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COUPE DU MONDE - Le bilan de l'équipe de France - L'OCCASION MANQUÉE

dim 21 oct, 16h16


La Coupe du monde du XV de France est un échec, personne ne peut le nier, même si certains joueurs refusent d'employer le mot. Les Bleus avaient clamé haut et fort depuis de longs mois leur volonté de gagner le tournoi, ils ont failli, et le bilan global est forcément négatif. D'autant que les attentes suscitées par cette équipe était immense, et il semblait légitime de croire aux chances de victoire finale. Le groupe de trente joueurs étaient d'une grande qualité, et il suffit de souligner que des joueurs comme Fritz, Papé ou Yachvili n'y étaient pas pour comprendre que le talent ne manquait pas. L'équipe de France a déjà bénéficié d'une préparation unique, et en théorie idoine pour atteindre les objectifs fixés. Jamais un sélectionneur n'avait eu autant de temps et de moyens pour travailler avec ses troupes. Bernard Laporte a pu regrouper quarante joueurs pendant sept semaines au moment du Tournoi des VI Nations, puis les trente sélectionnés se sont réunis le 1er juillet à Marcoussis pour deux mois de préparation physique intenses. Les joueurs sont arrivés dans une condition optimale, ils l'ont tous souligné, et il faut reconnaître que ce n'est pas ça qui leur a fait défaut. Le gros boulot foncier leur a notamment permis de mettre en place une défense intraitable. Avant le premier match le 7 septembre, le XV de France sortait de deux mois sans nuage, ponctués de trois matches amicaux gagnés avec la manière contre le pays de Galles, et surtout l'Angleterre, deux fois. Même le forfait de Sylvain Marconnet n'avait pas terni le moral des troupes, arrivées gonflées à bloc et pleines de certitudes.

La gifle reçue contre l'Argentine (12-17) dans le match d'ouverture a tout changé, et a biaisé d'entrée le parcours des Bleus. En plus de miner le groupe, elle a profondément modifié l'approche de la compétition, avec dès lors la peur permanente de l'élimination. Une première erreur dans la gestion du groupe est sans doute à souligner ici : le staff n'a pas su préparer les joueurs à l'énorme pression de ce match d'ouverture à la maison. Outre l'épisode controversé de la lettre de Guy Môquet, les 22 acteurs se sont liquéfiés dès le coup d'envoi, et ont du mal à se relever, plaçant d'entrée la Coupe du monde dans un contexte de difficulté. Le groupe a parfaitement su de ressaisir, au prix d'une force mentale admirable. Mais une autre gangrène a empêché les Bleus de s'exprimer pleinement : la gestion de l'effectif. L'encadrement est parti sur une logique de gagner à trente, un discours qu'il a martelé toute la compétition. Une tactique bien comprise sur la première phase, mais plus discutable lors des matches couperets. Le coup de poker de Cardiff (Beauxis à l'ouverture et Traille à l'arrière) allait dans ce sens et s'est avéré payant. Mais la reconduction à l'identique du groupe pour la demi-finale a été mal vécue, surtout par les huit membres de la charrette. Et puis le jeu de chaises musicales a surtout empêché l'équipe de France de travailler ses automatismes, et l'histoire montre qu'on ne gagne pas une Coupe du monde sans équipe type, l'Afrique du Sud l'a encore prouvé. Certains joueurs français ont d'ailleurs exprimé après coup leurs doutes et des critiques, comme Christophe Dominici et Frédéric Michalak.

Voilà sans doute l'élément le plus contesté du parcours de l'équipe de France. Il a été beaucoup reproché au staff tricolore de reproduire le même schéma tactique en demi-finale que lors des quarts. Le pari de l'occupation du terrain et de la défense a superbement réussi contre les Blacks, mais était-il adapté aux Anglais, qui n'offrent pas du tout le même jeu et la même résistance ? Il aurait sans doute fallu plus d'ambition dans le jeu pour déborder cette équipe anglaise courageuse mais sans génie. La frilosité des Bleus en attaque a parfois été désespérante dans les matches couperets, et le XV de France s'est privé de l'essence même de son jeu en se cantonnant à la défense. Les regrets sont d'autant plus grands que les joueurs de ballons ne manquaient pas, entre Michalak, Jauzion, Clerc, Heymans ou Poitrenaud. Toutes ces questions devront être posées alors que le grand chantier de la reconstruction démarre. Le rugby français se modifie en profondeur, avec une nouveau staff, mais aussi un nouveau président de la fédération. Ces nouvelles têtes devront combler les manques qui ont privé encore une fois la France du titre mondial.