PARIS (AFP) - Bernard Sainz, jugé près de dix ans après les faits pour trafic et administration de substances dopantes, s'est présenté mercredi comme un "spécialiste de l'antidopage" ayant tenté de contrecarrer les effets délétères des produits "massivement prescrits" par les médecins des équipes cyclistes.
Au premier jour de son procès prévu jusqu'à vendredi devant le tribunal correctionnel de Paris, l'ex-soigneur a, malgré son surnom assumé de Dr Mabuse, tenté d'apparaître sous un jour respectable: "Oui, je les conseillais (les cyclistes) dans l'utilisation de produits dopants puisque je leur disais d'arrêter les médicaments à base de testostérone et cortisone abondamment prescrits par leurs médecins d'équipe", a déclaré l'accusé, citant notamment le docteur Mégret, désormais médecin de la fédération française de cyclisme.
"Si je leur avais prescrit de la testostérone et de la cortisone qu'ils prenaient massivement par ailleurs, je me serais discrédité", a ajouté Bernard Sainz, qui reconnaît seulement avoir utilisé des dilutions homéopathiques de ces produits. Il est par ailleurs accusé d'exercice illégal de la médecine, volet dans lequel l'ordre des médecins s'est porté partie civile.
Les témoignages des anciens coureurs clients de l'accusé lus par la présidente du tribunal ont pour les uns corroboré ses dires, pour d'autres infirmé ses allégations à l'image de ceux de Philippe Gaumont ou de Frank Vandenbrouke. Selon eux, Sainz, interpellé le 7 mai 1999 sur dénonciation d'un cycliste qu'il venait de ravitailler, était bien au coeur d'un réseau de produits dopants et bénéficiait de la complicité logistique de son coaccusé l'avocat Bertrand Lavelot.
Parmi les adeptes, Pascal Peyramaure, l'un des trois coureurs avec Philippe Gaumont et Yvon Ledanois mis en examen puis relaxés dans l'affaire, dit lui vouer une "reconnaissance éternelle" qui, au-delà des soins et conseils liés à sa pratique du cyclisme, lui a permis d'avoir deux enfants après plusieurs tentatives vaines.
Personnage ambigu, Bernard Sainz a tenté de jeter encore le trouble dans l'esprit de la cour. Certes son diplôme d'homéopathie et d'acupuncture obtenu en 1969 n'est pas reconnu en France mais lui "permettrait d'exercer dans nombre de pays européens." Certes ses méthodes ne sont pas académiques mais certaines personnes lui "attribuent des compétences" extraordinaires à l'image de ces trois policiers qui, à l'issue de sa garde à vue, lui auraient demandé des conseils pour venir à bout de leurs divers maux.

AFP/Pierre Verdyagrandir la photo
