Elle ne s'est pas prise comme elle l'avait imaginé, mais l'Espagne a fini par venir à bout de l'Italie aux tirs au but (0-0, 4-2), grâce à deux arrêts de Casillas. Elle se qualifie pour sa première demi-finale d'un grand tournoi depuis 1984. Elle y retrouvera la Russie, qu'elle avait détruite il y a douze jours (4-1).
La déflagration fut tellement énorme, à Vienne, qu'il faudrait aller vérifier si le Danube n'a pas débordé. Quand Fabregas trompa Buffon sur le cinquième tir au but, toute l'Espagne réunie au Prater a laissé exploser une joie démesurée, à la hauteur de tous ces quarts de finale importants ratés dans des Coupes du monde ou des Euros (1986, 1994, 2000, 2002...). La Seleccion s'est qualifiée pour les demi-finales de l'Euro au bout de l'épreuve que lui a infligée l'Italie pendant 120 minutes de tension et d'occasions ratées (0-0). Ce ne fut pas le triomphe du toque explosif de la première phase. Tactiquement, c'est l'Italie qui a réussi son coup. Mais la Nazionale, sans Pirlo, sans Gattuso, sans Cannavaro, sans Barzagli, n'a pu s'appuyer sur Buffon, son immense gardien, que durant le temps de jeu. Le géant juventino a détourné un tir au but, celui de Güiza. Mais en face, il avait peut-être son seul rival du moment en Europe, Casillas, magnifique sur les deux frappes pourtant loin d'être baclées de De Rossi et Di Natale. Villa, Cazorla, Senna (énorme tout au long du match) et enfin Fabregas ont fait voler en éclat la barrière psychologique qui séparait l'Espagne des winners potentiels. Son futur adversaire en demi-finale, la Russie, elle l'a balayé il y a douze jours (4-1).
Cette prophétie d'Arrigo Sacchi qui avait tant fait débat la veille du match ne mit que vingt minutes à se vérifier. Avant, l'Espagne et son toque monopolisaient le ballon, à un rythme décent, mais cela finirait sans doute par user l'Italie. En fait, alors que la Nazionale montrait un bout du museau dans le camp ibère sur chaque ballon arraché, il devint vite assez clair que les champions du monde jouaient au tempo qu'ils avaient choisi et quadrillaient le terrain sans souffrir des permutations rojas (Villa - Torres ; Iniesta - Silva). Buffon se couchait sans retard sur un coup franc de Villa (24e) et une frappe tendue de Silva (32e). Il n'en fallut pas davantage pour voir les Espagnols se mettre à jouer avec le frein à main. Les Italiens avaient introduit le poison de l'attentisme. Villa parlait samedi du poids extrême que pouvait mettre la Seleccion dans la surface, mais avec Torres, il s'est senti bien seul contre quatre Italiens, là où, au premier tour, son équipe aurait sûrement giclé (26e). Luis Aragones, lui, parlait de rythme et d'accélération. Il ne vit que des frappes lointaines plus ou moins improbables, celle de Silva (38e) étant la seule à frôler le poteau. Et puis, avec la crainte, vint la maladresse dans le dernier geste. Un une-deux Iniesta - Villa mal conclu donna le ton d'une seconde période de centres manqués, de tirs avortés (Silva, 49e), de la précipitation ou derniers contrôles mal assurés.
Le triomphe de Casillas
Côté italien, ça ne sentait pas le génie à plein nez. En 2006, pour devenir les rois du monde, cela n'avait pas été nécessaire d'être génial. Pourquoi changer ? Avec un Cassano qui enrhumait Ramos sur chaque ballon et permettait à son équipe de gagner vingt ou trente mètres toutes les cinq minutes, avec un Toni toujours dans son rôle de déménageur plus que dans celui du buteur, avec aussi un Camoranesi créateur de quelques ruptures après son entrée (57e), la Nazionale écarta vite l'idée qu'elle était inoffensive. Casillas réalisait le premier gros arrêt du match devant Camoranesi après un relais-sombrero de Toni (61e). L'Italie survécut à quelques minutes d'un jeu trop bas, mais qui permit seulement à Senna de décocher deux frappes lointaines et vicieuses, l'une boxée par Buffon (80e), l'autre relâchée sur son poteau par le gardien italien (81e). Toni manqua le 1-0 en ôtant à Grosso un centre de Di Natale (84e). Villa, servi par Fabregas (84e), vit Zambrotta s'arracher, et condamner Vienne à la prolongation. Avec 220 passes réussies de plus que les Italiens et 57% de possession de balle, l'Espagne créa encore un peu plus de danger, mais il manqua encore la précision (Silva, 93e ; Cazorla, 120e), et un tir parfait, le seul apte à tromper Buffon (Villa, 111e). Il était écrit que le héros du jour serait un gardien. Pour une fois, Gigi a dû laisser le rôle à San Iker. - Cédric ROUQUETTE, à Vienne


Veuillez vous connecter pour laisser un commentaire
Pas encore utilisateur Yahoo! ? Inscrivez-vous maintenant pour ouvrir un compte gratuitement