Asie - Vasseur : "Entretenir la motivation"

Eurosport - ven, 22 févr 20:47:00 2008

Pour Frédéric Vasseur, patron d'ART, le GP2 Asie est un vrai moteur pour toute l'équipe. En attendant le GP2 européen et le DTM...

2008 Sentul ART Vasseur - 0

Le GP2 Asie ressemble-t-il au package qu'on vous avait "vendu" ?

Frédéric Vasseur : Oui, ça correspond hyper bien à ce qu'on attendait. Ça permet à nos pilotes, et également à nos mécaniciens et à nos techniciens de faire de bonnes séances d'essais. Et puis, nous touchons commercialement une partie du monde qui n'était pas très impactée par le GP2. Nous avons trouvé un partenariat avec une société du Moyen-Orient que nous pouvons envisager de développer sur le GP2 européen. Il est plus facile de trouver des partenaires en allant faire des courses chez eux qu'en leurs vendant quelque chose sur un événement ici. L'autre aspect est la recherche de pilotes asiatiques. La saison 1 du GP2 Asie a démarré assez tard et je pense que nous devrions amorcer la pompe lors de la saison 2, même si le GP2 reste difficilement accessible pour des pilotes qui ont peu d'expérience.

Pour les nouveaux, le GP2 Asie tient une place parfaite dans le calendrier, après la Formule 3 Euro Series et avant le GP2 européen...

F.V. : Dans le cas de Romain, c'est clair. Ce n'est pas négligeable, car les courses sont souvent difficiles en GP2 Asie. Il n'aura pas un gros manque d'expérience à l'attaque du GP2 "Main" (25-27 avril, à Montmelo) comme ont pu l'avoir certains de nos pilotes par le passé.

Comment vous êtes-vous organisés ?

F.V. : Nous avons dupliqué les équipes pour à la fois courir en GP2 Asie et préparer la Main Series. Ça a permis d'aguerrir certaines personnes chez nous en leurs donnant plus de responsabilités. Nous avons embauché cinq-six personnes pour le GP2 Asie.

Le GP2 Asie correspond-t-il à une envie de développement de vos activités?

F.V. : Notre objectif est d'avoir une plate-forme plus large en compétitions de monoplaces et en courses automobiles en générale. A ce sujet, nous regardons de près le DTM, qui va changer de règlement en 2009. C'est à mon sens un point crucial, une clé de notre accession à ce championnat : si ça passe effectivement par la réduction des coûts attendue, nous nous positionnerons dessus. Le futur règlement redistribuera les cartes sur le plan technique en supprimant la cohabitation entre les modèles de l'année et ceux anciens. Tout le monde courra avec la même définition de matériel. Si tel est le cas, nous ferons tout pour y aller.

Ça passera par une extension de votre effectif, composé aujourd'hui d'une trentaine de personnes...

F.V. : Bien sûr. Pour l'équipe existante, il est inenvisageable de ne pas nourrir d'autres projets à court terme. L'ensemble de l'équipe a besoin de nouvelles perspectives de développements pour avoir la gnac. Il faut entretenir la motivation. Si on n'a pas ça, on est mort. C'est un moteur. Nous n'allons pas faire la même chose cinq ans de suite.

Les deux premières courses ont un peu résumé le parcours d'une équipe qui vise le titre : domination à Dubaï et points utiles Sentul ...

F.V. : Dubaï a été exceptionnel. J'ai été surpris, je ne m'attendais pas à une pole suivie de deux victoires de Romain après une saison cahin-caha de la part d'ART. D'entrée, nous avons retrouvé notre niveau de 2005 et 2006. Le week-end de Sentul a été beaucoup plus dur, mais ce fût le cas pour tout le monde. Ce ne fût pas qu'une question de performance mais de conditions de circuit, de météo, d'incidents et d'impondérables. Ça a été un peu la guerre. Mais bon, nous avons raté notre pit stop et c'est ce qui nous a coûté la victoire. Cependant, beaucoup de pilotes ont eu le sentiment d'avoir manqué une opportunité. Globalement, nous en ressortons avec toujours une dizaine de points d'avance sur Senna.

Sentul a été une accumulation de difficultés...

F.V. : J'en retiendrai que ça a été une course apocalyptique, à tout point de vue, et que Romain a acquis une expérience de conditions extrêmes non-négligeable, probablement équivalente à trois ou quatre courses en Europe. C'est dans sa poche. Nous avons vu qu'il s'est bien sorti d'incidents de course variés. L'autre point positif pour ART est que Luca Filippi, qui sera notre pilote en GP2 européen, a montré un niveau de performance exceptionnel (ndlr : avec Meritus).

On a vu un Romain Grosjean particulièrement incisif dans le peloton...

F.V. : C'est Romain. En même temps, si on ne prend pas des risques sur ce type de courses, on n'en prendra jamais. Je préfère qu'on aille voir la limite à Sentul en GP2 Asie plutôt qu'à Barcelone en GP2 "Main".

Luca Filippi s'avère un bon choix...

F.V. : J'avais un peur que ça ne se passe pas bien pour lui en GP2 Asie et qu'il perde confiance, mais ce n'est pas le cas, en dépit d'un déclassement pour une raison qui ne lui a apporté aucun avantage (erreur de monte de pneus). A la régulière, il aurait aussi gagné samedi à Sentul.

Comment voyez-vous Luca Filippi et Romain Grosjean?

F.V. : Ils ont des cursus différents. Luca a fait une saison et demie en GP2, au contraire de Romain, même s'il aura fait l'Asie au départ du GP2 européen. Bref, il ne partira pas en culotte courte. Et puis, il a un gros bagage en monoplace, avec deux titres (Formule Renault et F3). Aujourd'hui, la force de l'équipe doit être d'avoir deux pilotes de niveau quasi égal, qui génère une émulation saine. Ils sont suffisamment intelligents pour gérer ça et tirer l'équipe vers le haut, comme avec Nico [Rosberg] et Alex [Prémat] l'avaient fait en 2005, et Lewis [Hamilton] et Alex en 2006.

L'autre paramètre nouveau du GP2 2008 est la nouvelle Dallara ...

F.V. : C'est dans la continuité du châssis que nous avons utilisé pendant trois ans et qui court à présent en Asie. Nous ne nous attendons pas à un comportement radicalement différent. Elle a un look beaucoup plus agressif, plus moderne. Ça va faire un coup de jeune pour le plateau.

Rosberg a voulu continuer de progresser avec Williams et Hamilton a vite digéré sa déception du final de 2007. Ce doit être une satisfaction pour vous de les voir s'installer comme ça en Formule 1

F.V. : Forcément. Ils sont nos références. C'est toujours gratifiant pour nous de voir que nous avons bien utilisé et développé leur talent naturel pour leurs permettre d'arriver à ce niveau en F1. Ils affichent une maturité et des qualités humaines qui sont aussi pour nous une vraie satisfaction. Je suis content de leurs comportements.

Lewis Hamilton a acquis un statut de pilote de référence chez McLaren...

F.V. : Lewis ne voit pas les choses comme ça, il ne se met dans pas la tête qu'il a un rôle prépondérant dans l'équipe, car Heikki [Kovalainen] sera hyper compétitif chez McLaren. Fernando Alonso s'est installé dans cette situation l'an dernier, en maître à bord, pour se faire allumer au bout de deux courses. Lewis est suffisamment malin pour ne pas tomber dans ce travers.

Propos recueillis par Stéphane VRIGNAUD / Eurosport