son rôle d'informateur" en reproduisant fidèlement les propos de Dghoughi.

"Pas convaincue" que le quotidien ait eu raison "d'accorder une telle tribune et un tel crédit à un personnage controversé" comme Dghoughi, la procureure de la République a demandé au tribunal de condamner le journal.

Jugement le 5 juin.