Eurosport - lun, 24 sept 14:10:00 2007
En toute logique, Denis Menchov (Rabobank) remporte la Vuelta, après avoir nettement dominé l'épreuve. Le Russe, porteur du maillot or depuis douze jours, est arrivé paisiblement dans les rues de Madrid, où Daniele Bennati (Lampre) s'est adjugé au sprint la victoire de la 21e et ultime étape.
Madrid a trouvé son nouveau roi. Et, pour la troisième année consécutive, il n'est pas espagnol. Après un survol du classement général, Denis Menchov, déjà victorieux en 2005, a remporté l'édition 2007 de la Vuelta en toute logique. Pendant douze jours, le Russe a étrenné fièrement le maillot or, le portant jusque dans les rues de la capitale espagnole. En affichant une maîtrise déconcertante. Le coureur de la Rabobank ne semble jamais avoir forcé son talent. Se ménageant dans les Pyrénées, par exemple, mais se montrant toujours présent au moment opportun. Pour accompagner ses concurrents potentiels jusqu'à la ligne, ou faire lui-même la différence d'un coup de pédale. Sans jamais se départir de cette aisance incroyable.
Tout, ou presque, s'est joué en trois jours. Lors de l'entame de la deuxième semaine de l'épreuve. Auteur du quatrième chrono lors du contre-la-montre à Saragosse, pour le compte de la 8e étape, Menchov sort doucement de l'ombre. Le Russe ne tarde pas à se placer totalement dans la lumière. Dès le lendemain, lors du deuxième dimanche de course, le natif d'Orel prend les choses en main. Au coude à coude avec Leonardo Piepoli (Saunier Duval) dans le sprint final, il ne remporte pas l'étape, mais s'empare du maillot or. Pour ne plus jamais le laisser quitter ses épaules, donc. Histoire de montrer au peloton qui commande, Menchov s'impose le lendemain sur l'un des parcours mythique de la Vuelta: à Andorre-Arcalis. Tout un symbole.
Vainqueur et meilleur grimpeur
Durant cette étape, la plus longue au programme des trois semaines (214 km), le coureur de Rabobank affirme sa suprématie à l'arrivée au sommet en réglant Cadel Evans (Predictor-Lotto), Samuel Sanchez (Euskaltel) et compères, au terme des quinze kilomètres d'ascension et un passage à 9%. Les bénéfices sont triples pour le Russe: en plus de rester leader au général, il ajoute une étape et le statut de meilleur grimpeur à sa carte de visite espagnole. Plus fort au fil des jours, Menchov voit en parallèle la route vers le triomphe à Madrid s'ouvrir considérablement grâce à un abandon. Pas d'un concurrent d'une autre formation, mais de son équipier Oscar Freire. Impressionnant sur ses terres, le sprinter espagnol s'est adjugé trois étapes, avant de se retirer de la course.
Avec pour conséquence de permettre à Menchov de profiter entièrement du travail des autres coureurs de l'équipe néerlandaise. Comme un autre symbole, les maillots orange remontent en tête de peloton au moment d'entrer à Madrid, lors de la 21e et ultime étape de la Vuelta. Donnant une once de mouvement à un peloton jusqu'alors en ballade, sous le paisible soleil du centre du pays. Pendant quatre-vingt kilomètres, on en oublie presque que cette journée va rendre deux verdicts importants: une dernière victoire d'étape, et la tête du classement par points. Une position qui appartient à l'omniprésent Menchov, mais dont le sort n'est pas encore scellé. Troisième avant le départ à Rivas Vaciamadrid, Daniele Bennati (Lampre) a l'occasion de terminer en beauté et de faire coup double.
Bennati, la passe de trois
Premier lors du sprint intermédiaire, l'Italien est bien emmené par les coureurs de la Lampre, et se sert du travail d'Erik Zabel (Milram) pour démarrer dans la dernière ligne droite. Alessandro Petacchi (Milram) ne veut pas suivre la voie de son équipier et préfère prendre la roue de son compatriote. Sans parvenir à passer devant. Bennati franchit la ligne avec quelques centimètres d'avance. Cette troisième victoire d'étape lui apporte ce qu'il était venu chercher dans les rues de Madrid: le maillot grenat, synonyme de première place au classement par points. Un lot de consolation pour Bennati, qui durant la semaine a volontiers laissé transparaître sa déception de ne pas avoir été sélectionné dans l'équipe italienne pour les Mondiaux. L'homme fort de l'équipe Lampre depuis le retrait de Damiano Cunego rompt aussi un peu l'hégémonie de Menchov dans cette Vuelta.
Autant pour le Russe que pour l'état du cyclisme, il reste à espérer que rien ne viendra ternir ce sacre ultérieurement. Car ce lumineux début d'automne ne suffit pas à faire oublier les déboires qu'a connus la formation Rabobank durant l'été. Pendant le Tour de France, dominé par l'un de ses coureurs, Michael Rasmussen, mais qu'une affaire liée au dopage a poussé vers la sortie. D'autant que la Vuelta porte elle aussi encore des traces de souillures: le vainqueur l'an dernier, Alexandre Vinokourov, a été contrôlé positif, comme son ex-équipier chez Astana et troisième du classement, Andreï Kashechkin. Deuxième du podium 2006, Alejandro Valverde était lui persona non grata à cause de raisons similaires. Que l'histoire ne bégaie pas...
Jean Terzian / Eurosport