Taulier du XV de France, Pieter De Villiers jouera dimanche à Cardiff son premier match de préparation pour le Mondial. Le pilier parisien revient sur sa forme physique et le départ de son ami Sylvain Marconnet.
Pieter De Villiers, Sylvain Marconnet a quitté l’équipe lundi soir, ça a dû vous faire de la peine…
Oui, c’est un coup dur pour Sylvain, mais aussi pour l'équipe de France. On a vécu tout ça avec lui et on a vu que ce n'était pas facile tous les jours. Il donnait tout ce qu'il avait pour avoir un maximum de chances de jouer la Coupe du monde. Malheureusement pour lui il n’y participera pas, c'est la dure loi du sport. La blessure, c'est le plus grand cauchemar pour un sportif de haut niveau. Ça va lui faire rater une Coupe du Monde, en France en plus. C'est une immense déception. Mais Sylvain est un champion, autant sur le plan mental que physique, et je sais qu'il reviendra plus fort que jamais pour retrouver le terrain et se faire plaisir.
Vous doutiez-vous quand même qu’il allait être juste ?
On a toujours su que ça allait être une bataille. Dès le premier jour c'était clair pour tout le monde. Sylvain a travaillé dur, mais dans une reprise, il y a toujours des hauts et des bas. Un jour on se sent bien, un autre non. Ce qui était important c’était de ne jamais lâcher, et lui y a toujours cru. Il a eu des journées difficiles, mais le lendemain il était là, se levait tôt. Il avait beaucoup d’envie. Il était fort là-dessus. Il était aussi présent à côté, il rigolait, il était bien dans le groupe. On aurait pu être dans des chambres séparées, mais on a voulu être dans la même chambre, parce qu’on l’a toujours été. On partage aussi bien les bons moments que ceux difficiles.
Où en êtes-vous physiquement ?
J’ai repris la course et les gammes de vitesse. Je n’ai pas encore couru à 100% mais ça va bien mieux. Je ne dois pas griller les étapes, il y a un protocole de reprise à suivre. Le sprint n’est pas encore au programme mais ça vient tout doucement.
Appréhendez-vous votre premier match de la préparation, dimanche à Cardiff ?
Après cette préparation très intense, j’ai envie de retrouver le terrain et l’ambiance qui y règne. Les deux victoires ont contribué à la bonne ambiance du groupe. On sent une grande sérénité. Et même si le résultat n'était pas forcément important, la manière, elle, l’était. Ce troisième match sera aussi important, et j'ai envie d'y participer, de retrouver les automatismes de match. Cette Coupe du monde sera la dernière pour moi, donc j'ai envie d'être bien, de tout donner pour cette équipe, qui est une belle équipe.
« C’est encore le début »
Pensez-vous être prêt pour ce match ?
On fera le bilan après le match. J'ai passé beaucoup de temps à me préparer physiquement. Je pense que la préparation physique a retrouvé aujourd’hui une dimension forte. Ça va m’aider, car ça fait pas mal de temps que je prépare durement mon retour. Après, il est vrai que rien ne remplace un match. C'est sûr que ce premier test contre le Pays de galles risque d'être assez intense. Les matchs de reprise, c’est toujours l’occasion pour se remettre dans le bain, de sentir les premiers contacts et de se dire « ah oui, j’avais oublié ». Ça rentre vite après.
L’absence de Sylvain a-t-elle une influence sur la mêlée ?
Non, ça ne changera pas la manière de travailler. Nicolas (Mas) vient d’arriver pour le remplacer. On construit le même système donc là-dessus ça ne change pas. Après, Sylvain a peut-être une grande expérience au niveau international. Il va beaucoup nous manquer par rapport à ça.
Comment avez-vous trouvé vos coéquipiers lors des deux premiers matchs ?
J’ai trouvé les matchs très intenses pour des rencontres de reprise. Les joueurs étaient également très affûtés physiquement. Les contacts et les bagarres pour le ballon étaient très intenses, avec des joueurs qui offraient des solutions assez vite. Tout le monde s’est bien préparé. C’est encore le début, il y a des automatismes à travailler, des choses à améliorer. Mais ces débuts ont été positifs pour l’équipe de France, tout comme l’attitude des joueurs. Ils ont envie d’être bon, de faire avancer l’équipe et d’être intraitables collectivement. C’est une bonne base pour nous.
Comment vivez-vous la rude concurrence au quotidien ?
J'ai vraiment l'impression qu'un maximum de joueurs dans l'équipe a compris que la concurrence est une très bonne chose. On vit une concurrence saine et on a compris qu'on a besoin d’être trente joueurs pour gagner cette Coupe du monde. Quand on regarde les deux premiers matches amicaux, on constate qu'à chaque fois les remplaçants entrés ont fait la différence, ont apporté de la fraîcheur. Il y a des joueurs qui ont envie de prouver qu'ils méritent d'attaquer le prochain match. Ce coup de gaz qu’on a en fin de match est vraiment bénéfique pour l’équipe.
« On aura besoin de tous les joueurs »
Cette concurrence est donc positive…
Oui, je le pense profondément. Le respect est vraiment très profond dans l’équipe. Et c’est vrai que les victoires permettent d’être sereins. Nous sommes des compétiteurs et la concurrence est saine. Plus la concurrence sera saine, plus elle emmènera l’équipe de France vers le haut.
Avez-vous discuté avec votre coéquipier argentin du Stade Français Rodrigo Roncero pour savoir comment se passait la préparation argentine ?
Non, je ne l’ai pas vu. Je sais qu’il s’entraîne sur, comme moi. Mais on ne s’est pas vu, on se retrouvera le 7 septembre.
Que pensez-vous de la mêlée galloise ?
Elle est un peu moins déstabilisante qu’il y a quelques années où elle était très forte. Il faudra tout de même faire attention, chaque match est différent. Il y a 5-6 ans, le pack gallois étaient une des références mondiales, mais aujourd’hui, c’est une équipe qui base son jeu sur le déplacement, avec des joueurs qui sont un peu moins physiques.
Le match de l’Argentine approche. Ne pensez-vous pas que les joueurs qui ne seront pas sélectionnés pour ce match soient démoralisés ?
Il y a huit joueurs qui ne joueront pas contre l’Argentine, mais ces huit-là joueront peut-être le match suivant ou la finale. La Coupe du monde va durer « x » semaines et on aura besoin de tous les joueurs pendant cette période. On donnera tout ce que l’on peut.
Sur un plan personnel, pensez-vous être assuré d’être titulaire ?
Pour moi, ce qui est important, c'est que je sois bien préparé, en ayant tout donné. Il faut être disponible pour l'équipe. Mais si je suis à cent pour cent des mes moyens, je crois que c'est possible d'être titulaire. Il faut toujours mériter sa place, c'est la loi du sport.
Sébastien TRANCHAND

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