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EQUIPE DE FRANCE / THIERRY HENRY :« Obligé d’exploser »

jeu 18 oct, 02h05


De notre envoyé spécial

Auteur des deux buts de la délivrance, Thierry Henry, devenu le meilleur buteur de l’histoire des Bleus, a vécu une soirée exceptionnelle. Au point d’exprimer sa joie comme rarement.

De notre envoyé spécial à Nantes

Thierry Henry, vous allez forcément vous rappeler longtemps de cette soirée ?

Oui, forcément, car il y a eu le record à l’arrivée. Mais c’est aussi une soirée dont on pourra se rappeler car à un quart d’heure de la fin, il y avait encore 0-0. Peu importe qui allait marquer ou comment ça allait se dérouler, le plus important était de gagner. Même si c’était « Tutu » (Thuram) ou un autre qui avait marqué ce soir (mercredi soir), nous aurions couru derrière lui et nous aurions fait la fête.

Avez-vous douté ?

A un moment donné, je me suis demandé si ça n’allait pas encore être la soirée des frappes sur la barre, des frappes à côté, des centres où personne ne peut la reprendre… Nous avions mis beaucoup d’envie, beaucoup d’allant dans le match et ce n’était pas évident car c’étaient des gaillards derrière : ils étaient assez durs à bouger, mais nous avons réussi à trouver l’ouverture et à gagner le match.

Vous êtes vous dit que cela pouvait être votre soir ?

Non, pas mon soir. Le soir de l’équipe. Il y a Flo (Malouda) qui a tiré sur la barre, il y a Franck (Ribéry) qui fait une action extraordinaire et qui tire sur la barre aussi. Moi aussi, j’ai mis deux frappes que le gardien a détournées. J’ai aussi tiré dans la tribune. Karim (Benzema) a aussi de petits trucs, il y a toujours des centres, des pieds, des têtes. William (Gallas) met une tête qui est sauvée sur la ligne. Donc voilà tu te dis que ça ne va pas être notre soir, mais nous avons continué. Et il y a cette belle action d’Hatem Ben Arfa sur le côté, c’est contré et ça revient sur moi dans la surface.

Et vous vous trouviez au bon endroit au bon moment…

Je n’ai pas l’habitude d’être là mais vu que Karim bougeait beaucoup et allait beaucoup sur les côtés et que Franck faisait la même chose, je me suis dit que si moi aussi je commençais à décrocher et à partir sur les côtés, et bien il n’y aurait pas beaucoup de monde dans l’axe. Donc j’ai joué un jeu qui n’est pas trop le mien, je me suis efforcé de rester dans l’axe même si ce n’était pas super super. Mais je me suis dit que si un truc traînait, il faudrait le mettre au fond.

« Je ne voulais surtout pas que ce soit un truc personnel »

Et sur la passe de Jérémy Toulalan, vous vous êtes arraché…

Au début, je ne pense pas qu’il voulait me la mettre, il voulait plus jouer avec Karim, mais les Lituaniens jouent le hors jeu, donc l’appel de Karim me sert. Les Lituaniens croient au hors-jeu et s’arrêtent, et moi je continue. Après, j’ai de la réussite car la balle passe sous le tibia du gardien. Il aurait pu la sortir du pied, il ne l’a pas fait, et c’est rentré. J’étais content pour Jérémy car il a fait un match extraordinaire. Je ne sais pas si c’est l’air nantais qui lui a fait du bien, mais il a été franchement extraordinaire, et il a souvent redonné de l’élan à toute l’équipe car il a récupéré des ballons dans tous les sens. La seule chose qu’il n’ait pas faite c’est de jouer gardien, car sinon il était partout.

Finalement, la libération est venue d’un but qui signifie beaucoup pour vous et pour l’équipe de France…

Oui, nous avons fait d’une pierre deux coups. Si nous avions marqué d’entrée, ça aurait été « un peu plus facile ». Nous nous sommes créés des occases assez franches, mais nous n’avons pas mis les ballons au fond. D’un autre côté, le but a délivré un peu tout le monde. Le plus important était de gagner. Si nous étions rentrés dans les vestiaires à 0-0 alors que l’Ecosse n’avait pas gagné, nous aurions pu avoir les boules.

Qu’avez-vous dit à vos coéquipiers après le match ?

Comme d’habitude, nous nous sommes tapés la main. Ensuite, les mecs m’ont dit que c’était quelque chose d’extraordinaire. Je le sais aussi, mais je ne voulais surtout pas que ce soit un truc personnel car nous ne sommes pas encore à l’Euro et qu’il n’y a rien de fait. Il fallait marquer le coup et les gars m’ont poussé à le faire et à être plus que content. Je leur ai dit que c’était bien de dépasser quelqu’un comme Michel Platini, mais que cela serait surtout bien d’aller à l’Euro.

« Une pensée pour mon père qui est malade en ce moment »

On vous avait rarement vu aussi content sur le terrain après avoir marqué un but…

Oui, c’est vrai que vous me reprochez souvent ça. Là, je me suis dit que pour quelque chose de concret, que si je mettais la balle au fond et surtout que nous gagnions, j’allais faire ce que je fais à Arsenal : glisser sur les genoux. Ma joie était tellement intense au moment où nous avons le but, c’est surtout ça. Si je l’avais mis au début où que quelqu’un d’autre l’ait mis au début et qu’après nous ayons déroulé, ça n’aurait pas été pareil. Mais marquer à la 79eme minute, vous êtes obligé d’exploser.

A quoi et à qui avez-vous pensé à ce moment-là ?

A tous les entraîneurs que j’ai eus, même à ceux qui ne m’ont pas fait confiance. Car ils m’ont permis aussi de progresser. Mais j’ai surtout eu une pensée bien particulière pour mon père car sans lui je n’aurais pas été là ce soir (mercredi soir). En plus, il est malade en ce moment, donc j’ai une pensée pour lui. J’ai aussi gardé mon maillot pour lui, et ça me fait vraiment plaisir car c’est quelqu’un qui a toujours cru en moi. Il a été très dur mais a toujours cru en moi.

Que représentent ces deux buts ?

C’est encore chaud là, mais pour l’instant, mes deux buts signifient que nous pouvons toujours nous qualifier pour l’Euro et que nous avons toujours notre destin entre les mains. Après, je pourrai regarder tout ça de plus loin et avec fierté quand je m’arrêterai. Mais pour l’instant, nous ne savons pas encore comment ça peut évoluer. Le record de ce soir sera oublié si nous ne faisons pas le résultat nécessaire en Ukraine. Donc il ne faut pas oublier la qualification, c’est ce qui prime. Mais c’est vrai que je suis extrêmement heureux.

Pensez-vous à la barre des 50 buts ?

Non ? J’ai vu que les gens parlaient de ça, mais moi je n’en ai jamais parlé personnellement. Depuis que je suis arrivé dans le football, je ne me suis jamais fixé d’objectif. J’ai toujours essayé de prendre les choses comme elles venaient et ça m’a plutôt réussi. Mais j’ai une pensée pour tout le monde, notamment pour mon gars, David (Trezeguet). Il m’a envoyé un texto ce soir et j’aurais bien voulu qu’il passe aussi cette barre. J’espère que ça sera pour bientôt pour lui aussi.

Aurélien CANOT