Tous les habitués du Parc de princes et des soirées L1 sur Canal ont ressenti la même chose pendant cet Euro. Ils se sont frottés les yeux, ont vérifié que le nom, là, sur l'écran, n'était pas de l'alphabet cyrillique mal dégrossi, avant de se soumettre à l'évidence : le capitaine de cette équipe de Russie qui souffle l'Europe, c'est bien lui, Sergueï Semak, 32 ans. Le Russe, recruté en janvier 2005 par le Paris-SG, était reparti en janvier 2006. Dans le seul club qui avait émis une proposition, le FC Moscou. Il est ensuite parti au FC Rubin Kazan, obscur club du championnat russe dont il est aujourd'hui le leader, en attendant que le Zenith Saint-Petersbourg ait rattrapé ses sept matches de retard. Semak, vite oublié durant ces deux ans, est aujourd'hui un pion essentiel de l'équipe de Guus Hiddink. Seul milieu défensif dans un 4-1-3-2 ambitieux. Capitaine. « Ça, c'est un petit miracle , sourit-il. Je n'ai pas fait les qualifications. Je me retrouve à jouer l'Euro. Capitaine ? Un miracle. » Il le doit à la suspension d'Archavine et à un rayonnement qui fait l'unanimité. « Hiddink ne peut pas le dire, mais Semak est le plus intelligent de tous , éclaire le journaliste Andrei Lyaline. Il a très bon caractère, il est ouvert. C'est un meilleur candidat qu'Archavine, qui peut avoir des problèmes de comportement . »
Semak, ce n'est pas son genre. C'est peut-être ce qui l'a perdu à Paris. « Il était trop gentil avec tout le monde , se souvient Laurent Fournier, son deuxième entraîneur. De par son éducation, il respectait tout le monde, presque trop. Qu'il joue ou pas, il était d'humeur égale, toujours souriant. Il s'est laissé bouffer par la concurrence, mais pas sur ses qualités. Sur son éducation . » Lui se souvient d'une période en pointillés. « A Paris, j'ai connu trois entraîneurs et deux présidents. J'aurais aimé jouer plus de trois ou quatre matches consécutifs. » Si possibles aux mêmes postes. « Milieu défensif, c'est venu tard , explique Semak. Je crois que c'est mon meilleur poste. » Quand il le recrute, en janvier 2005, le PSG marque peu. Un hat-trick tonitruant en Ligue des champions lors d'un match au Parc avec le CSKA Moscou (1-3), en novembre 2004, l'a subitement rendu très désirable. « Jusque là, il était un joueur ordinaire , souffle un observateur russe. Cela reste le point culminant de sa carrière. » Paris l'attend comme un détonateur. « Mais le championnat russe s'était arrêté un mois, et quand on l'a fait jouer, il était à cours d'entraînement » admet aujourd'hui Vahid Halilhodzic.
« Pour moi, c'était un joueur polyvalent au milieu, se souvient encore l'entraîneur bosniaque . Pour sa qualité technique et son volume de déplacements, je l'alignais derrière l'attaquant ou sur un côté. » Une polyvalence incomparable avec celle de ses années russes. « Au CSKA, il avait même joué défenseur central , rappelle Andrei Lyaline. Tous les postes sauf gardien, il les avait faits. » Fournier, successeur d'Halilhodzic, trouve sa vocation à la récupération, mais trop tard, alors que Pierre Blayau a déjà scellé son avenir. « On m'a pris pour un con quand j'ai voulu en faire un milieu défensif , persifle-t-il aujourd'hui. A Paris, il était impossible de jouer comme ça. C'est ce qu'on me disait. Mais Semak jouait vraiment au ballon, valorisait les autres. Il est endurant, a une grosse volonté, il est adroit. Il peut jouer partout, et à ce poste, c'était un atout pour la relance. » C'est au FC Moscou, après Paris, que Pavel Sadyrine, aujourd'hui décédé, le stabilise devant la défense. D'abord à deux. Puis seul, où il tient encore ce rôle, aujourd'hui à Rubin. Il s'y épanouit. Cela n'échappe pas à l'oeil de Guus Hiddink. Le sélectionneur russe a trop longtemps tâtonné à ce poste, essayant en vain Chirokov (le malheureux défenseur central du match contre l'Espagne) ou Turbinski, plus offensif. Sa chance, Semak la saisit lors d'un match de préparation à l'Euro contre le Kazhkstan (6-0), le 23 mai. Il n'a plus bougé depuis. « C'est l'un des meilleurs joueurs de Russie, encore adulé par les fans du CSKA, il est étonnant que les entraîneurs du PSG ne se soient pas sentis à l'aise avec lui » dit un suiveur de la sélection russe. « Trouver un joueur de cette qualité pour 2,5 millions d'euros de transfert et son niveau de salaire ( NDLR, 40 000 euros selon nos informations ), vu ses qualités techniques et sa personnalité exceptionnelle, c'était une superbe affaire , regrette aujourd'hui Halilhodzic. Au même moment, on avait essayé de faire Maniche. Il coûtait 15 millions. S'il avait été brésilien, il est clair que Semak aurait été mieux accepté par l'entourage du club. Quel gâchis. » Pas tout-à-fait : Semak appartient à la caste étroite des joueurs que le PSG a revendu plus chers qu'il ne les a été achetés : 3 millions d'euros. Somme dérisoire au regard de celle qu'il pourrait justifier d'ici quelques jours.

Russie - LA RENAISSANCE DE SEMAKagrandir la photo

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