Eurosport - mar, 19 févr 11:15:00 2008
La Fédération Française de Tennis a vécu une année tumultueuse. A la croisée des chemins, entre détection, éducation et formation. Elle doit résoudre l'équation posée par les nouvelles structures privées dont le Team Lagardère : La France produit beaucoup de bons joueurs mais peu de stars.
La France sait trouver les perles rares, mais cherche encore les trophées qui pourraient leur servir d'écrin. La réputation de la formation française n'est plus à faire et la Fédération Française de Tennis a longtemps rempli à la perfection sa mission de détection. Depuis quelques années, l'univers du tennis français évolue. Si la Fédération assume encore la plus grande partie de la détection, elle n'est plus seule pour assurer l'encadrement des espoirs et des meilleurs joueurs de l'hexagone. Le Team Lagardère, mais aussi l'Académie Mouratoglou ont désormais leur importance. Peut-elle assurer ses missions comme avant ? Les polémiques qui ont animé la saison 2007 soulignent les difficultés du moment.
Patrice Dominguez, Directeur Technique National, a pris les devants, mercredi en évoquant la question : "Quelles que soient les structures privées qui mettent en chantier des moyens importants, la Fédé veut montrer qu'elle continuera à donner à ses meilleurs jeunes les meilleurs moyens dans le respect des valeurs" .
Du club à la Fédération, le destin inévitable des futurs champions de l'hexagone suivait auparavant un parcours linéaire* . Fort d'un encadrement collectif plus proche de celui d'une Grande Ecole que d'un club, l'objectif de la Fédération était et est toujours sportif et éducatif : il s'agit de former des sportifs de haut niveau et des adultes capables d'évoluer dans leur univers professionnel. Le grand avantage de cette démarche institutionnelle, c'est de former des joueurs conscients de leurs responsabilités. Le fameux " état d'esprit Coupe Davis" tient son origine dans les longues années de suivi de la Fédération.
Pour perpétuer "le respect des valeurs"
Humainement et sportivement (pour les compétitions par équipe) les bénéfices ne peuvent pas être niés. Et la présence de 15 Tricolores dans le top 100 (25 dans le top 250) atteste de l'efficacité de la détection. Il existe cependant une face cachée, derrière le succès global, des questions demeurent : les fortes personnalités doivent lutter pour s'exprimer et les plus fragiles peuvent subir certaines dérives.
Une bonne détection ne garantit pas nécessairement l'éclosion d'authentiques stars. La France a amorcé sa transition il y a quelques années à peine. Le Team Lagardère n'a été lancé qu'en 2005. A mi-chemin entre l'Académie de Nick Bolletieri aux Etats-Unis (qui remonte à 1978) et la FFT, l'objectif ici est de former une élite de sportifs français. L'apport financier, mais surtout l'encadrement adapté aux besoins de chacun en a fait un succès rapide.
Richard Gasquet, Amélie Mauresmo et Paul-Henri Mathieu sont ainsi devenus les leaders d'un groupe où Alizé Cornet et Jonathan Eysseric, pour ne citer que les plus médiatiques, sont déjà de grands espoirs. "Le travail d'équipe", qui a séduit parmi les plus célèbres techniciens de la Fédération (Xavier Moreau, Patrice Hagelauer), a séduit les joueurs, suivis en continu toute la saison. Couvés par la Fédération, bénéficiaires d'infrastructures de pointes chez Lagardère, la génération actuelle n'est pas "schismatique". Pas question de quitter le berceau fédéral : "Je souhaite qu'on ait avec eux un type de conventionnement même si c'est bien d'avoir des aiguillons de l'autre côté. Mais vous pouvez constater de vous-mêmes que tous les matins, les joueurs d'en face (du Team Lagardère) viennent s'entraîner au CNE de Roland-Garros ", confirme Dominguez.
Complémentaires ou concurrents ?
Le brassage important de jeunes joueurs et joueuses n'est pas sans risque. Si le Team Lagardère réussit à mener à bien ses missions de détection, si des structures telle l'Académie Mouratoglou accompagnent avec succès l'avènement de joueurs exceptionnels tel le prodige Jan Silva, on peut imaginer que le cadre fédéral perdrait de sa capacité à superviser le tennis français. Les violentes polémiques qui ont perturbé la saison 2007, et la réussite des cellules familiales des Bartoli, voire des Rezaï, ont secoué son organisation. Son image a été écornée par les révélations d'Isabelle Demongeot, mais aussi celles de Catherine Tanvier.
La FFT doit ainsi assurer sa mission d'origine, éduquer, tout en se modernisant**. Elle a ainsi assoupli ses relations avec les autres structures : Thierry Champion a fait de nombreux allers-retours entre le Roland-Garros et le "Team" avant de quitter Paul-Henri Mathieu pour rejoindre Gaël Monfils et Mats Wilander a été autorisé à aider PHM malgré un contrat courant pour 2008 avec la FFT... Tatiana Golovin, qui évoluait sans coach et en Floride, a toujours été soutenue.
En équilibriste ou en maître du jeu
Comment va évoluer la Fédération ? Les mois ou années à venir vont être déterminant pour savoir. Patrice Dominguez a tenu à rappeler les deux facettes de la Fédération : "Certains ont tendance à vouloir anticiper les étapes. La Fédération n'est pas du tout ringarde dans le domaine éducatif et scolaire, elle est au contraire à la pointe de l'excellence", et de souligner avec fermeté que ceux qui déroge aux règles établies sont passibles de sanctions (Cf: Marion Bartoli sera exclue de l'équipe de France olympique si elle ne joue pas en Fed Cup). "Nous avons conscience que tant qu'on n'aura pas regagné Roland-Garros chez les garçons, on dira que la FFT n'est pas à son niveau", conclut-il. "Mais nous avons un système copié : tous ceux qui sont partis ailleurs ont été formés ici."