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Natation - ChF Bernard : «Ne rien négliger»

sam 19 avr, 22h16


Après ses trois records du monde claqués aux Championnats d'Europe à Eindhoven, Alain Bernard se présente comme le grand favori des épreuves de sprint des Championnats de France, qui débutent dimanche à Dunkerque. Toujours aussi disponible et aimable, l'élève de Denis Auguin revient sur son nouveau statut et ses attentes lors de cette semaine cruciale. L'Aubagnais ne pense qu'à la qualification olympique et préfère s'abstenir de tout pronostic concernant le chrono. « Il faut être vigilant et ne rien négliger », avoue le recordman du monde du 100 m qui va lancer sa compétition lundi avec le relais antibois du 4x100 m.

«Alain Bernard,dans quel état d'esprit êtes-vous ?

J'arrive fracassé, je suis en vrac, je vais mal nager (rires). Non, ça va, on a fait un bon voyage, tout s'est bien passé, le timing a été bon. On est arrivé en début d'après-midi comme prévu. Je suis dans un bon état d'esprit, c'est-à-dire celui qui m'anime depuis quelque temps, me faire plaisir avant tout. Je me languis de me retrouver sur ce plot pour plonger, pour partir, pour prendre un maximum de bonheur et surtout penser à bien m'appliquer.

Comment avez-vous géré l'après-record du monde ?

On a très bien géré avec Denis (Auguin) et Franck (Esposito) au club. Ils ont cadré l'agitation qui pouvait devenir excessive et empiétée sur le temps de travail. Ils se sont très bien occupés de moi pour que ce soit le mieux cadré possible pour reprendre l'entraînement. Il n'y a pas eu de débordement parce qu'on s'est remis tout de suite au travail, tout de suite dans le bain, on n'a pas pris le temps d'aller traîner à gauche ou à droite. Cela aurait été inadmissible vu la période. Trois semaines avant les Championnats de France, on ne pouvait pas se permettre de rater quoi que soit à l'entraînement ou de se fatiguer dans la journée à aller courir à droite, à gauche. On est bien resté concentrer là-dessus et on a fait notre préparation comme on l'avait prévue depuis le mois de septembre-octobre. Après les Championnats d'Europe, on avait prévu de retravailler dix jours puis un retour progressif au calme avec l'affûtage.

Avez-vous craint de vous éparpiller ?

Non, je n'y ai même pas pensé. Je n'ai pas eu le temps de m'éparpiller. Le jour de la compétition, c'était un peu l'euphorie du moment, on en a bien profité. Je savais très bien ce qui m'attendait avant même de partir à Eindhoven comme base de travail en rentrant. C'était dans un coin de ma tête et cela s'est plutôt pas mal passé.

Comment avez-vous vécu ce changement de dimension ?

Je m'en suis rendu compte surtout quand je me balade dans la rue, des gens me reconnaissent et m'encouragent, cela fait bizarre, c'est un peu une conséquence. Je ne cours pas après cela, je nage pour me faire plaisir, pour essayer de repousser mes limites. C'est agréable, il y a pire comme situation mais il faut rester vigilant et ne pas croire tout ce qu'on dit. Il faut se remettre en question, le sport de haut niveau est une remise en question incessante. Si on nous dit tous les jours, t'es trop beau, t'es trop fort, t'es le meilleur, le risques est de le croire à la longue. Je ne veux surtout pas le croire parce que je ne dois pas être le plus fort dans ma tête, je dois trouver des trucs pour progresser.

Comment s'est passé votre affûtage ? Cela fait du bien de ralentir le rythme ?

Cela fait plaisir (sourire). Parfois on a l'impression de ne plus savoir rien faire, mais je me rends compte que c'est comme cela à chaque affûtage. Il ne faut pas s'y habituer car il faut retourner travailler après. Il faut en profiter, on se sent de plus en plus fort, on se sent à l'aise, on nage bien naturellement, les choses qu'on a mises en place se font de plus en plus naturellement.

Avez-vous le trac avant ces Championnats de France ?

Non pas trop. J'ai parfois des flashes où je m'imagine derrière le plot ou dans l'eau avec tel ou tel nageur à côté. Mais je me dis : "ne t'attarde pas là-dessus".

A quoi vous attendez-vous ? On a l'impression que rien ne peut vous arriver ?

Si je ne tombe pas dans les escaliers, si je ne me blesse pas, si je ne fais pas une course en bois, il n'y a pas de raison. Mais il faut rester vigilant. Il faut y aller, il ne faut pas y aller en sifflotant tranquille. La confrontation va être difficile, il ne faut pas y aller la fleur au fusil, il faut y aller le plus concentré possible. Sur une course, tout peut arriver dans le bon sens comme dans le mauvais. Mais il n'y a aucune raison que cela arrive, je n'y pense même pas. Pour ne pas que cela arrive, il faut faire les choses correctement, il faut être vigilant et ne rien négliger.

La qualification est-elle votre unique objectif ?

L'objectif est de se qualifier, basta. Mais on a toujours envie d'en faire plus, on verra donc au jour le jour. Il faudra que je sois bien dans l'eau, dans ma tête, bien entouré, dans un bon moment. Peut-être qu'on peut revivre de grands moments, mais on ne le saura qu'au dernier moment. Je n'annonce rien du tout avant. Je suis venu avant tout pour me qualifier aux Jeux ce après quoi je cours depuis des années.

Peut-on s'attendre à un gros chrono ?

Chaque compétition est différente, on verra bien. Cela nécessite une adaptation permanente quand on arrive au bord du bassin. Je viens pour essayer de nager du mieux possible comme je le fais depuis plusieurs années. L'objectif est de ne pas faire d'erreur. Une fois que je touche le mur, on verra le temps.

A Eindhoven, vous aviez prévenu votre entraîneur que vous alliez faire de grands chronos. Qu'en est-il à Dunkerque ?

Je disais que j'étais bien, je savais que je pouvais faire un bon temps. Mais un bon temps, je ne savais pas à quoi cela correspondrait, cela aurait pu être 48''3, puis 47''6. Ici, même si je le sens, je ne le dirai pas, même à Denis. Il ne faut pas que je me dise que je pars pour faire tel temps à tout prix. Je sais très bien que c'est une conséquence. A chaque fois que je suis parti pour faire tel temps, je me suis tout le temps ramassé. J'ai appris à gérer cela. Tout est possible, tant qu'on y croit.»

Recueilli par Sophie DORGAN, à Dunkerque