Eurosport - ven, 18 juil 17:48:00 2008
Le 18 juillet 1983, le Français Pascal Simon, maillot jaune depuis une semaine, quittait le Tour à cause d'une fracture à l'omoplate. Destin cruel pour le leader de l'équipe Peugeot, qui a fait preuve d'un courage énorme. Mais le courage a ses limites, que la souffrance ne connait pas.
Il n'y a sans doute rien de pire pour un maillot jaune que de quitter le Tour de France sur blessure. Surtout quand le maillot jaune en question semblait en mesure de le remporter... C'est la mésaventure vécue par Pascal Simon en 1983. Un Tour à prendre, un Tour de transition, en l'absence de Bernard Hinault, vainqueur de quatre des cinq éditions précédentes. Leader de l'équipe Peugeot, l'aîné de la fratrie Simon prend le pouvoir à Luchon, au terme de la grande étape pyrénéenne, enlevée par son coéquipier, Robert Millar. Le début de la gloire, pense-t-il.
Mais tout bascule le lendemain, le 12 juillet. 40 kilomètres après le départ de Bagnères, Simon est victime d'une chute. Il se relève, mais souffre terriblement. "J'avais très mal. J'ai cru que je n'atteindrai pas Fleurance (NDLR: terme de l'étape). J'en aurais chialé." Il repart et termine finalement l'étape dans le peloton. Mais le diagnostic est sévère: fracture de l'omoplate et déchirure des tendons de l'épaule. Le maillot jaune envisage un temps d'abandonner, avant de se résoudre à poursuivre la course. A 12 jours de l'arrivée à Paris, la mission semble impossible.
Saint-Simon, ça ne s'invente pas
L'intéressé lui-même ne se fait pas d'illusions. "Notre Docteur m'a dit que je pourrais tenir. Sûrement pour me remonter le moral. Vu la nature de la blessure, je ne vois pas comment je vais pouvoir finir ce Tour." Et quand on lui demande d'estimer ses chances d'atteindre la capitale, il répond sans ambages: "une sur cent, pas plus." Débute alors un véritable chemin de croix d'une semaine, au cours de laquelle Simon va afficher un courage de tous les instants, défendant sa tunique malgré une souffrance aussi évidente qu'apparente. Sur son vélo, le maillot jaune ressemble à un martyr sur sa croix.
Tout devient souffrance, y compris les instants de bonheur réservés à son statut de patron de la Grand Boucle, comme le protocole, le soir, après l'étape. Au bout de quelques jours, il en sera d'ailleurs dispensé. Le 14 juillet, le public le fête, admiratif devant son courage. Mais Simon n'en peut déjà plus. Le destin, salopard comme pas deux, pousse le vice jusqu'à faire traverser au peloton la localité de... Saint-Simon. Ça ne s'invente pas. Au soir de la fête nationale, il se confie à la télé: "j'ai souffert comme il n'est pas permis de souffrir aujourd'hui. Je ne pense pas que je pourrais tenir longtemps comme ça. Un jour ou deux, peut-être. Mais pas davantage, car j'ai vraiment puisé dans mes réserves pour finir."
La fin d'un calvaire
Il reste encore le contre-la-montre du Puy-de-Dôme et les Alpes à traverser. Dans le Massif Central, Simon est tout simplement formidable. Dans le chrono, sous un soleil de plomb, il parvient à sauver son maillot jaune. "Une minute de retard après huit kilomètres, je savais que c'était dans la poche. Fignon ne pouvait pas me reprendre plus de deux minutes sur le reste du parcours. Mais j'ai encore passé une journée épouvantable", avoue le coureur Peugeot, pourtant soutenu comme jamais. "Si j'ai encore ce maillot, c'est grâce à cette foule. Sinon, j'aurais déjà craqué."
Le lundi 18 juillet 1983, une semaine exactement après sa chute, Pascal Simon sait qu'il est au bout du chemin, alors que s'avance devant lui la terrible traversée des Alpes, à commencer par l'Alpe d'Huez. Laurent Fignon, sn dauphin au général, n'est plus qu'à 40 secondes. Un retard dérisoire compte tenu des circonstances. Peu après le départ de cette 17e étape, dans la cote de la Table, Pascal Simon met pied à terre. C'est la fin d'un rêve, mais aussi d'un calvaire. Six jours plus tard, Laurent Fignon remporte son premier Tour de France, à 23 ans. Simon, de quatre ans son ainé, vient de voir la chance de sa vie s'envoler. Il ne portera plus jamais le maillot jaune.
Commentaires 1 - 1 de 1
Il y avait déja du dopage mais bon... C'était quand même une belle époque et puis j'avais 20 ans...
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