La lourde défaite du Stade Français contre Toulouse en demi-finale du Top devrait être le dernier match de la longue et belle carrière Christophe Dominici. Devrait car le fantasque ailier parisien laisse planer un léger doute, et avoue qu'il pourrait replonger si on le lui demande. Mais son discours ,e trompe, et il semble avoir déjà changé de camp en enfilant le costume de l'entraîneur. Fortement pressenti pour épauler Ewen McKenzie la saison prochaine, il dresse un état des lieux alarmant, et somme le club de réagir.
«Christophe Dominici, vous venez de disputer votre dernier match en tant que joueur. Dans quel était d'esprit êtes-vous ?
J'ai commencé par mettre une branlée (sic) à Toulouse ( ndlr, 39-3 en demi-finale en 1998 ), je finis par en prendre une, j'ai commencé avec Toulouse, je finis avec Toulouse. Avec dix ans d'écart. Voilà, c'est symptomatique du moment.
Le Stade Français a été largement dominé dans cette rencontre. Qu'est-ce qui vous a manqué ?
Quand on a des temps forts, et qu'on ne concrétise pas nos occasions d'essais, c'est compliqué. Et quand tu fais tomber un ballon et que tu prends un essai en contre, tu craques. L'an dernier ce sont eux qui avaient craqué, cette année c'est nous. Après il n'y a plus de match. En plus on reprend trois points derrière, psychologiquement c'est dur. Ils ont été plus performants que nous dans la finition, et c'est ça qui fait la différence, ils nous ont mis une grosse pression. Ces matches là se joue à pas grand-chose. En même prendre trente points ça veut dire beaucoup. Chaque fois qu'on a gagné nos demi-finales, on était présents. Psychologiquement on n'a pas su les marquer aujourd'hui. On a montré nos limites. C'est dommage.
Ce match est un peu à l'image de la saison, avec des hauts et des bas, un niveau de jeu inconstant.
On est approximatif sur notre jeu, on est approximatifs sur notre conquête, surtout en touche, et à ce niveau là ce n'est pas possible. Ce sont des matches à élimination directe, c'est trop important, et si on n'est pas précis sur nos fondamentaux, sur nos lancements, on le paie cash parce que ça va trop vite. Eux ils ont eu des occasions et ils les mettent, ils ont la rage, et le score aurait pu être plus lourd. On a été beaucoup plus fébriles que d'habitude, et contre Toulouse, en demi-finale, ça ne pardonne pas. L'an dernier, le ballon retombait du bon côté pour nous, cette année Toulouse avait peut-être plus faim, était peut-être plus déterminé.
Vous réalisez que c'est la fin pour vous ?
C'est chaud là, pour l'instant c'est surtout la déception qui l'emporte. Quand on arrive à ce niveau, ça fait mal de perdre, même si on a fait plaisir à 30 000 Toulousains et à cette équipe.
Mais vous confirmez que c'était bien votre dernier match ?
Vous savez on a tellement vu de joueurs dire je m'en vais. Moi j'ai vu Diego Dominguez qui est parti cinq fois du Stade Français, j'ai vu Zidane qui est parti et qui est revenu. C'était a priori mon dernier match. Mais c'est un club particulier, avec des gens particuliers, donc on ne sait pas ce qui peut se passer.
Vous laissez donc la porte entreouverte. Quand allez-vous prendre une décision ferme et définitive ?
Ça va aller très vite, on va discuter. Lundi ou mardi ça va se décider. Parce qu'une saison, ça se prépare, il faut anticiper. Et aujourd'hui c'est ça qui nous manque. On est tombé contre une équipe qui anticipe mieux, où chacun sait ce qu'il a à faire en touche, en montée défensive. On a tous failli collectivement et individuellement pour espérer gagner le match. Entre Clermont hier et Toulouse aujourd'hui, il n'y a rien à dire : le un et le deux de notre championnat était au-dessus du trois et du quatre.
Vous n'avez pas envie d 'arrêter sur une saison décevante ?
J'aurais dû arrêter en 1999 sur une finale de Coupe du monde. Non, j'ai eu beaucoup plus de bons moments que de mauvais. Cette saison a été particulière avec beaucoup de blessés, le départ de joueurs emblématiques, la Coupe du monde.
Quel bilan faites-vous de cette saison ?
Je crois que le Stade Français est à un tournant important de sa jeune histoire. Toutes les grosses écuries sont en train de s'armer, sportivement et en dehors. Clermont n'est pas arrivé là par hasard, ça fait des années qu'ils se structurent, ils ont maintenant un très bon centre de formation, ils peuvent attirer d'excellents joueurs. Toulouse avait aussi ciblé son recrutement, nous ce n'est peut-être pas ça. L'an dernier notre banc avait fait la différence, aujourd'hui on était trop sur le point de rupture. Le haut niveau, c'est la concurrence, c'est un groupe étoffé de 30-35 joueurs. On a vu aujourd'hui Toulouse avec plusieurs internationaux blessés, mais qui aligne une équipe compétitive, cohérente. Le premier recrutement, c'est de garder nos meilleurs joueurs, ensuite il faudra ller chercher des joueurs qui nous tirent vers le haut. Toulouse a recruté Kelleher, qui les tire vers le haut, Clermont a Nalaga. Nous on va tout faire pour trouver les perles rares.
C'est un discours d'entraîneur que vous tenez...
Non, ce n'est pas un discours d'entraîneur, c'est un discours de quelqu'un qui aime le club. Et j'aime trop ce club pour le voir souffrir, je l'aime trop pour entendre 35000 Toulousains crier : ils sont où les Parisiens. Je suis trop compétiteur pour ça. Alors que j'ai des responsabilités dans ce club ou pas, je ferai tout pour l'aider et continuer à être en haut. Parce que c'est là qu'on respire le mieux. Quand on a la tête sous l'eau comme aujourd'hui, c'est plus difficile»
Propos recueillis par Aymeric MARCHAL, à Bordeaux



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