Eurosport - sam, 17 nov 15:48:00 2007
Pourtant demi-finaliste à l'US Open cette saison, David Ferrer se révèle enfin au grand public en Masters Cup en ralliant sa première finale importante en carrière. A Shanghaï, l'Espagnol défiera Roger Federer, le maître des lieux victorieux à trois reprises, pour entrer définitivement dans le rang.
Surnommé "Ferru" ou le "Pou", David Ferrer a rendu fou Djokovic, Nadal, Gasquet et désormais Roddick au Masters où l'Espagnol est en train de se faire un nom avant la finale de Shanghai. Seul joueur invaincu du tournoi, Ferrer sort d'un anonymat que même une demi-finale au dernier US Open, son acte fondateur, n'avait réussi à dissiper. Il faut dire que le 6e joueur mondial, né il y a 25 ans à Javea dans la région de Valence, ne fait rien pour alimenter les gazettes. Sa discrétion, sa modestie et son phrasé sans excès en font le joueur le moins connu du Top 10.
Son jeu non plus ne fait pas bondir les foules. Des courses, des frappes et une faute de temps en temps. Pas spectaculaire pour un sou. Mais du solide, un vrai mur. "Rien à faire", "injouable" , "impressionnant" ont résumé ses victimes en Chine où seul Nadal a réussi à lui prendre un set. Que Ferrer fasse fantasmer ses adversaires n'a pas toujours été le cas.
Des briques dans un camion
Enclin au doute, émotif, il a longtemps plafonné aux portes du Top 10. Se qualifiant lui-même de "pire joueur du Top 100" à son entrée dans le grand monde, il n'avait rien pour venir flirter un jour avec les maîtres. A Valence, il battait certes régulièrement des joueurs comme Juan Carlos Ferrero et Marat Safin à l'entraînement mais continuait à faire un gros complexe d'infériorité.
Labourer le circuit et tenter de glaner un succès d'estime de temps en temps, c'était déjà bien pour quelqu'un qui n'était pas disposé à devenir un champion et qui a même failli tout plaquer à l'âge de 17 ans. A l'époque, son entraîneur de toujours, Javier Piles, exaspéré par le manque de motivation de Ferrer, l'avait enfermé dans un obscur petit local de deux mètres sur deux servant à ranger les paniers de balle.
L'adolescent en sortira seulement quelques heures plus tard mais la leçon n'allait pas encore suffire. "Tout ce que voulais était de continuer à sortir avec mes potes", se rappelle Ferrer. Son père l'a pris au mot. "Si tu veux de l'argent pour aller t'amuser, tu n'as qu'à faire les chantiers" , lançait-il au fils réfractaire. Une semaine à charger du matin au soir des briques dans un camion finira pas le vacciner. Finalement le tennis n'est pas si mal. "Cette expérience m'a ouvert les yeux" , dit aujourd'hui Ferrer qui avait aussitôt rappelé Javier Piles pour lui dire que le lendemain il serait sur le court à 9 heures.
Question de confiance
Depuis, l'Espagnol n'est jamais retourné des le local à balles. Mais Piles est resté son entraîneur, devenant au fil des mois "un membre de la famille" qui porte aujourd'hui un oeil aiguisé sur les exploits de son élève. Selon lui, le diable était niché dans les détails et il ne fallait qu'un zeste de force mentale supplémentaire pour que le puzzle se mette en place. "Pourquoi ça marche pour moi aujourd'hui ? La confiance sans doute", confirme avec prudence Ferrer qui continue d'appeler sa mère après chaque match.
"Mais jamais je n'aurais imaginé me retrouver en finale du Masters", s'empresse d'ajouter l'Espagnol, vainqueur de trois tournois cette année (Auckland, Bastad, Tokyo) et qui continue à s'en tenir à l'essentiel. "Je ne sais pas si je suis le pire joueur du Top 10 ou du Top 100. Tout ce qui m'intéresse c'est mon prochain match, tranche-t-il. Savoir si je suis le pire ou le meilleur, franchement je n'y pense pas."